Publication mise en avant

Bruno Gaudelet, théologien et philosophe

 

PREMIERE PARTIE :

INTRODUCTION A LA BIOETHIQUE

                

La bioéthique est la partie de l’éthique qui s’intéresse au vivant humain, de la conception à la mort. Elle convoque depuis une trentaine d’années les ressources de l’éthique, de la médecine, de la biologie et de la génétique. Son nom vient du titre d’un ouvrage publié en 1971 par le biochimiste américain Van Rensselaer Potter (Bioethics : Bridge to the Future). Il s’agissait pour l’auteur de bâtir une éthique s’appuyant sur les sciences biologiques en vue d’améliorer la qualité de la vie, mais la bioéthique a inclus au fur et à mesure les recherches sur les OGM, les neurosciences, les nanotechnologies, la biologie, la génétique et la médecine.

La distinction entre « morale » et « éthique » est par ailleurs récente. Autrefois les deux termes étaient synonymes du fait même que les mots « mores » (latin) et « êthos » (grec), signifient chacun « mœurs ». Aujourd’hui la morale désigne plus souvent ce qui relève du social en général (les règles, les devoirs), tandis que l’éthique serait davantage une réflexion sur les valeurs et les principes censés orienter nos choix et nos actions en vue du meilleur agir. Du coup, les termes « lois de bioéthiques » sont ambigus. La morale et l’éthique ne se réduisent en effet nullement à la loi. Il y a de la morale et de l’éthique dans la loi, mais la morale et l’éthique vont au-delà des lois et ne s’y limitent pas. Elles concernent la conscience individuelle et la philosophie de l’existence. En outre,  si la morale vise la sphère sociale et l’éthique la sphère individuelle, – il aurait été plus logique de parler de « lois biomorales ». Mais vu le sens péjoratif que le mot « morale » recouvre, on comprend qu’on lui préfère le terme « éthique » qui fait « plus chic ».

1. Avancée des technosciences et bouleversements sociétaux

En Europe

En Europe l’avancée des sciences et des technosciences en biologie et en génétique (PMA ou AMP, GPA, recherches sur l’embryon, examen de ses caractéristiques génétiques, dons de gamètes, dons d’organes, traitement des fins de vie), crée de fortes demandes au sein des populations qui ont la possibilité d’accéder aux techno et bio-sciences. La légalisation de pratiques hier proscrites, mais commercialisées aujourd’hui dans plusieurs pays de la zone européenne (par ex. la PMA pour les femmes seules ou en couple de même sexe, la GPA, l’euthanasie, les tests génétiques « récréatifs »), marque l’évolution des mœurs, suscite des bouleversements sociétaux que beaucoup jugent comme étant en rupture avec leur culture héritière, d’Athènes, de Rome, de Wittenberg et des Lumières.

La diversité des législations entre pays voisins concernant la bioéthique rend relatifs les interdits que tel ou tel autre pays édicte sur son sol et favorise le tourisme biologique ; seuls les plus pauvres restent soumis aux restrictions bioéthiques de leur législation nationale. Les françaises, les allemandes, les italiennes dont les pays n’ont pas encore légalisé la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules (c’est en cours pour la France), peuvent ainsi – sans difficultés autres que financières – bénéficier de la PMA en Angleterre, en Espagne ou aux Pays-Bas. Idem pour la GPA : neuf pays européens l’autorisent ou la « tolèrent », à savoir : le Royaume-Uni, l’Irlande, la Belgique, la Roumanie, les Pays-Bas, la Slovaquie, la Pologne, la Grèce et le Portugal (la GPA est également autorisée en Ukraine et en Russie). Il est assez facile du coup d’obtenir dans le pays européen voisin ce qui n’est pas permis dans son pays de résidence.

Les légalisations libérales en matière de bioéthique, entrainent des demandes croissantes au sein des populations voisines et poussent les politiques des pays voisins aux changements législatifs. Les législations sont donc, d’une certaine façon, interdépendantes. Les nations y gagneraient évidemment à harmoniser leurs lois de bioéthiques, mais nous en sommes assez loin, même si les choses doivent peut-être être perçues à partir du temps long.

En France

Conformément au calendrier du législateur, les lois bioéthiques sont soumises à un travail de révision tous les cinq ans (https://www.juritravail.com/Actualite/informations-patient/Id/284534).

La loi concernant le mariage entre personne de même sexe(LOI n° 2013-404 du 17 mai 2013) a ouvert de nouveaux droits relatifs à la parentalité et à la filiation, mais plusieurs « sauts technologiques inédits » et des « attentes sociétales fortes » réclament aussi le travail du législateur en matière de bioéthique  (http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alt/bioethique_2#node_63231).

Le projet de modification de la loi qui sera prochainement soumis au vote des députés en seconde lecture concerne : la fin de l’anonymat pour les dons de sperme,

  • la fin du délai de réflexion pour l’IMG,
    • l’autoconservation des ovocytes,
    • l’interdiction de la publicité des tests génétiques récréatifs,
    • et l’élargissement du don croisé pour la greffe du rein.

Le texte adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale le 3 octobre 2019 est en ligne : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alt/bioethique_2#node_63231

De même que les modifications apportées par le Sénat : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/DLR5L15N37672?etape=15-AN2

Le texte proposé en deuxième lecture avec ses amendements : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/bioethique_2?etape=15-AN2

Et le texte final : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/actualites-accueil-hub/projet-de-loi-bioethique-adoption-en-2e-lecture

L’article 3 relatif à l’accès de l’identité du donneur pour les enfants nés par PMA a été adopté en première lecture. De même que l’article 4 relatif à : « Établissement de la filiation des enfants nés par recours à l’assistance médicale à la procréation par un couple de femmes ou par une femme non mariée » (le sujet brûlant de la loi).

2. Conflits idéologiques

  • Lobbies, idéologies, religions :

Le débat ne va pas sans heurts et conflits entre les différents courants de la société. On peut observer plusieurs groupes ou pôles d’influences :

  • –        En premier lieu il y a les lobbies technoscientifiques qui ont beaucoup à gagner à l’ouverture des consciences et … des marchés.
  • Puis des groupes idéologiques, présentant des positions radicales, en matière de société militent très activement pour « changer » les structures de la société « patriarcale » « judéo-chrétienne »,
  • Les religions sont à l’opposé les gardiennes du statu quo et défendent l’ordre établi.
  • Les partis politiques intègrent et/ou défendent tout ou partie des programmes ou culture des trois pôles d’influence ci-dessus. La gauche qui se veut émancipée de la religion se pense progressiste. La droite fidèle aux valeurs traditionnelles se veut conservatrice. Mais le libéralisme économique entraine le bouleversement des curseurs.
  • L’opinion publique est relativement malléable en fonction de l’impact des trois premiers pôles d’influence et selon l’orientation des médias (cf. les débats sur le mariage pour tous).
  • L’arrière-plan religieux

Pour saisir la face cachée des débats au sein des nations il faut tenir compte de l’arrière-plan religieux qui continue d’exercer une influence sur les consciences, les imaginaires et donc sur les morales et les appareils législatifs des différents pays. Les pays européens de tradition catholique, protestante ou orthodoxe, marquent des différences sensibles :

  • L’Église catholique refuse toute manipulation sur le vivant, considéré comme une donnée naturelle intangible, puisque d’origine divine.
  • Les protestants historiques ne refusent rien de manière définitive (même le clonage reproductif humain est admis par certaines Eglises outre-Atlantique).
  • Les protestants évangéliques et les orthodoxes sont proches des positions éthiques de l’Eglise romaine.
  • Les juifs et les musulmans défendent également des positions conservatrices, mais chaque religion connait des progressistes présentant des vues novatrices.

Le contraste entre le caractère libéral des législations britannique, belge et néerlandaise et les réserves de la législation française d’autre part, s’éclaire au regard de l’arrière-plan religieux de ces pays.

  • L’arrière-plan historique

La tradition religieuse n’est toutefois pas le seul élément déterminant : l’histoire et les évolutions sociales propres aux nations tempèrent aussi les débats relatifs à la bioéthique :

  • L’Allemagne, pays de tradition protestante, a une législation restrictive, tout comme la Norvège et la Suède. Dans ces trois pays, les dérives eugénistes passées ont incité les pouvoirs publics à la plus grande prudence.
  • Le Danemark, en revanche, de tradition luthérienne identique, mais qui n’a pas connu les mêmes expériences historiques, a une législation plutôt libérale.
  • Bien que l’Église orthodoxe soit intransigeante sur les questions de bioéthique, la Grèce est l’un des pays les plus libéraux d’Europe, admettant la gestation pour autrui et l’aide médicale à la procréation post-mortem.
  • L’Italie et l’Espagne ont une très forte tradition catholique, mais la première interdit le don de gamètes, tandis que la seconde rémunère les donneuses d’ovocytes.
  • Les orientations philosophiques

L’opposition entre morale « conséquentialiste » (mot tiré de conséquence) et morale « principialiste » (mot dérivé de « principe ») domine implicitement les débats de bioéthique.

  • Pour les conséquentialistes une décision ne peut être dite bonne que si ses résultats le sont.
  • Pour les principialistes il existe une valeur objective ou un critère universel du Bien, à l’aune duquel une décision pourra être jugée moralement bonne ou mauvaise.

La philosophie morale anglo-saxonne, utilitariste et pragmatique, favorise le point de vue conséquentialiste. La philosophie morale continentale reste marquée par la notion (pour le coup métaphysique) d’absolu.

  • La querelle des anciens et des modernes

Les sciences humaines ont démontré que la morale est toujours une production culturelle. Aucune société ne peut, en effet, durer, être cohérente et réguler au mieux les intérêts, les pulsions et les désirs contradictoires de ses ressortissants, sans normes « morales ». Car pour être interdépendants les uns des autres pour la survie de leur espèce et leur bien commun, les humains sont aussi des entités égoïstes et égocentriques qui tendent à imposer leur mode de vie ou leur comportement à leurs semblables.

Pour réguler sa vie sociale et satisfaire au mieux aux idéaux de bien, de bon et de bienséant qui l’habitent, chaque société établit des normes et des règles qui peuvent entrer en « crise » avec d’autres options ou « évoluer » en fonction des conditions de vie et de production. Il est évident que les circonstances et les conditions de vie d’une mégapole industrielle urbaine et mondialiste, remettront nécessairement en cause les normes d’une société rurale de productions artisanales. Ainsi, toute société possède une morale qui évolue entre les acquis de ses traditions et les orientations que les circonstances et les conditions de vie et de productions nouvelles peuvent susciter.

La querelle des anciens et des modernes surgit entre les défenseurs du statu quo et les progressistes. Elle tourne généralement, comme chacun le sait, à la confusion des premiers mais parfois aussi à celle des « progressistes de l’excès ». Ce sont en effet les voies moyennes qui s’imposent au court terme et concilient la majorité.

  • Les préoccupations

Certains (par ex. le biologiste Jacques Testart) regardent l’éthique comme soluble :

  • dans le temps : « l’interdit d’aujourd’hui est le grand frère de l’autorisé de demain »,
  • dans l’espace : « les autres pays le font bien, pourquoi pas nous, qui sommes ‘’en retard’’ ? »,
  • dans la casuistique : « l’exception présente est le cheval de Troie de la norme de l’avenir ».

