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La naissance de Jésus n’est évoquée que par les évangiles selon Luc et Matthieu. Marc et Jean n’en parlent pas. Ni Paul, ni Pierre, ni aucun autre document du Nouveau Testament. Aucun ? En cherchant bien, on trouve un passage du livre de l’Apocalypse qui évoque la naissance de Jésus. Un passage traditionnellement oublié à Noël, celui d’Apocalypse 12.1-18.

  1. Clefs pour lire le livre de l’Apocalypse

L’Apocalypse est le livre réputé le plus difficile de la Bible.
Le mot grec apocalupsis signifie pourtant « révélation », « dévoilement ». La difficulté vient de son genre littéraire qui utilise nombre de symboles, de métaphores et autres langages codés. Beaucoup d’exégètes pensent que le livre de l’Apocalypse a été écrit vers les années 90, au moment où l’empereur Domitien déclenchait des persécutions contre les chrétiens. Pourquoi les empereurs romains ont-ils engagé des persécutions contre les chrétiens ? D’une part parce que beaucoup d’entre eux refusaient de se soumettre au culte de l’empereur. Et d’autre part, parce qu’en disant que les dieux n’existaient pas, les chrétiens remettaient en cause l’ordre social établi et risquaient de provoquer la colère des divinités.

Pour décapiter le mouvement chrétien, l’empereur Domitien ordonna l’emprisonnement de ses chefs afin de marquer les esprits et d’affaiblir le mouvement. C’est ainsi qu’un certain Jean fut capturé et exilé sur l’île de Patmos, au large d’Ephèse et de Millet. Cependant, bien loin de se laisser impressionner par le rude traitement des légionnaires, voire même par la perspective d’une mort violente, Jean de Patmos prit la plume pour exhorter ses frères à tenir bon.

Dépeint sous les traits d’une bête immonde et monstrueuse d’orgueil, de totalitarisme et de brutalité, l’empire romain est caractérisé par l’auteur de l’Apocalypse comme l’incarnation de toutes les forces du mal contre lesquelles le Royaume de Dieu a déclaré la guerre en Jésus-Christ.

Evidemment, faire circuler un document qui dit les choses trop clairement était risqué, et pour le document, et surtout pour ceux qui le portaient. Pour diffuser son message à ses coreligionnaires, l’auteur recourut en conséquence au langage « symbolique ».

Le genre littéraire apocalyptique était déjà très en vogue au sein du monde juif. De nombreux ouvrages s’inspirant du langage imagé des prophètes bibliques connaissaient un grand succès dans les cercles juifs et chrétiens. En recourant à cette forme de langage, Jean de Patmos fit le choix de la prudence.

Les modernes étant certes moins à l’aise que les premiers chrétiens avec l’Ancien Testament et avec le style apocalyptique, la plupart d’entre eux ont du mal aujourd’hui à décoder les nombreux symboles ou allusions du livre de l’Apocalypse. Pour décrypter ses chapitres, il faut discerner premièrement que, contrairement à une idée reçue, l’auteur ne raconte pas le futur, comme s’il lisait dans une boule de Crystal, mais qu’il annonce rien de moins que la fin de l’empire romain (persécuteur des chrétiens) au profit du Royaume de Dieu vainqueur final sur les ténèbres du mal. Le chapitre 12 donne un bon exemple de la façon dont on peut entrer dans ce livre haut en couleur.

 

2. Triptyque d’Apocalypse 12

  • La femme qui est revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, avec une couronne de 12 étoiles sur sa tête ne représente pas Marie, mère de Jésus, comme le croient certains, mais bien le peuple d’Israël (qui est souvent présenté par les prophètes sous les traits de l’épouse du Seigneur) et duquel doit naître le Messie libérateur.
  • Le dragon qui avait sept têtes et dix cornes est dévoilé au verset 9 comme le serpent ancien appelé diable, celui qui séduit toute la terre habitée. Le diable étant le mal personnifié, il symbolise à lui seul toutes les forces néfastes et obscures du mal sous toutes ses formes qui enténèbrent le monde depuis toujours. Mais plus précisément, il incarne ici en Apocalypse 12 l’empire romain totalitaire possédé par le mal (Cf. Daniel 7).
  • L’enfant – le fils mâle qui est enfanté et qui doit faire paître toutes les nations – renvoie au Psaume 2 et désigne donc évidemment le Roi Messie.