Pour d’autres, les biotechnologies sont en train d’abattre les trois barrières symboliques constitutives de la culture : la différence des sexes, la filiation, la finitude.

Beaucoup craignent que les technosciences fassent connaitre à l’humanité une menace évidente : celle de la marchandisation de l’humain et partant celle de la dégradation de l’humain en « produit ». Nul ne peut évidemment ignorer sérieusement ce risque.

3. Les ressources

Face aux risques de dévaluation de l’humain, de la commercialisation du corps, des dérapages eugéniques, d’une déstructuration des fondements de la société, … c’est vers la loi, ses limites et ses encadrements, que chacun regarde. La loi française, mais aussi les directives et chartes européennes qui nous protègent et nous lient en tant que pays membre et signataire.

  • La Convention sur les Droits de l’Homme et la biomédecine par le Conseil de l’Europe mérite d’être étudiée :

https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/090000168007cf99

Elle n’a pas été signée par tous les membres de l’Union européenne, ni par le Vatican, mais la France en est heureusement signataire :

(https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/treaty/164/signatures?p_auth=wUL9I6NL)

Extrait de la Convention : Chapitre I – Dispositions générales 

Article 1 – Objet et finalité

Les Parties à la présente Convention protègent l’être humain dans sa dignité et son identité et garantissent à toute personne, sans discrimination, le respect de son intégrité et de ses autres droits et libertés fondamentales à l’égard des applications de la biologie et de la médecine. Chaque Partie prend dans son droit interne les mesures nécessaires pour donner effet aux dispositions de la présente Convention.

Article 2 – Primauté de l’être humain

L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science.

Article 3 – Accès équitable aux soins de santé

Les Parties prennent, compte tenu des besoins de santé et des ressources disponibles, les mesures appropriées en vue d’assurer, dans leur sphère de juridiction, un accès équitable à des soins de santé de qualité appropriée.

Article 4 – Obligations professionnelles et règles de conduite

Toute intervention dans le domaine de la santé, y compris la recherche, doit être effectuée dans le respect des normes et obligations professionnelles, ainsi que des règles de conduite applicables en l’espèce.

  • Le Comité Consultatif National d’éthique (CCNE)

Le CNNE a organisé une grande consultation citoyenne sur le projet de lois bioéthiques. Son rapport (volumineux) est en ligne : https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/media/default/0001/01/cd55c2a6be2d25e9646bc0d9f28ca25e412ee3d4.pdf

Voir aussi : https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/pages/dossiers-thematiques

  • Les consultations filmés de l’Assemblée Nationale

Parmi toutes les consultations, celle des juristes est particulièrement pertinente et éclairante :

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.8074445_5d70b6c40686a.commission-speciale-bioethique–auditions-diverses-5-septembre-2019
  • Les travaux des éthiciens :
  • Christian Godin auteur d’une étude particulièrement éclairante : « Bioéthique en Europe. Le sens, les enjeux et les évolutions prévisibles » : 

file:///C:/Users/Bruno/Desktop/BG%20Universitaire/Bioéthique/ressources%20Bioéthique/Bioéthique%20en%20Europe,%20Christian%20Godin.pdf

  • Autres ressources :

DEUXIEME PARTIE : L’ETHIQUE DE LA CONVICTION ET L’ETHIQUE DE LA RESPONSABILITE

1. Deux éthiques en discussion

Dans son livre Le savant et le politique, le sociologue Max Weber (1864-1920) distingue entre « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité » (pages 141ss).

  • L’éthique de conviction est l’éthique du devoir, de la règle, de l’absolu moral. Elle est principialiste.
  • L’éthique de responsabilité considère que c’est en fonction des conséquences prévisibles qu’un choix ou un acte peuvent être déclaré bon ou mauvais. Elle est conséquentialiste.

La morale d’Emmanuel Kant est une morale de convictions, elle considère qu’il faut faire son devoir quelles que soient les conséquences (impératifs catégoriques). C’est la seule façon pour Kant de travailler à la cohésion sociale et donc de garantir la liberté de chacun dans les limites qui sont les siennes.

La morale de responsabilité de Weber estime, d’une part que c’est en regard de ses conséquences qu’un acte peut être déclaré bon, et d’autre part que chacun est responsable de ses paroles et de ses actes qu’il lui faut assumer.

Là où Kant assure qu’on ne doit pas mentir même pour sauver la vie d’un humain, Weber assure qu’il est immoral de ne pas sauver quelqu’un de la mort.

2. Critiques philosophiques

Les deux éthiques comportent assurément de la conviction et de la responsabilité, mais chacune doit faire face à la critique sur son propre terrain :

  • L’éthique de la conviction court le risque d’absolutiser des règles et principes moraux théoriques au détriment de l’humain ;
  • elle affirme des positions d’autorité plutôt que de trouver des solutions ;
  • elle n’ajoute pas d’éclairage aux difficultés mais de la culpabilité ;
  • elle peut entrainer des conséquences graves au lieu de les éviter ;
  • elle se transforme de ce fait en idéologie peu appropriée aux situations concrètes ; l’irresponsabilité qu’elle entraine est précisément immorale.
  • L’éthique de la responsabilité encourt le reproche du relativisme en matière de bien et de mal ;
  • elle peut se transformer en morale opportuniste s’ajustant aux circonstances plutôt que d’y impliquer une action transformatrice ou tout du moins résistante au mal ;
  • en situant la responsabilité uniquement sur le plan des conséquences, elle peut se révéler irresponsable vis-à-vis des principes qui sont pourtant capitaux pour éviter ou circonscrire le mal ;
  • elle peut en venir à considérer que « la fin justifie les moyens » et finir par accepter  des finalités très douteuses voire immorales ;
  • elle oublie que la plupart des péchés résultent des heureuses conséquences visées par ceux qui les commettent.

3. Vers une éthique de la conviction ET de la responsabilité

Au regard de la critique des deux éthiques un constat s’impose : nous voici bien avancés.

  • L’éthique de la conviction semble nous inclure dans une morale théorique et idéelle propre à nous transformer en moralistes bornés, voués à la culpabilité.
  • L’éthique de responsabilité semble nous conduire au relativisme moral et à l’autojustification de nos besoins et intérêts.

Mais une autre voie se profile : plutôt que d’opter pour l’éthique de la conviction ou pour l’éthique de la responsabilité de façon exclusive et absolue, il est souhaitable de forger une éthique de la conviction ET de la responsabilité. Pour cela il faut évidemment établir quelles sont les convictions qui nous serviront de guide et de marqueur pour les différentes questions éthique, tout en prenant en compte les conséquences prévisibles de nos choix et de nos actes, de telle sorte que nous puissions étalonner nos décisions en tenant compte de ces deux sources de la morale que sont la conviction et la responsabilité. S’engager dans cette voie c’est admettre, d’une part que les principes ne sont pas absolus mais qu’ils jouent le rôle de guides, et d’autre part que la prise en compte des conséquences ne doit pas non plus devenir un absolu, mais qu’elle puisse servir, elle aussi, de guide pour orienter la décision à la lumière des principes.


4. Etablir les principes

Quels principes établir en matière d’éthique ? Entre tous, deux s’imposent en premier lieu :

  1. Premier principe : il faut se forger une conviction concernant la question du mal. La tradition philosophique entrevoit que le mal n’a d’être que parasitaire, autrement dit : il n’a pas d’être en lui-même. Il est le contraire, la distorsion, la destruction ou la perversion d’un bien, voire l’absence d’un bien qui était dû. On peut légitimement distinguer entre le « mal physique » qui provient du monde sensible et le « mal moral » qui est le mal de la faute et qui peut être regardé sous l’angle du mal « commis » et sous l’angle du mal « subi ». Réalité multiforme, ce que nous nommons « mal » est destruction et corruption des étants, de la vie, et de ce qui est le plus beau et le plus attachant ici-bas. Il comporte du sans retour, de l’irréversible, et c’est pour cela qu’il est littéralement « horrifiant ». Quand un aspect de notre existence est menacé par la corruption et la destruction, c’est-à-dire  par le mal, nous n’en sortons jamais totalement indemnes. Des décisions sont à prendre pour tenter d’éradiquer le mal, de le circonscrire, d’en limiter les effets dans tous les domaines. L’éthique réfléchit aux moyens de parvenir au moindre mal, mais si elle est lucide, elle sait que le moindre mal est encore du mal.
  • Second principe, c’est le sens même de l’humain, en tant que tel, qu’il faut établir. Dans sa dispute avec les pharisiens (Marc 2.23-28), Jésus se réfère à l’histoire de David donnant du pain consacré à ses soldats, alors que ces aliments étaient réservés aux prêtres (1Sa 21.1-6). Cet épisode illustre selon le Jésus des évangiles que l’humain, sa vie, sa survie, son bien, priment sur les règles et les convictions morales ou religieuses. « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat », affirme Jésus (Marc 2.28). Ce qui signifie que la règle, le commandement, la coutume, sont évidemment référentiels et structurants, mais il ne faut jamais perdre de vue que ce n’est pas l’humain qui est fait pour la loi, mais la loi qui est faite pour l’humain. La valeur référentielle, c’est l’humain. C’est lui d’ailleurs que la loi veut aider. La loi, la règle, la tradition sont donc adaptables au bien de l’humain. Et si une loi, une règle, un principe, ne visent pas ce but ou ne l’atteint pas, ils sont à réformer.

Un autre texte en Marc 3, concernant la santé, vient renforcer le principe humaniste de l’Evangile. A l’interdiction de faire quoi que ce soit durant le sabbat, Jésus réplique qu’il est cependant « permis de faire du bien le jour du sabbat, et de sauver une personne » (Marc 3.1-5).Le bien, la santé d’une personne priment donc sur les règles et les interdits religieux. Le Jésus des évangiles ne dit pas qu’il faut abolir les commandements et les lois, il dit même le contraire au début du sermon sur la montagne en Matthieu 5.17ss. Les commandements, les lois, servent de repères et de guides pour l’apperception du bien et du mal, comme pour la cohésion sociale. Mais le bien de l’humain, son épanouissement, sa vie, sont à atteindre en premier lieu. Certes, nous ne parlons pas ici de bien opportuniste, ou d’intérêt purement égoïste ou jouissif, mais de ce qui concerne la vie, les potentiels, ou de la qualité d’existence de l’être humain.


5. Expliciter la responsabilité

Après et avec l’établissement des convictions et des principes aptes à guider la réflexion éthique, il faut expliciter et affirmer la responsabilité humaine. « Que chacun examine son œuvre propre, écrit Paul aux Galates, et alors il trouvera en lui seul, et non dans les autres, le sujet de se glorifier, car chacun portera sa propre charge » (Galate 5. 13-14 et 6.1-8). Nous pouvons nous entraider, nous le devons même, mais nous ne pouvons porter la charge existentielle de personne. La vie de chacun est irréductible à sa personne, à son existence, à sa situation, à sa responsabilité. Chacun doit individuellement assumer la responsabilité de ses choix, de ses actes et de ses paroles. C’est vrai devant la Loi – qui établit aussi les normes des responsabilités collectives –, c’est vrai également devant Dieu et à l’aune de nos existences. Il est donné aux humains de vivre une seule fois, dit l’épître aux Hébreux, après quoi vient le Jugement. Or, l’image et le symbole du Jugement dernier illustrent bien dans la Bible, la responsabilité qui est le lot de chacun ici-bas.

Entités pensantes, douées de conscience et d’autonomie, reconnues détentrices de la connaissance du bien et du mal, possédant une dignité inaliénable devant Dieu puisque créées à son image, les humains sont déclarés dès les premiers chapitres du livre de la Genèse comme responsables de leurs actes qu’il leur faut absolument assumer (Gn 1.26 à 3.24). Du coup ce n’est pas à une Eglise, à un groupe idéologique, aux amis ou aux conseillés, d’assumer les conséquences de nos choix et de nos actes, c’est à chacun qu’il incombe d’être responsable.

Conclusion

C’est la raison pour laquelle, les Eglises de la Réforme (protestantisme historique) refusent généralement la morale de conviction prescriptible, c’est-à-dire la morale qui prescrit aux fidèles ce qu’ils doivent faire en matière d’éthique. Elles ne se rangent cependant pas pour autant purement et simplement du côté de la morale de responsabilité qui renvoie chacun uniquement à sa conscience. Elles présentent une morale de conviction ET de responsabilité qui se veut pédagogie pour l’éducation des consciences et guide équilibré pour diagnostiquer les situations, évaluer les possibles, envisager les conséquences prévisibles, projeter ce qui sera le moindre mal ou tout du moins ce qui sera le moins lourd à porter, mettre en lumière ce qu’il faudra assumer de façon responsable.

L’éthique du protestantisme historique tend à être une éthique de la conviction ET de la responsabilité. Elle n’offre aucune baguette magique pour régler les problèmes, mais elle fait réfléchir dans l’arrière-plan des fondamentaux ; afin de rechercher le bon chemin, dans le respect des consciences et de la responsabilité individuelle de ceux qui ont à affronter les affres, ou la corruption, du mal. Aucun choix éthique n’est simple. C’est toujours une vie, une existence particulière et unique, qui est en cause. La recherche du moindre mal équivaut rarement à la pleine satisfaction. Elle apporte cependant assez souvent du soulagement, produit des conditions favorables à un nouveau départ ou à un redressement, et de la reconnaissance envers l’Eternel qui nous accompagne en dépit des assauts du chaos.

EXCURSUS :
REPERES THEOLOGIQUES POUR PENSER L’ETHIQUE

1. L’humain, être moral à éclairer

Pour ouvrir plus avant le champ biblique et théologique à la question de l’éthique, méditons ces trois textes :

  • Genèse 1.26 à 3.24 : l’humain est un être moral connaissant le bien et le mal.
  • Luc 11.34-36 : chacun doit veiller à ce que sa morale (la lumière en soi) soit éclairante = c’est-à-dire juste, fondée, équilibrée.
  • 1 Corinthiens 2.6-9 : la foi biblique est aussi une sagesse pour s’orienter dans la vie.


2. Pistes de la théologie pour penser l’éthique

La théologie peut-elle être une ressource utile dans le concert souvent discordant des disciplines qui se bousculent pour donner leur éclairage ?

Assurément, mais encore faut-il circonscrire avec précision ses tâches, car il ne convient pas, il ne convient plus, en effet, que la théologie se contente de répéter le savoir des autres disciplines des sciences humaines. Nous sommes passés du temps héroïque de la chrétienté où la théologie s’arrogeait la place de reine des sciences, aux temps modernes où la critique scientifique a sapé les fondamentaux de la théologie classique, laissant les théologiens groggy et contraints de rechercher dans les sciences humaines et sociales, les savoirs anthropologiques, sociologiques, psychologiques ou philosophiques que la « Révélation » ne semblait plus que pouvoir confirmer. Il est temps aujourd’hui de redégager, avec l’aide de la critique exégétique, les champs spécifiques de la théologie et de voir quelle nouvelle pertinence théologique émerge.

La théologie est le « discours » ou la « Parole » (logos) ayant Dieu pour objet. Son champ spécifique est de penser la foi monothéiste, juive et chrétienne, qui se déploie dans la Bible et l’Histoire, dans l’interaction des savoirs et des idées qui sont en perpétuel process dans l’évolution du monde des sociétés. Concernant l’éthique, il faut s’interroger sur les tâches spécifiques auxquelles la théologie devrait s’atteler avec l’aide de l’exégèse moderne. La liste (non exhaustive) des thématiques qui suivent se veut prospective.


3. La réforme de la « théologie morale » classique

Les théologies classiques (catholique, orthodoxe ou protestantes) partaient chacune du principe que les Ecritures sont inspirées par le Saint-Esprit et elles confessaient en conséquence que la Bible est sans erreur et infaillible. L’ensemble des textes bibliques étant considéré comme « la Révélation scripturaire de Dieu », la méthode d’interprétation des Ecritures des théologies classiques était celle dite de « l’analogie de la foi » qui s’efforçaient d’harmoniser les affirmations bibliques de façon à minimiser leurs divergences et leurs contradictions, afin d’en forger une synthèse et des doctrines éclairant et déterminant le sens des textes.

C’est à partir de cette herméneutique circulaire que les théologies classiques ont élaboré leur  « théologie morale » dont la tâche a toujours consisté à établir l’anthropologie « biblique » et à traiter des mœurs, des questions liées au péché, à la sanctification, aux règles de vies sociales, familiales et individuelles. L’exégèse historique et littéraire a remis en cause de A à Z la légitimité de la doctrine de l’inspiration verbale et littérale de la Bible et rendu caduque le principe de l’analogie de la foi pour l’interprétation des textes. Résultat : les prétendus savoirs de la théologie morale sont à revoir à partir d’une meilleure et moins partiale interprétation des textes.

La première tâche de toute théologie informée par les savoirs et l’exégèse moderne, est de réformer la façon de lire et d’interpréter la Bible, puis de retrouver le sens des textes pour eux-mêmes dans leurs contextes de production. Sans ce renouvellement de l’herméneutique, la théologie ne fait que répéter des axiomes surannés établis à partir d’une herméneutique discutable tordant le bras des textes pour les faire entrer dans un système doctrinal conditionné par une vision monde qui n’existe plus. Seul le remaniement complet de l’herméneutique théologique peut aider le théologien à dégager l’Evangile de son véhicule culturel du premier siècle, en vue de le traduire et de le transmettre au monde actuel.

  • Le recours aux Ecritures

Puisque la théologie est le « discours » ou la « Parole » (logos) ayant Dieu pour objet et que son champ spécifique est celui des Ecritures bibliques, il va de soi que la crédibilité de toute théologie se mesure à sa façon de se référer aux textes bibliques et de les interpréter. Rejetant cependant, comme indiqué précédemment, l’ancienne méthode de l’analogie de la foi, la théologie moderne invalide également l’usage de la citation biblique pour justifier des affirmations éthiques. Usage simpliste, qui fait un peu sourire, mais qui reste assez fréquent dans les argumentaires.

Les graves questions de l’IVG ou de l’euthanasie en donnent un exemple. Ceux qui s’y opposent se réfèrent assez souvent au commandement du Décalogue rendu en français par les mots « tu ne tueras pas ». Cette traduction du texte hébreu est cependant défectueuse. Le texte original ne dit pas « tu ne tueras pas », mais « tu ne commettras pas de meurtre », ce qui n’est pas la même chose. Pour justifier du statut pleinement humain de l’embryon, certains font valoir que plusieurs auteurs bibliques évoquant la connaissance de Dieu qui les voyait déjà alors qu’ils étaient au stade embryonnaire (Jg 16.17, Job 31.15, Ps 22.9-10, 71.16, 136.16, Gl 1.15). S’agit-il cependant dans ces passages d’autre chose que de formules poétiques et liturgiques disant la conviction des auteurs d’avoir reçu leurs vocations de Dieu ? Il est bien aventureux en tout cas d’en tirer des principes pour une loi bioéthique. D’autres passages mentionnent d’ailleurs la plainte d’auteurs (parfois les mêmes) qui auraient préféré ne pas naitre (Job 3.11-16 et 10.19, Ps 51.5, Ps 58.8, Ec 6.3, Jr 15.10 et 20.14-17). Or, qui voudrait tirer sérieusement de ces passages des règles pour légaliser l’IVG ?

Il revient aux théologiens informés par la critique de montrer que la théologie ne peut se fonder, ni fonder la morale et l’éthique, sur une lecture littérale des textes bibliques. C’est par la médiation de la réflexion et de l’interprétation que la théologie et l’éthique progressent, non par l’application de versets « prêts à l’emploi » pour toute n’importe quelle donnée.

  • La réforme de l’anthropologie classique

L’anthropologie des théologies classiques (catholique, orthodoxe, protestante) a « canonisé » la conception hébraïque de l’homme et de la femme du Premier et du Second Testament ; conception qui provenait pour une large part des cultures, des organisations sociales et des morales des hébreux de l’Antiquité et des gréco-romains du début de l’ère chrétienne (Eph 5.22-24, Col 3.18, 1 Tim 2.9-15, 1P 3.1-7). La théologie actuelle se doit donc de recourir à l’exégèse critique et historique pour revisiter les anthropologies bibliques et de voir si l’on peut distinguer par-delà la culture des auteurs, des éléments théologiques spécifiques à la foi monothéiste. C’est ici un travail qui nécessite que la conception de la « Révélation » soit elle-même revisitée à frais nouveaux (Cf. Bruno Gaudelet, Le Credo revisité, Lyon, 2015, Annexe 2).

4. L’humain image et ressemblance de Dieu

La théologie classique a beaucoup disserté sur le chapitre 1 versets 26 et 27 de la Genèse : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance, pour qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’humain à son image : Il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa. » La théologie guidée par l’exégèse historique et critique a la tâche ardue de revisiter ce texte, de réexplorer le sens de « l’image » et de la « ressemblance » de l’humain « homme et femme » avec Dieu, de mettre au jour la conception de l’humain que le texte de la Genèse présente et les conséquences théologiques, morales et éthiques qui en découlent.

« L’Humanisme évangélique » et Christ « nouvel Adam »

L’humanisme des Lumières, celui qui aboutit à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, n’est pas une création ex nihilo. Il est héritier de l’humanisme de la Renaissance, lui-même héritier de la chrétienté qui a porté (à son « corps défendant » d’après Marcel Gauchet) le noyau de l’Evangile qui a désenchanté le monde et provoqué la « sortie sociale de la religion ». Il est tout à fait exact que l’Evangile a introduit dans le monde des valeurs humaines qui aboutiront chemin faisant à ce que nous appelons un peu simplement aujourd’hui « l’Humanisme ». A savoir l’affirmation que chaque humain est un « sujet libre devant Dieu », « responsable de ses actes », « digne de l’amour et de la bienveillance divine » et « appelé à être le partenaire de Dieu » et même « ouvrier avec lui ».