Munis de ces repères, nous pouvons constater que le texte du chapitre 12 récapitule à la manière d’un triptyque l’histoire d’Israël et de l’Eglise primitive sous le joug des empereurs afin d’annoncer la victoire certaine de Dieu sur les ténèbres du mal.

3. Décryptage

Le chapitre 12 offre assurément trois tableaux grandioses d’un même thème, d’où l’idée de triptyque.

  • Sur la première fresque, verset 1 à 6 est récapitulée symboliquement l’histoire de l’Israël biblique.

Ce dragon qui se tient debout devant la femme, prêt à dévorer l’enfant qui va naître, représente toutes les souffrances et tous les mauvais traitements que le peuple d’Israël a subis de la part des nations étrangères de l’Egypte à la Mésopotamie. Envahi, opprimé, déporté, mis sous la tutelle de gouverneurs ou de rois mèdes, perses, grecs ou romains,…

C’est comme si un dragon s’était acharné sur ce peuple représenté en Apocalypse 12 par la femme devant donner naissance au messager de Dieu.

  • La deuxième fresque correspond aux versets 7 à 12. Elle s’ouvre sur la fureur d’une grande guerre qui éclate dans le ciel entre le dragon et ses troupes et les armées célestes de Dieu. Le dragon vaincu est précipité sur la terre, alors que la puissance de Dieu et l’autorité de son Christ sont proclamées. Il a été vaincu à cause du sang de l’Agneau, c’est-à-dire du Christ et de la parole du témoignage chrétien.

Cette seconde fresque annonce et proclame la victoire du Christ sur les forces du mal. Il les a vaincu par sa fidélité à Dieu jusqu’à la mort, d’où la référence au sang, ainsi que par la foi des chrétiens qui rendent témoignage au Christ.

  • Le troisième tableau, verset 12 à 18, reprend le fil du premier tableau. Quand il se voit vaincu et précipité sur la terre le dragon poursuivit la femme qui avait mis au monde l’enfant mâle. C’est ici probablement une allusion à la chute de Jérusalem pillée et ravagée par les romains en 70.

Concernant les deux ailes du grand aigle données à la femme pour qu’elle s’enfuie au désert, il faut y voir un symbole qui renvoie au livre de l’Exode dans lequel Israël est conduit sur des ailes d’aigle au désert et qui constitue une image pour dire la sauvegarde de ce peuple aimé de Dieu malgré cet événement tragique de la chute de Jérusalem sous les coups de Titus en 70.

De la gueule du serpent surgit alors un flot qui vise à noyer la femme, or la terre – image de la diaspora – secourt la femme.

Voyant qu’il ne peut plus rien contre la femme, le dragon se tourne désormais vers le reste de sa descendance pour lui faire la guerre. Ce reste de descendance étant identifié au v. 17 à ceux qui retiennent le témoignage de Jésus, l’expression désigne les chrétiens désormais persécutés par le dragon/diable, symbole de toutes les ténèbres du monde.

La fresque se termine sur la vision du dragon qui se tient debout, mais sur le sable. Ce qui signifie qu’aussi impressionnant et dangereux qu’il soit, le règne de l’empire romain – incarnation du mal pour Jean de Patmos – est instable et mouvant. Sa fin est donc certaine.

Conclusion

Le livre de l’Apocalypse n’est pas un livre de diseuses de bonne aventure. Son propos n’est pas d’annoncer ou de raconter la fin des temps en tant que telle, mais bien d’annoncer la victoire de Dieu sur les ténèbres du mal dont les grands empires totalitaires se font les instruments.

Devant le totalitarisme et la brutalité, et devant l’insignifiance du mouvement chrétien, faible, infiniment minoritaire, passant pour une idéologie débile ou ringarde, l’auteur de l’Apocalypse affirme par la foi que cet empire romain aveugle, incarnation du mal, ne l’emportera cependant pas face au règne de Dieu et de son Christ. Edifié sur le sable des valeurs mondaines, il s’effondrera comme un château construit sur le sable.

Le chrétien de la fin du premier siècle ne devait donc pas se décourager, ni se sentir écrasé ou vaincu. Car même minoritaire, même insignifiant au vu des puissances et du grand nombre qui s’opposaient à lui, il lui fallait rester confiant que Dieu a toujours le dernier mot.

Tel est le message central du livre de l’Apocalypse. Et force est de constater que l’histoire a donné raison à cet auteur visionnaire du dernier livre de la Bible. En effet, l’empire romain s’est tout d’abord non seulement converti au christianisme au IVème siècle avec Constantin le Grand, mais il s’est surtout effondré effectivement comme un château construit sur le sable  sous les coups des barbares au Vème siècle ; tandis que l’Eglise chrétienne fut la seule institution romaine à lui survivre.

Ceci m’inspire la conclusion suivante : la foi doit faire l’effort de regarder les choses de plus haut et de plus loin que l’instant présent. L’Eglise, ou le chrétien, peuvent évidemment se trouver dans des situations difficiles où il semble qu’ils vont défaillir. Jean de Patmos les exhorte cependant à la confiance en Dieu. Le dernier mot lui revient sans conteste.

L’Apocalypse rappelle ainsi, aujourd’hui comme hier, que même lorsque les temps sont peu favorables et que les fidèles sont minoritaires et mal vus, Dieu les appelle à la foi qu’il reste le maître de l’Histoire.

Sur un mur d’Auschwitz on a découvert cette phrase que l’auteur de l’Apocalypse aurait pu faire sienne : « Je crois au soleil, même quand je ne le vois pas. Je crois en Dieu même quand il se cache. » Telle est la foi véritable que veut conforter le livre de l’Apocalypse. Une foi qui ne se laisse ni impressionner par les puissances qui s’imposent, ni écraser par les déboires ou l’adversité, mais qui se confie en Dieu.

N’est-ce pas là le message essentiel de Jésus qui nous dévoile de façon décisive Dieu comme Père Bienveillant et Maître ultime de l’Histoire ?

Nous sommes ici au cœur de l’Evangile, la Bonne Nouvelle annoncée et vécue par Jésus.

Pasteur Bruno Gaudelet

 

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Il est étonnant de constater qu’en ce début du XXIe siècle, il est encore des gens pour affirmer que Jésus de Nazareth n’a jamais existé. Certes, il s’agit la plupart du temps d’auteurs à quatre sous, de populistes vivant de la presse à sensation ou d’idéologues patentés. Il n’est pas utile de réfuter leurs argurmentations tendancieuces, mais il importe de relever qu’il n’y a bien longtemps que les universitaires ont réfuté cette thèse réputée depuis lors irrecevable. L’historicité de Jésus de Nazareth n’est pas moins attestée que celle de Jules César ou de Vercingétorix, tout au contraire.  Poursuivre la lecture de : Jésus et le Christ de la foi

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Introduction

Chers amis, voilà bien une chose déroutante me direz-vous que de faire prêcher le Trésorier de la paroisse sur l’argent trompeur. En me demandant de prêcher aujourd’hui  et en découvrant les textes du jour, Bruno, notre Pasteur, s’est empressé de me dire que je n’étais pas obligé de garder les textes proposés et que je pouvais choisir en toute liberté le thème et les textes que je voulais utiliser pour notre échange de ce matin. Mais est-ce par goût du challenge ou par manque complet de discernement que j’ai finalement décidé de relever cet intéressant défit.

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Communication pour l’Ecole de la Magistrature

Pasteur Bruno Gaudelet, Paris, 6 octobre 2017

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A écouter certains commentateurs, ou même certains acteurs de la vie sociale, il semble que la distinction « public-privé » aille de soi. D’aucuns le décrètent ainsi très doctement : « la religion relève du privé point barre ». La réalité est plus complexe :

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Nous sommes toujours joyeux

2 Corinthiens 6.4-10

Nous nous rendons à tous égards recommandables, comme serviteurs de Dieu, par beaucoup de patience dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses, sous les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes ; par la pureté, par la connaissance, par la patience, par la bonté, par l’Esprit saint […]  Nous ne sommes pas attristés, nous sommes toujours joyeux !

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(Extrait de Bruno Gaudelet, Le Credo revisité, Lyon, Olivetan, 2015, p. 331ss)

L’exégèse moderne a mis en question la doctrine de l’inspiration des Ecritures et la méthode théologique qui consistait à établir « la bonne doctrine » en rassemblant les différentes affirmations de la Bible sur un sujet, puis en élaborant une synthèse harmonieuse (analogie de la foi). Comme l’explique le philosophe Paul Ricoeur, la « naïveté » des chrétiens du christianisme classique – qui croyaient accéder directement à la Révélation de Dieu en ouvrant la Bible – est irrémédiablement perdue[1]. Refuser l’exégèse moderne pour sauvegarder la doctrine de l’inspiration et l’interprétation traditionnelle de l’Ecriture, revient inévitablement à sacrifier l’intelligence (sacrificiumintellectus)[2]. L’exégèse moderne implique – ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle – que la notion de Révélation soit repensée.

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