Mais se référer à l’Evangile implique aujourd’hui de distinguer entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi afin de s’efforcer de retrouver la prédication décapante du rabbi de Nazareth : prédication qui présente une relecture de la Torah que les chrétiens considèrent être aboutissement de la Révélation monothéiste. Mais il s’agit également pour relever les traits du « Christ de la foi » ; Christ de la foi que les évangélistes et Paul peignent comme « l’humain nouveau » faisant si bien aboutir l’image et la ressemblance de Dieu en l’humain que l’épitre aux Colossiens le déclare « image de Dieu », « premier né de la Création » et « Fils de Dieu ». Ces différents termes ne sont plus à comprendre au sens mythique divinisant, mais en terme « d’humanité aboutie » et « exemplaire » ; ce qui rejoint l’intuition de la tradition vénérable de « l’imitation de Jésus-Christ ».

Quels contenus spécifiques la prédication du rabbi Galiléen introduit-elle sur le plan de la morale ?  Comment les portraits évangéliques du Christ de la foi nous dévoilent-ils les traits de l’humain nouveau que nous sommes appelés à intégrer et imiter afin de progresser dans l’image et la ressemblance divine qui est au fondement de l’humain ? La théologie, éclairée par l’exégèse critique et historique, a mandat pour revisiter et explorer ces pistes et en rendre compte.


5. Les valeurs de l’agapé pour la vie sociale et l’éthique de la discussion

A l’origine le mot grec « agapé » était un mot « fourre-tout », tout comme notre mot « amour » aujourd’hui. Avec Jésus et la tradition chrétienne, le terme a pris le sens spécifique de « bienveillance gratuite ». Les sentiments, l’affection, la tendresse, ne se commandent pas. Quelle est donc cette forme d’amour, unique commandement laissé par Jésus à ses disciples ? L’agapé est cette bienveillance, cette charité même, qui prend soin de l’autre même si l’autre ne le mérite pas. Il ne s’agit pas d’un amour sentimental, mais d’une volonté, voire d’une ascèse : celle de rendre à Dieu un peu de sa bonté en s’efforçant de faire, du mieux possible, le bien des autres.

Pourquoi serais-je bienveillant, charitable, avec mon prochain, quand celui-ci m’est étranger, froid, distant, superbe, ou hostile ? Parce que c’est ainsi que Dieu agit avec toi alors que tu te comportes avec lui assez souvent comme un étranger, froid, distant, superbe, ou hostile, répondrait Jésus. L’agapé prend modèle sur le Dieu de Jésus-Christ et sur Jésus-Christ lui-même. Il est pardon, grâce, bienveillance, charité, patience, espérance en l’autre (1 Co 13). L’éthique de l’agapé, c’est l’éthique du souci du bien de l’autre (ce qui inclut parfois qu’on lui impose des limites et qu’il réponde de ses actes).

6. Les usages de la Loi et l’Evangile

Le thème des différents « usages » de la Loi est un thème-clef de la théologie réformée et un lieu de controverse entre luthériens et réformés. Selon Calvin la Loi remplit trois offices ou usages spécifiques :

  1. l’usage politique ou « usus civilus » (la loi pose des limites et organise le vivre ensemble),
  2. l’usage spirituel ou « usus elenchticus » (la loi éclaire chacun sur le mal commis et subi),
  3. l’usage didactique ou « usus didacticus » (la loi désigne le bien qu’il faut accomplir). Cet usage ne se trouve pas chez Luther, mais chez Mélanchton, côté luthérien.
  1. L’usage civil vise à limiter le mal dans le monde (la loi établit des limites et circonscrit le mal).
  2. L’usage spirituel tend à montrer aux hommes leurs péchés (rôle pédagogique où la loi éclaire chacun sur ses paroles et actions, la loi devient miroir pour soi-même et le monde).
  3. L’usage didactique indique comment se donner soi-même des règles pour une vie saine (sanctification volontaire).

Aujourd’hui, la théologie informée par l’exégèse historique et critique est appelée à reprendre l’appareil conceptuel des trois usages de loi et à voir comment chacun de ces usages nourrit la réflexion relative à l’éthique de la conviction et de la responsabilité, l’éclaire et lui donne des repères pour se penser et être opérante.

Pasteur Bruno Gaudelet

Bibliographie sommaire :

  • Arendt Hannah, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1961.
  • Bergson Henri, Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, PUF Quadrige, 1990.
  • Collectif La philosophie morale, Monique Canto-Sperber et Ruwen Ogien, Paris, PUF, 2017.
  • Collectif : Manuel de métaéthique, Desmons, O., Lemaire, S., Turmel, P., Paris, Hermann, 2019.
  • Collectif : Dictionnaire encyclopédique d’éthique chrétienne, Denis Müller, Laurent Lemoine et Éric Gaziaux, Paris, Cerf, 2013.
  • Comte-Sponville André, Dictionnaire philosophique, Paris, PUF, 2001. Deuxième édition en 2013.
  • Durkheim Emile, L’Education morale, Paris, PUF, 1963.
  • Godin Christian, Le Nouveau Cours de philosophie, Nantes, éditions du Temps, 2004
  • Habermas Jürgen, De l’éthique de la discussion, Paris, Editions du Cerf, 1992
  • Habermas Jürgen, L’avenir de la nature humaine : vers un eugénisme libéral ?, Paris, Gallimard, 2012.
  • Hottois Gilbert, Qu’est-ce que la bioéthique ?Paris, Vrin, 2004. 
  • Jonas Hans. Le Principe responsabilité, 1990; traduction de Jean Greisch, coll. « Champs », France, Flammarion, 1995,457 pages.
  • Kant Emmanuel, Fondement de la métaphysique des mœurs, Paris, Vrin,1992.
  • Bernard Feltz, La science et le vivant : philosophie des sciences et modernité critique, Louvain-la-Neuve (Belgique), De Boeck, 2014.
  • Levinas Emmanuel, Ethique et infini, Paris, Fayard, 1982.
  • Métayer, Michel. La philosophie éthique. Enjeux et débats actuels, Montréal (Québec), ERPI, 2014. 
  • Ricoeur Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
  • Weber Max, Le savant et le politique (1919),Paris, Union Générale d’Éditions, 1963.

Version numérique : http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/savant_politique/Le_savant_et_le_politique.pdf

Exemple
Publication mise en avant

Genèse 22.1-19, Lévitique 15.19-30, Marc 5.21-42

Nous avons réfléchi récemment sur le thème du passage qui s’opère pour chacun vers la vie adulte. Le récit de la ligature d’Isaac s’est dévoilé, dans le contexte de cette réflexion, sous un nouveau jour.

On regarde souvent ce récit comme un midrash, ou une métaphore, qui met en scène l’interdiction formelle pour les hébreux de pratiquer les sacrifices humains. Or des recherches récentes révèlent que le récit de Genèse 22 fut l’un des derniers textes à avoir été inclus dans le Pentateuque, vers le deuxième siècle avant Jésus-Christ. Soit à une période où le judaïsme du second temple était déjà théologiquement très évolué, aussi ne voit-on pas pourquoi il aurait été nécessaire d’inclure dans le canon un texte qui porte sur une telle leçon.

En revanche, lorsqu’on le reporte à la question du rapport entre les parents et les enfants, et notamment à la nécessité pour les parents de laisser grandir leurs enfants, ce récit de la ligature d’Isaac prend une tournure nouvelle. Une tournure, un sens éclairant, que je vais bien sûr résumer pour ne pas refaire la prédication de la semaine passée (que chacun retrouvera sur notre chaine YouTube) mais que je vais étayer avec un texte très parallèle du Nouveau Testament. En effet, en me demandant si le Nouveau Testament comptait un texte équivalent, j’ai tout de suite pensé au récit de la fille de Jaïrus et je vais montrer pourquoi.

I. Le sens de Genèse 22

Rappelons tout d’abord la problématique du passage progressif vers la vie adulte et la nécessité pour les parents de laisser précisément grandir leurs enfants. Psychologues et psychanalystes nous expliquent depuis longtemps que l’amour parental a tendance à surprotéger l’enfant et ne se rend pas toujours compte, que celui-ci grandit, qu’il lui pousse des ailes, et qu’il a besoin de plus d’autonomie pour devenir adulte. Lorsque le ou les parents ne se rendent pas compte, ou pas suffisamment compte que leur petits grandissent, ceux-ci en viennent parfois à se sentir aimés, certes, mais aussi un peu, voir beaucoup, étouffés.

Tout cela nous le savons tous intellectuellement, mais ce que nous savons intellectuellement ne touche pas toujours notre affectivité. Le récit de la ligature d’Isaac où Dieu réclame à Abraham de lui donner son fils peut être lu comme un récit où Dieu délie Isaac de ses parents pour qu’il devienne adulte.

L’amour parental peut, effectivement, ligoter les enfants et se révéler mortifère ; d’où l’image terrible de Genèse 22 où Abraham voue son enfant à la mort quoi que l’aimant par-dessus tout.

L’amour de Dieu qui proclame la liberté inconditionnelle de tout individu reconnu par Dieu comme responsable de lui-même, délie les enfants en les appelant à entrer dans une autre filialité que la filialité parentale : la filialité avec Dieu.

Abraham et Sarah doivent renoncer à ce que leur bébé reste un bébé, afin qu’Isaac devienne adulte. Le récit de la ligature d’Isaac est un récit qui raconte la nécessité d’un acte de passage qui marque le cheminement vers la vie d’adulte, afin que les parents prennent conscience que leurs petits ou leurs petites, ont grandi. Et pour que les jeunes gens s’engagent vers la vie adulte en prenant leur autonomie spirituelle.

De ce point de vue, il est intéressant de noter que la plupart des religions proposent un rituel, ou un acte de passage, pour que les adolescents soient reconnus en âge de s’approprier la foi ou la spiritualité qui est confessée. La sagesse des religions n’a pas attendu Freud et la psychanalyse pour réfléchir aux rapports de l’humain à son milieu. Dans les évangiles, c’est le récit de la résurrection de la fille de Jaïrus qui redit cette sagesse.

II. La fille de Jaïrus, Marc 5.21-42

Il s’agit là aussi d’un midrash, ou si vous préférez, d’un récit métaphorique. Jésus arrive dans un village et surgit devant lui un notable, Jaïrus, le chef de la synagogue, qui lui demande de venir guérir sa fillette. Jésus se met en route, mais curieusement l’évangéliste insère immédiatement le récit d’une femme âgée atteinte d’une perte de sang depuis 12 ans, ce qui correspond à l’âge de la jeune fille comme le révèle la fin du texte.

La femme touche Jésus discrètement du sein de la foule qui l’environne, or celui-ci ressent une puissance sortir de lui. Il s’arrête demande qui m’a touché ? Craintive, la femme atteinte du dérèglement menstruel se dénonce. Jésus la rassure et la guérit en l’appelant « sa fille », ce qui est étonnant de sa part, car non dans ses habitudes. Et plus étonnant encore de la part d’un homme d’une trentaine d’année s’adressant à une aînée.

L’histoire se poursuit. Des gens arrivent de chez Jaïrus, l’informant que sa fille est morte, mais Jésus  l’assure de ne pas tenir compte de ces paroles, d’être sans crainte, mais de croire seulement. Puis il se rend avec Pierre, Jacques et à Jean au chevet de la fille de Jaïrus. Arrivé sur les lieux, Jésus fait sortir tout le monde de la maison, sauf les parents. Il saisit la main de la fille alitée, lui dit en araméen : Talitha koumi ; ce qui signifie « jeune fille », puis lui demande de se lever – c’est le sens du mot « egeiro » que nous traduisons par le terme « résurrection ». La jeune fille se lève, marche du haut de ses douze ans, dit le texte. Jésus réclame alors qu’on la nourrisse et exige le plus grand secret sur ce qui vient de se passer.

Durant des siècles on a interprété ce récit comme le compte-rendu d’un événement miraculeux. Ce n’est que récemment, sur le plan de l’histoire, dans les deux derniers siècles qu’il est apparu aux théologiens que les récits de miracles sont toujours des récits symboliques et métaphoriques, destinés à mettre en scène les guérisons spirituelles que l’Evangile produit pour notre être intérieur. Pour les comprendre et interpréter correctement ces récits, il faut les décrypter à partir de leurs signifiants. Or, le récit de la fille de Jaïrus, qui prend en sandwich le récit de la femme à la perte de sang, se lit sur le plan d’une relation père-fille étouffante pour la fille :

  • Premier signifiant, qui nous met sur la piste du décryptage, Jaïrus parle de sa fille comme une « fillette » : verset. 23 « ma fillette est à toute extrémité, viens la guérir. » Au verset 41 Jésus, lui, l’appelle « jeune fille » « Talitha koumi ».
  • Deuxième signifiant, la femme atteinte de perte de sang offre l’exemple d’une femme qui est blessée précisément dans sa féminité. Déjà la Loi de Moïse considérait comme « impure » la femme menstruée (Lev 15.19-30) alors imaginez ce qu’il pouvait en être pour la femme atteinte d’une perte de sang continue.
  • Troisième signifiant, Jésus guérit la femme et l’appelle « ma fille » ce qui constitue une reconnaissance publique de sa féminité et une valorisation de la femme qu’elle est.

III. Décryptage

A partir de là tout s’éclaire. Jaïrus ne parvient pas à voir que sa fille devient une femme. Pour lui, elle est et reste sa « fillette », son « bébé » (en grec le terme « korasion » – tiré de « Korê » signifie « jeune fille » ou « jeune vierge » – signifie « fillette » ou « petite fille ») . Son amour parental est intense, mais il étouffe la « jeune fille » qui veut éclore et n’y parvient pas ce qui sape son envie de vivre et la rend mortifère. Talitha koumi se meurt, tout comme Isaac offert, lié, sur l’autel paternel.

En saisissant sa main, et en reconnaissant publiquement son statut de « jeune fille », Jésus la délivre de cette morbidité où la plonge la non-reconnaissance de ce qu’elle est : une jeune fille, en âge d’être réglée et d’être reconnue comme femme à part entière. Le récit du « relèvement » de la fille de Jaïrus fonctionne comme le récit de la ligature d’Isaac. Il invite les parents à admettre consciemment que leur enfant  passe vers la vie adulte.

C’est exactement le rôle sociologique des rituels de passage dans la plupart des religions, en tout cas dans les religions monothéistes mais également bien au-delà. La Bar Mitsva ou la bath Mitsva pour les juifs, la confirmation pour les catholiques, l’accueil à la table de la communion pour les protestants, l’initiation au jeûne du ramadan et aux autres piliers de l’Islam pour les musulmans, sont des rituels de passage qui ont pour but de signifier le passage des jeunes vers la vie adulte, d’inviter les parents à reconnaître que leurs petits ont grandi, de signifier aux jeunes gens et les jeunes filles qu’ils sont en âge de s’approprier pour eux même la foi de leur communauté religieuse.

En conclusion

        On le voit, la Bible lie en ses deux Testaments la sagesse et la foi dans un même mouvement d’intelligence qui fait d’une pierre deux coups :

1. elle met en scène la nécessité pour les parents de reconnaitre le passage de leur enfant vers la vie adulte.

2. elle invite les enfants à devenir adulte sur le plan spirituel en se déterminant pour Dieu pour leur propre compte, et non plus dans la lignée de leurs parents.

        Chers jeunes gens et jeunes filles accueillis à la table du Christ aujourd’hui, ne profitez pas de cette méditation pour réclamer plus d’autonomie à vos parents, en disant : « le pasteur a  dit que ». Mais saisissez pour vous-même la main que Dieu vous tend aujourd’hui. Bien loin d’être une autorité imposante au-dessus de vous Dieu et son Christ sont pour vous, jamais contre vous.

L’Evangile nous libère, nous délie, de bien des liens qui nous enserrent, et il ressuscite sans cesse nos vies ! Soyez libres et spirituellement ressuscités.

Pasteur Bruno Gaudelet

Exemple
Publication mise en avant

Qu’est-ce que le bonheur ?      

Peut-on le définir ?

Que nous dit la Bible à ce sujet ?

Pour aborder cette thématique et réfléchir ensemble à notre bonheur, ou tout du moins à ses possibilités, je vous propose de comparer – à grands traits – la tradition philosophique grecque et la Bible, puis de voir si cette comparaison nous aide à répondre à la question posée en introduction de notre méditation : dépend-il de nous d’être heureux ? Commençons par l’étymologie et la tradition grecques.

I – La tradition philosophique

Les dictionnaires d’étymologie nous apprennent que les mots « bonheur »  et « heureux »  sont tirés du vieux mot « heur » qui fut dérivé du latin « agurium » et qui signifie « chance »  ou  « sort ». « Bon-heur », signifie littéralement « bon sort » et à « mal-heur » signifie : « mauvais sort ». Cette étymologie rejoint le sens commun qui identifie le bonheur avec la bonne fortune.

Au temps de Socrate, les Sophistes se faisaient champions de ce sens commun en affirmant que le bonheur dépend de la fortune ou de la chance qui permettent de jouir des plaisirs de la vie. Pour Socrate, Platon et Aristote, cette thèse ne résiste pas à l’examen approfondi des choses. Certes, ils admettent que l’infortune et les maux sont incompatibles avec le bonheur, mais le bonheur ne saurait se réduire, selon eux, à la fortune et à la satisfaction des plaisirs ; car le plaisir est éphémère et sa quête est insatiable, infinie. Celui qui s’y livre constate très vite que la quête du plaisir dénature en fait le plaisir et rend esclaves de leurs passions ceux qui s’y adonnent. Tout plaisir ne conduit d’ailleurs pas au bonheur. Il arrive même assez souvent qu’un plaisir entraine  l’insatisfaction et une série de frustrations. Selon Socrate : pour qu’un plaisir contribue au bonheur, il doit être conforme à la vertu et à la morale ; notamment à la justice.

Or, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, Epicure s’accorde tout à fait avec ce point de vue. Il le laisse d’ailleurs très bien entendre dans sa lettre à Ménécée dont voici un extrait : « Quand nous disons, que le plaisir est le but de la vie, écrit Epicure, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent encore ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s’opposent à nous. Par plaisir, c’est bien l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve point dans d’incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et des autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans la tempérance, lorsqu’on poursuit avec vigilance un raisonnement, cherchant les causes pour le choix et le refus, délaissant l’opinion, qui, avant tout, fait le désordre de l’âme. » On le voit, Epicure est loin de prôner la jouissance. Le véritable plaisir est pour lui « absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme. » Cette définition du plaisir est particulièrement significative, car elle situe le bonheur dans la santé du corps et de l’âme. La quête du bonheur doit être la quête de ce qui est bon pour le corps et l’âme, ce qui exclut de laisser libre cours aux passions. Les passions de l’âme doivent rester sous contrôle  et  être tenues en bride de peur de manquer la sérénité du sage.

Cette visée est aussi celle des stoïciens pour qui la soumission aux passions de l’âme, qu’entraine la quête du plaisir, fait manquer à coup sûr « l’ataraxie », c’est-à-dire la quiétude de l’âme qui, seule, peut rendre un individu heureux. Quoi qu’éphémère le plaisir n’est pas en soi illégitime, estime Sénèque, le risque, cependant, qu’il excite les passions qui troublent l’âme et compromettent l’ataraxie, reste permanent. Sénèque préconise dès lors, non de chercher à supprimer les impulsions et les désirs, mais de redresser et de maîtriser les désirs par la vertu, afin de les faire participer à la recherche d’une vie conforme à la vraie nature de l’être humain.

En résumé on peut dire que les penseurs grecs se rejoignent dans leur compréhension du bonheur. Ni Socrate, ni Platon, ni Aristote, ni Epicure, ni même les stoïciens, n’excluent le plaisir et la fortune dans leur phénoménologie du bonheur, mais tous sont unanimes pour reconnaître que le bonheur ne peut se limiter à la fortune et à la satisfaction des plaisirs. Le bonheur implique certes, pour eux, la fortune et la satisfaction des plaisirs appropriés à la nature humaine, mais à condition que cette fortune et ces plaisirs soient conformes à la raison et à la vertu. Il apparaît en somme aux philosophes grecs que la raison et la vertu doivent-être impliquées dans l’avènement du bonheur.

Il s’agit ici d’un acquis majeur de la philosophie grecque qui n’a pas été dépassée, me semble-t-il, par les philosophies ultérieures. Les modernes n’y ont apporté aucun surplus, si ce n’est du côté de  la psychanalyse et de la sociologie. La première a mis en évidence que l’homme est un être de désirs et nous a appris à explorer le psychisme et les passions de l’âme. La seconde a mis en lumière les fonctionnements et les comportements sociaux.

Après ce bref survol d’Athènes, voyons ce qu’il en est de Jérusalem.

II – La Bible

Le mot hébreu « tov » signifie « bon », « bonnes choses », « bonheur » « beauté ». Tandis que le mot « ra’yah »» signifie « malheur », « méchanceté », « mal ». Dans le grec du NT le mot « makaria » signifie « bonheur », « félicité » et « makarios » signifie « heureux » ou « bienheureux » ; c’est ce mot que Jésus emploi dans les béatitudes de Matthieu 5.

Sur les 58 mentions du mot « bonheur » de la Bible, plusieurs rejoignent le sens commun de « bonne fortune », avec lequel raisonne la philosophie grecque. La naissance de Gad provoque, ainsi, la liesse de sa mère Léa qui s’exclame : « Le bonheur est venu ! » (Gn 30.11). Pour Job ses épreuves sont « malheur » et le bonheur s’est enfui (30.26). Pour le Deutéronome le bonheur consonne avec la prospérité, l’abondance de bien et la fécondité (30.9). Et c’est aussi le cas du Paul d’Actes 14.17 qui explique aux gens de Lystre que Dieu comble les humains par ses bienfaits, en donnant, du ciel, les pluies et les saisons fertiles et en comblant de nourriture et de bonheur dans le cœur. Cela dit, la plupart des mentions du mot bonheur dans la Bible correspondent au bonheur de connaitre Dieu (Ps 4.6), de vivre en sa présence (Ps 25.13, Actes 2.28.), ou de lui rendre un culte en sa maison ou du fond du cœur (Ps 65.4). La grâce de Dieu transporte aussi les croyants de la Bible dans le bonheur (Ps 32.1), de même que l’assurance de sa bienveillance, de son secours et de la joie de marcher avec lui (Ps 23).

Mais comme souvent, le Sage Qohéleth (l’Ecclésiaste) présente un discours plus philosophique, rejoignant ici ses homologues grecs. Le sage sait selon lui profiter des bonnes choses comme manger, boire et jouir de la vie, qui sont les fruits du travail et des efforts (4.8, 5.18), mais il ne se laisse pas prendre à la quête insatiable du plaisir qui conduit au dérèglement (2.1-11). C’est que le sage sait que telle n’est pas la voie du bonheur qui se trouve, au reste, sans cesse contrarié par le mal, les imbroglios de l’existence et la mort qui rend toute chose vaine (2.12-23, 4.8). Notons, au passage, que le bonheur n’est pas pour Qohéleth le souverain bien,  et encore moins le but de l’existence. Le souverain bien véritable est pour lui la relation intime et respectueuse avec Dieu (8.12-13). Or, c’est de ce souverain bien que découle un bonheur qui ne se réduit, certes pas, à la bonne fortune du sens commun, mais trouve un équilibre des passions et des appétits qui garde l’ami de Dieu dans une certaine constance, un réel contrôle de soi et des passions et dans une quiétude qui sait aussi se réjouir des bienfaits de l’existence (2.26 et 24).

Les auteurs bibliques présentent donc une vue du bonheur similaire aux grecs, mais ils incluent un référent que les grecs ignorent : « Dieu ».  Pour eux, le bonheur ne dépend en fait nullement des  possessions et des jouissances, mais de ce que l’on est devant et avec Dieu. Ainsi, alors que les grecs s’en remettent aux forces de la vertu et de la raison pour orienter la vie et même valider les plaisirs, les croyants de la Bible puisent, pour leur part, dans leur foi en Dieu qui éclaire la raison et la vertu et comble l’âme  en lui donnant   sa communion. Dans la logique biblique, c’est très bien de reconnaître qu’il faut modérer ses passions et résister à la quête insatiable des plaisirs pour ne pas en devenir esclave. Cependant, où trouver la force et la sérénité lorsque la Raison vacille ? Où trouver l’équilibre entre la jouissance légitime et l’excès dévastateur quand la Raison renonce ? Une seule réponse : dans la proximité de Dieu, car  c’est là que s’éduque la vertu et que s’affermissent la force, la sérénité et l’équilibre spirituel.

En Conclusion

La vie est faite de joies et d’épreuves, de réussites et d’échecs, de « chance » et de « malchance », il revient à chacun d’apprendre à construire son bonheur. « Construire » son bonheur est une affirmation étrange pour le sens commun qui lie le bonheur à la satisfaction des plaisirs ou à la fortune, mais telle est cependant la leçon des sages grecs et hébreux concernant le bonheur. Le bonheur n’est pas une fin en soi, mais le fruit d’une âme apaisée, sereine, tenant sous contrôle ses passions et sachant modérer ses ambitions, ses attentes et son indice personnel de satisfaction. Si la Raison est assurément un chemin possible pour atteindre cet équilibre, combien plus une Raison,  alliée et guidée par la foi, saura-t-elle  nous conduire pour trouver l’équilibre indispensable au bonheur ; que les jours soient difficiles ou favorables.

« Heureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaité ! » crie une femme à Jésus lors d’un de ses meetings. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » lui répond-il, pénétré par la sagesse hébraïque. « Heureux » « makarios », ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Enseignement du Maître à méditer régulièrement.           

Exemple
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Intro culte numérique

Introduction

La Cène n’est pas pour nous protestants un rituel sacré, mais un signe visible de la grâce invisible, un symbole qui n’a aucune efficacité en lui-même, aucun sens si on ne partage pas la signification que l’Evangile y met et aucun intérêt si nous sommes étrangers à la foi que verse en nous l’Esprit de Dieu. Tout au contraire lorsqu’on y voit un symbole, la Cène est une prière en acte, qui réchauffe le cœur une participation à la Communion de l’Eglise, visible et invisible, locale ou virtuelle, avec Dieu qui rend proche le Christ-Jésus, elle est le signe de l’Alliance qui atteste, avec le baptême, de notre lien filial avec Dieu. C’est déjà dans cet esprit que nous entrons maintenant dans la première partie de notre temps de culte avec : la réflexion biblique.

Rappels théologiques

Pourquoi cette célébration numérique est-elle possible en terrain réformé ? Tout simplement parce que la théologie réformée estime, avec Jean Calvin, que les sacrements sont les signes visibles de la grâce invisible et non des espèces sacrées. Pour nous le pain reste du pain, le vin reste du vin, l’eau du baptême reste de l’eau, aucun changement de substance n’intervient lors de la célébration. Comme l’écrit Calvin, c’est la Parole de l’Evangile que nous rappelons qui revêt le pain, le vin ou l’eau du baptême de la signification qu’ils prennent dans et pour le moment de la célébration. Il ne s’agit pas de murmurer les Paroles de l’institution du baptême ou de la cène, comme on murmure une formule magique qui serait efficace en elle-même, explique Calvin. Mais il s’agit de donner aux signes le sens qu’ils prennent dans la symbolique du sacrement et dans la foi au Christ qui est l’œuvre de l’Esprit saint. Sans la foi et sans l’Esprit saint qui « besogne » dans notre cœur pour nous rassembler dans la communion, écrit joliment le réformateur de Genève : « les sacrements ne peuvent pas plus apporter aux esprits, que la lumière du soleil aux aveugles, ou une voix sonnante à de sourdes oreilles. » Autrement dit, si tu n’as pas en toi, cher.e  ami.e connecté.e, la foi que Jésus-Christ est Seigneur, mieux vaut mettre fin à ce direct du temple de Neuilly et rester simplement sur la méditation de la Parole. En revanche si tu crois dans ton cœur que Jésus-Christ est Seigneur, et si tu veux signifier à toi-même que l’humain ne vit pas de « pain » seulement mais également du « pain de vie » qu’est l’Evangile du Christ, le sacrement de la Cène sera lumière pour les yeux de ton esprit et parole de grâce pour ton cœur. Rasséréner par ces rappels, la communauté virtuelle, mais bien réelle, qu’est l’Eglise Réformée de Neuilly, se retrouve maintenant autour de la table du Christ que Dieu rend présent à notre cœur dans la communion de son Esprit. Tous ceux qui partagent cette foi sont les bienvenus autour de cette table qui n’est jamais la table d’une Eglise particulière mais la table du Christ.

Liturgie Cène

  • Préface :

Après avoir renouvelé dans nos cœurs la Bonne Nouvelle de L’Evangile, nous faisons mémoire de l’institution de la Cène :

  • Institution :

Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit: « Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi« . De même, après avoir soupé, il prit la coupe et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez« .

  • Prière d’invocation

Eternel nous faisons mémoire de la vie et de l’œuvre de ton Christ : il est notre Messie et guide.

Nous faisons mémoire de la Bonne Nouvelle de son message : il est notre libérateur.

Nous faisons mémoire de sa Pâques et de ses promesses : il est notre espérance !

En son nom nous te disons d’un cœur sincère et reconnaissant la prière qu’il nous a enseignée :

Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles, Amen.

·       Invitation :

Tout est prêt dit le Seigneur ! Tout est accompli ! Venez !

  • Fraction :

Le pain que nous rompons est la communion au Seigneur Jésus-Christ, et à son Evangile.

  • Elévation :

La coupe de bénédiction pour laquelle nous rendons grâces est la communion au Seigneur Jésus-Christ et à la promesse du Royaume où nous boirons le vin nouveau de l’Alliance réalisée.

  • Communion

Voici, dit Jésus je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre

j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi.

·       Action de Grâce (eucharistia)

Nous te rendons grâce, Seigneur, pour ce pain et ce vin signe et symbole de l’alliance fondée par Jésus-Christ. Nous te rendons grâce pour la Bonne Nouvelle de l’Evangile qui nous relève et nous fait vivre. Nous te rendons grâce pour ta Présence dans nos vies et les multiples soins de ta Providence. Renouvelle, nous t’en prions, nos forces, notre courage et inspire nos prières.

Exemple
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1. Les sacrements

1) Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Le mot sacrement dérive du latin sacramentum qui apparaît dans la Vulgate (Bible latine) pour traduire le mot grec musterion d’où vient notre mot mystère. Saint-Augustin a fixé la définition des sacrements en expliquant qu’un sacrement « est un signe visible de la grâce invisible ». Jean Calvin précise pour sa part qu’un sacrement « est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour confirmer la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu » (Institution de la religion chrétienne (I.R.C), IV.xiv. 1). Un sacrement est ainsi un signe visible et un sceau de la grâce divine qui présente la grâce (c’est-à-dire la bienveillance, la mansuetude divine) à notre égard et scelle notre réconciliation avec Dieu.

Poursuivre la lecture de : La Cène et le baptême, signes visibles de la grâce invisible
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D’aucuns – notamment l’Église romaine – s’appuient sur le texte de Jacques 1.1315 « Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente-éprouve lui-même personne. » pour entreprendre la correction du Notre Père. C’est donc d’une certaine conception de Dieu que l’on part, et non du souci de traduire le texte précisément. Qu’en penser ? Regardons tout d’abord le sens des mots.

Poursuivre la lecture de : Faut-il corriger la sixième demande du Notre Père « ne nous soumets pas à la tentation » ?
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Le livre des émissions du Carême 2019 est paru !

On peut le trouver dans toutes les bonnes librairies, sur le net (Amazon, Fnac,..) et bien sûr sur le site de l’éditeur en cliquant sur le lien suivant :

https://www.editions-olivetan.com/accueil/923-quand-l-evangile-se-raconte.html

Pour réécouter les émissions en podcast sur France Culture, cliquez sur le lien suivant : 

https://www.franceculture.fr/emissions/careme-protestant

Exemple
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1. Journal Réforme

https://www.reforme.net/2019/09/04/la-theologie-narrative-est-au-service-de-la-bible/

Si elle n’échappe pas à la subjectivité de l’auteur, la théologie narrative se fonde sur des thèses théologiques, estime le théologien Bruno Gaudelet.

Texte publié

Il ne faut pas confondre « narratologie » qui est une forme d’exégèse s’intéressant aux structures et aux stratégies littéraires d’un récit, et « écriture narrative » ou « discours narratif » (prédication, conte) qui ressortent du roman et de l’art oratoire. Ceux-là peuvent devenir les vecteurs d’une « théologie narrative » lorsque des thèses théologiques y sont présentées ou débattues.

La littérature (religieuse et philosophique) abonde en œuvres qui ont usé du genre littéraire romanesque pour exprimer leurs thèses. Songeons pour la philosophie aux dialogues de Platon, au Candide de Voltaire ou aux Lettres persanes de Montesquieu.

Côté religieux, c’est la majeure partie de la Bible, les écrits intertestamentaires, les évangiles apocryphes et bien sûr les midrash talmudiques qui recourent abondamment au genre romanesque.

Une pratique ancienne

Ils ouvrent en cela la voie aux légendes des saints rassemblées par Jacques de Voragine dans La Légende dorée, aux contes et fabliaux du Moyen Âge ; mais aussi aux récits théologiques de Dante (La Divine Comédie), de John Milton (Le Paradis perdu), de John Bunyan (Le Voyage du pèlerin), de C. S. Lewis (Le Roi lion, Narnia) ou encore de Gerd Theissen et son admirable L’Ombre du Galiléen.

Que la théologie s’allie au roman, à la narration, n’a donc rien de nouveau ni de révolutionnaire, mais certains se demandent si le théologien-romancier ne serait pas davantage en proie à la subjectivité et à l’arbitraire interprétatif ?

Comme si un écrit argumentatif offrait une garantie ou un contrepoison contre la subjectivité et l’arbitraire… En vérité, qu’un récit soit écrit sous forme argumentative, poétique, narrative ou empruntant au registre de la métaphore, c’est au contenu « propositionnel » – comme on dit en philosophie analytique – qu’il faut regarder.

Le genre littéraire n’est qu’un mode d’expression. C’est de fait au regard de ce que « dit » une œuvre qu’on peut décider de la qualité et de la plausibilité de son univers interprétatif.

Quoique la plupart des articles, livres et sommes théologiques revendiquent leur sérieux et leur scientificité, c’est toujours à l’interprétation des auteurs – et notamment à leur subjectivité – que nous avons affaire.

Esprit critique

La littérature théologique à prétention scientifique serait-elle moins sujette aux bavardages d’auteurs, aux paraphrases de textes bibliques, aux dadas des courants théologiques, aux réminiscences (voire aux plagiats) d’autres livres, aux particularismes interprétatifs, aux préjugés non éprouvés… Quelle blague !

C’est au contenu propositionnel, à son attache avec le texte biblique, à la validité des présupposés de l’interprète, à la cohésion des résultats avec les savoirs acquis, à la cohérence de l’ensemble et à sa plausibilité, que la validité d’une production théologique se mesure, non à son genre littéraire.

La théologie narrative ne réclame ni plus ni moins d’esprit critique que la théologie argumentative. L’une et l’autre produisent du bon et du médiocre. Renoncer, par principe, à l’analyse critique de l’une et de l’autre, ce serait simplement renoncer à faire de la théologie.

Bruno Gaudelet est pasteur et philosophe, auteur de la série sur Jacques dans Réforme, publiée en juillet 2019

Quand l’Évangile se raconte, Bruno Gaudelet, Olivétan, 2019, 128 p.

2. Journal Réforme :

Recension et Interview de Bruno Gaudelet par Jean-Marie de Bourqueney pour le journal Réforme n°3810 du 11 juillet 2019

    (texte intégral)

Vous êtes théologien et philosophe (post-doc à l’EPHE), comment est née l’idée de ce livre ?

Le présent livre est avant tout le recueil des émissions enregistrées pour le Carême protestant sur France Culture. L’idée de retravailler mes prédications narratives du vendredi saint – fruits de mes recherches en narratologie, mais aussi en écriture romanesque – a trouvé sa concrétisation à cette occasion.

La démarche que vous nous proposez s’éloigne des formes classiques, comment la définir ?

L’exégèse narrative – initiée des travaux des sciences littéraires – n’est plus une nouveauté. La plupart des spécialistes de l’exégèse historique et critique lui ont consacré eux-mêmes plusieurs ouvrages théoriques ou pratiques ; notamment D. Marguerat et G. Theissen pour ne citer qu’eux.

Quel est l’objectif de la lecture narrative ?

Elle permet de « sentir » le texte et de penser avec lui dans son horizon de sens. Elle nous fait redécouvrir que l’étude des textes bibliques ne se limite pas aux questions de dates, d’authenticité, de contextes ou « d’historicité ». Elle nous ouvre à ce que Ricoeur appelait le « monde du texte ».

Raconter l’évangile, n’est-ce pas courir le risque d’un déficit d’exégèse au profit de l’imaginaire du prédicateur ?

Il ne faut pas confondre la prédication et l’écriture narrative avec l’exercice du conteur – qui n’est d’ailleurs pas dénué de valeur. Il n’y a pas de prédication narrative sans les res­sources de l’exégèse historique et littéraire et celles de l’exégèse narrative. Le genre littéraire romanesque est différent de l’exégèse savante, mais non moins expressif. Il n’y a pas en outre, d’un côté les travaux de l’étude critique qui ressortiraient de la pure « objectivité », et de l’autre ceux de la narratologie qui relèveraient de la « subjectivité » de l’interprète. Toute exégèse, savante ou narrative, dépend toujours de la compréhension – et donc de l’imaginaire sans lequel nul ne peut penser – de celui qui les produit.

Peut-on se passer d’une explication analytique ?

La narratologie est une forme d’exégèse. La véritable question est « comment décider si une interprétation est recevable ou non ? » La question se pose pour tous types d’exégèse, critique ou narrative, comme pour tout système théologique. L’attache de l’interprétation avec le texte, la validité des présupposés de l’interprète, la cohésion des résultats avec les savoirs acquis, la cohérence de l’ensemble, sa plausibilité, … voilà quelques-uns des critères efficaces pour éprouver la valeur et la recevabilité d’une interprétation.

Pensez-vous que cette méthode d’approche et de transmission du texte biblique peut intéresser un nouveau public ?

Tout est possible sous le soleil, mais il faut se garder d’opposer l’outil critique et l’outil narratif. Mieux vaut utiliser toute la palette des outils et combiner les méthodes, car le but n’est pas l’outil ou la méthode, mais la « fusion des horizons » entre textes et lecteurs en vue de la compréhension et de l’avènement du « penser avec le texte » qui est le gage d’une saine herméneutique.

Vous êtes spécialisé en herméneutique, c’est-à-dire dans l’étude des conditions et des processus de l’interprétation, est-ce une mise en pratique de vos recherches en la matière que vous présentez en ce livre ?

Bien vue ! L’herméneutique n’est pas un outil ou un auxiliaire de la théologie ou de l’exégèse – comme le croit à tort nombre de gens – mais toute théologie et toute exégèse sont herméneutique. Quand l’Evangile se raconte est un essai d’herméneutique pratique.

3. Recension de Marie-Claire Gaudelet

Mon Père m’ayant fait l’honneur et la joie de me dédicacer son dernier livre, je ne pouvais guère refuser la présentation de cet ouvrage dont j’ai suivi les différentes étapes de réflexion et de composition.

Une œuvre issue de la prédication

Notons avant tout que chacune des narrations rassemblées dans ce livre sont le fruit de la prédication. Je me souviens des veillées du vendredi saint – nous habitions Perpignan- où sont nées ces figures narratives. Dans une ambiance feutrée, entre chants et partage de la cène où nous goûtions le pain azyme, l’un des disciples du rabbi galiléen nous rejoignait à travers le temps et l’espace. Bien sûr le témoignage qu’ils nous livraient, était fictif. L’enjeu de ces narrations n’étaient pas de reconstruire historiquement la rencontre bouleversante de ces personnages avec Jésus, mais plutôt de nous faire comprendre, au moyen d’une mise en scène finement conçue, ce dont ils témoignaient. A partir de l’étude sérieuse et approfondie des textes bibliques qu’implique toute prédication, en tenant compte des débats soulevés par la critique exégétique et sur la base de son expérience pastorale, mon père avait imaginé à la manière d’un metteur en scène les dialogues et le cheminement intérieur d’une Marie-Madeleine, d’un Pierre ou encore d’un Paul. Ces personnages et plusieurs autres, ont ensuite été repris et « augmentés » pour les mêmes occasions liturgiques à Neuilly ; ce qui a nourri une correspondance théologiquement argumentée entre mon père et moi. C’est sans surprise mais néanmoins avec enthousiasme que j’ai appris l’adaptation radiophonique de ces récits pour les émissions de Carême diffusées sur France Culture.

Une œuvre théologique

Dans sa Préface, mon père écrit : « il n’y a pas de prédication narrative sans les res­sources de l’exégèse historique et littéraire, d’une part, et celles de l’exégèse narrative d’autre part ». Chacun sait que l’herméneutique, philosophique et théologique, est son grand sujet. Il lui a consacré sa thèse et sa post-thèse. Lui-même ne se cache pas d’avoir voulu présenter ici un essai d’herméneutique appliqué sous forme narrative, c’est-à-dire de présenter au travers de ses personnages une démonstration d’interprétation par l’exemple. Cette méthode est aussi employée dans la tradition juive (notamment talmudique) pour illustrer les concepts abstraits au moyen des midrash (procédé littéraire mettant en scène ou débattant des idées). On notera ici, la maîtrise des débats et des discussions soulevés par l’exégèse historique et critique, mais également ses orientations théologiques. En effet, Quand l’Evangile se raconte reprend et illustre un certain nombre de points théologiques présentés dans Le Credo revisité. Par exemple le message de Pierre sur le pardon, le sens des récits de Pâques chez Marie-Madeleine et Paul ou encore le discours de Jésus sur Dieu (théo-logie) renvoient aux interprétations exposés dans Le Credo revisité (particulièrement les chapitres II, III, V, XII, XXII, etc.).

Une œuvre multidisciplinaire

Nous venons d’évoquer l’herméneutique théologique et philosophique, arrêtons-nous quelques instants sur l’exégèse narrative. La narratologie s’intéresse aux procédures littéraires qu’un auteur utilise pour construire son récit. L’exégèse narrative vise à cerner le sens du texte pour lui-même. Pour y parvenir, elle s’efforce de discerner le type de narrateur convoqué par l’auteur, le type de lecteur idéal du récit, le fil et le nœud de l’intrigue, la façon dont les personnages sont façonnés et bien sûr la ou les thèses de l’auteur. J’utilise moi-même ce type de lecture et d’analyse dans ma paroisse de saint Paul à Strasbourg, et je constate en direct les vertus pédagogiques et l’efficacité de cette façon de lire et de faire lire les récits bibliques. Au final, Quand l’Evangile se raconte, convoque et entrecroise plusieurs champs disciplinaires. Comme mon père me l’écrivait au moment où il rendait son manuscrit à l’éditeur : « Monsieur et madame Toutlemonde y verront des contes distrayants, le romancier et le scénariste s’intéresseront à la construction des personnages et aux trames, l’exégète historico-critique y retrouvera des questions débattues, le narratologue distinguera entre le narrateur premier et le narrateur secondaire, entre le lecteur réel et le lecteur implicite et dissertera sur l’intrigue, le théologien y trouvera une méta-théologie et l’herméneute une méta-herméneutique en dialogue avec l’école. Voilà qui promet de beaux débats. »

Exemples d’interprétation qui font sens

Parmi les différentes interprétations mises en scène dans les narrations j’en relèverai deux qui me paraissent théologiquement signifiantes : celle de Thomas et celle de Nicodème.

  • Arrêtons-nous tout d’abord sur le personnage attachant de Thomas, jumeau du lecteur en quête de « vérité absolue». Dépeint comme un homme attaché à la hokhmah, la sagesse hébraïque, le personnage de Thomas conçoit la foi comme l’expérience de la présence de Dieu dans nos vies. Cette expérience ne relève pas du domaine visible et quantifiable. Elle est de l’ordre de la relation personnelle et de la confiance placée en Dieu. Cette conception éclaire sous un nouveau jour la parole « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! ». Dans cet optique, les récits de miracles illustrent la restauration de cette relation avec Dieu. Pour le dire autrement, les guérisons opérées par Jésus dans les Evangiles représentent en actes ce que la Bonne Nouvelle accompli dans la vie de ceux qui l’accueillent. Tel est le commentaire théologique et spirituel que nous livre ici le personnage de Thomas. Un commentaire qui combine en filigrane les différentes données de la recherche exégétique sur le Jésus historique et sur le contexte de rédaction des évangiles. La narration de Thomas met ainsi en lumière le « Jésus Maître de sagesse » ou hassidique des évangiles. L’interprétation qu’il donne des récits de miracles, lie quant à elle les données de l’exégèse critique sur le contexte sanitaire de l’époque, la tradition du « Jésus guérisseur » révélé par la recherche historique, mais aussi – et ce n’est pas de moindre importance – les données de la recherche sur la rédaction des évangiles, recherche qui s’intéresse à la façon dont les évangélistes ont écrit et utilisé leurs matériaux.
  • La narration de Nicodème a pour sa part le mérite de brosser un tableau narratif sous l’angle des adversaires de Jésus. Nicodème est dépeint comme un personnage honnête qui, tout en exposant la gêne ou les craintes des pharisiens, suit un cheminement intérieur qui vient à bouleverser sa perception du rabbi galiléen et son interprétation de la Torah. La thématique théologique de la nouvelle naissance, comprise comme une naissance à la vie spirituelle, devient en effet la clef de lecture des récits vétérotestamentaires et notamment du récit de l’Exode. Cette mise en scène narrative tient non seulement compte du contexte historique des auteurs des évangiles marqué par des tensions à la fois externes – avec les synagogues juives – et internes – avec des courants hétérodoxes tel que le gnosticisme – mais elle rappelle aussi les racines juives du christianisme naissant. Les évangélistes étaient bien entendu eux-mêmes juifs ! C’est donc dans le réservoir biblique vétérotestamentaire qu’ils puisent leurs références et les symboles pour les réinterpréter.

Un reproche

Fille ou pas fille de l’auteur, point de recension sans que soit souligné le plus « objectivement » possible, au moins un reproche. Selon moi l’introduction n’avertit pas suffisamment le lecteur non-spécialiste de la narratologie de la « nature » herméneutique de l’ouvrage (ce qui, soit dit en passant, est un comble pour un spécialiste de l’herméneutique).  « Tu as bien essayé Papa de prévenir tes lecteurs dans ton Introduction que tes narrations relevaient de l’herméneutique et non d’une quête historique aussi impossible qu’improbable. Mais, de mon point de vue, tu n’as pas suffisamment expliqué que la narratologie relève du commentaire théologique et fonctionne comme le midrash au sein de l’exégèse juive. Certes, les discours que tu places sur les lèvres de tes personnages proposent des solutions herméneutiques à de multiples débats exégétiques et théologiques soulevés par les récits bibliques. Mais il faudra être davantage explicite dans la prochaine édition si tu ne veux pas que le piétiste de base te reproche de réécrire les évangiles ou confondent entre tes interprétations et le leurre du fondamentalisme qui cherche à établir la vérité historique des personnages bibliques. D’ici là, tout de même well done Dad ! ».

Pasteure Marie-Claire Gaudelet

4. Recension de Gilles Castelnau

http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-libres-opinions/gl1293.htm

Les 6 conférences de carême traditionnelles de l’Église protestante Unie ont été faites cette année par le pasteur Bruno Gaudelet. Il pratique la méthode de la « narratologie » qui consiste, comme son nom l’indique à narrer les récits bibliques.

Il ne s’agit pas d’une lecture fondamentaliste qui présenterait ces histoires comme des vérités historiques. L’auteur connaît parfaitement et pratique avec compétence la science historique et critique qui s’efforce de replacer les textes et leur message dans le milieu social, politique et religieux de l’époque qui les a produits.

Mais justement, Bruno Gaudelet comme les autres biblistes narratologues, n’en propose pas une lecture littérale – qui serait le plus souvent non crédible pour nos esprits modernes. Il ne cherche pas à faire de l’exotisme et à imaginer un réalisme d’une époque d’ailleurs impossible à atteindre.

Il narre les histoires comme elles se présentent dans la Bible : rédigées dans la langue grecque de l’Empire romain et non dans l’araméen des personnages en question, avec les réactions et les remarques révélant la spiritualité qui étaient celle des croyants des décennies 80 à 90 de notre ère, c’est-à-dire un demi-siècle après les événements rapportés.

Les 6 personnages que Bruno Gaudelet a choisis – Pierre, Marie-Madeleine, Thomas, Nicodème, Paul et Jésus lui-même – prononcent le plus souvent les mots mêmes des textes évangéliques, y ajoutent – ou est-ce l’auteur qui les leur attribue ? – des commentaires tirés d’autres passages du Nouveau Testament qui semblent, en effet, parfaitement plausibles.

L’ensemble est, sous la forme plaisante d’un récit, une véritable instruction religieuse que l’on n’a aucune peine à suivre et qui nous réjouit tout en nous réconfortant.

Pasteur Gilles Castelnau

Exemple
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Dimanche 2 février 2020 – Neuilly

Matthieu 25, 14-30

Si certains textes bibliques bercent le lecteur ou l’auditeur de paroles douces qui parlent d’amour, de pardon, d’accueil, d’autres au contraire lui font dresser l’oreille. C’est sans doute le cas de cette histoire que l’évangile de Matthieu nous rapporte, de la bouche de Jésus.

Poursuivre la lecture de : La parabole des talents, Pasteure Emmanuelle Seyboldt
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Introduction

Le Requiem est la dernière œuvre, inachevée, de Mozart. On dit que c’est sur son lit de mort qu’il l’aurait composée en majeure partie en 1791 (elle fut complétée par un de ses élèves, Franz-Xaver Süßmayr). Le mot « requiem » signifie « repos ». La messe du requiem tire son nom de son Introduction qui déclare : « Donne-lui le repos éternel, Seigneur, et que la lumière perpétuelle luise pour lui ».

Poursuivre la lecture de : Le Requiem de Mozart et les stratégies face à la mort, Pasteur Bruno Gaudelet
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Neuilly 20 octobre 2019

Textes lus : Gen. 19, 17 et 26 ; Phili. 3, 12 et 13 ; Luc, 17, 29-32.

Chers Frères et Sœurs,

Une fois de plus ce matin, revenons aux textes. Et, premièrement, au mot « prédication ». Pour le dictionnaire biblique Westphal, que je cite, « Le mot (hébreu qeriyâh, grec kérugma, latin proedicatio) désigne une publication, une criée, l’acte du héraut publiant un message. Dans son acception originelle le terme s’applique exactement à la prédication des prophètes, de Jean-Baptiste, de Jésus-Christ, des apôtres en présence des Juifs et des païens, à l’exclusion de toute idée d’enseignement discursif, [c’est-à-dire à l’exclusion de ce qui procède par le raisonnement]. Dans la suite, les deux éléments, le message et l’enseignement, le kérugma et la didascalia, se sont rapprochés et fondus, donnant naissance au type de discours religieux connu sous le nom de prédication. »

Poursuivre la lecture de : « La tentation du regard en arrière », Par Laurent Condamy
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Les différentes traditions chrétiennes ignorent le vocabulaire : « tentation du bien ». Le mot « tentation » est traditionnellement lié au péché ou au mal. Les quelques auteurs bibliques qui l’emploient l’utilisent d’ailleurs en regard du mal auquel il faut résister. Le dictionnaire Larousse s’en fait lui-même le reflet en indiquant que la tentation est : « ce qui porte à enfreindre une loi religieuse ou morale. Elle est une impulsion qui pousse au péché, au mal, en éveillant le désir. » Mais qui a dit, cependant, au Larousse que le désir était systématiquement enclin au mal ? L’humain est certes un être de désirs, mais pourquoi considérer le désir de façon péjorative ? On voit bien ici que le dictionnaire est influencé par la vision négative du corps et de la chair du catholicisme classique.

Poursuivre la lecture de : La tentation du bien est-elle plus dangereuse que la tentation du mal ? par Bruno Gaudelet
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Méditation pour le temps du souvenir de l’Armistice 2019 à Neuilly

Matthieu 6.7-15, Actes 15.36-41, Romains 12.15-18

En ce jour où nous nous souvenons des deux grands conflits mondiaux qui ont dégénéré en guerres meurtrières, mais où nous nous souvenons aussi du mur de Berlin frontière des deux Allemagnes et symbole de la guerre froide entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, c’est la question du conflit, grand ou petit, de ses occasions et de sa gestion, qui s’est imposée à mon esprit.

Poursuivre la lecture de : Canaliser et dépasser le conflit, par Bruno Gaudelet
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L’ESPÉRANCE, PAR JEAN-GABRIEL BLIEK

juin 11, 2019Commentaires fermés sur L’espérance, par Jean-Gabriel Bliek Edit

Lectures : Romains 4 v 18-21, Hebreux 6 v 11-15, Pierre 1 v 13 Mes chers Amis, Les textes qui nous ont été lus nous parlent de l’espérance mais cette notion nous parle-t-elle vraiment ? Comme disait le Maréchal Foch de quoi s’agit-il ?

CULPABILITÉ ET PARDON, PAR JEAN-GABRIEL BLIEK

mai 20, 2019Commentaires fermés sur Culpabilité et pardon, par Jean-Gabriel Bliek Edit

Lectures : Actes 9 v 1-8, 1 Corinthiens v 8-1, 2 Corinthiens v17-21 Chers amis, Les textes qui nous ont été lus nous donnent le moment crucial de l’histoire bien connue de Paul, le moment de son retournement comme on dit dans les services secrets d’un agent ennemi qui passe dans l’autre camp. Ils nous plantent le décor […]

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COMMENT VOIR ? ET PEUT-ÊTRE EN FAIT « REGARDER AU-DELÀ », PAR LAURENT CONDAMY

juin 28, 2019Commentaires fermés sur Comment voir ? Et peut-être en fait « regarder au-delà », par Laurent Condamy Edit

Textes bibliques à lire :  Genèse 28, 16, Job 23, 3-9, Jean, 20, 26-29  Chers Frères et Sœurs, Ceux d’entre vous qui sont des habitués de ce temple peuvent certainement constater avec moi qu’il y a bien peu de dimanches où notre pasteur ne nous met pas en garde contre ce qu’il appelle de manière imagée « la pensée […]

TRANSMISSION, PASSAGE, ESPÉRANCE : DE QUOI SOMMES-NOUS PASSEURS ? PAR LAURENT CONDAMY

février 22, 2019Commentaires fermés sur Transmission, passage, espérance : de quoi sommes-nous passeurs ? Par Laurent Condamy Edit

Lectures : Genèse, 18, 10-15 ; Marc, 9, 22-24 ; Hébreux, 11, 1. Frères et sœurs, Comment, en un espace de temps aussi court que celui d’une prédication, trouver les mots, articuler un propos qui parle à nos oreilles d’hommes de de femmes du XIX e siècle ? Quelle synthèse possible et selon quel axe ? Puis, lorsque cet axe […]

NE CROYEZ PAS QUE JE SOIS VENU POUR ABOLIR LA LOI OU LES PROPHÈTES, MAIS POUR ACCOMPLIR. LAURENT CONDAMY

juin 7, 2017Commentaires fermés sur Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes, mais pour accomplir. Laurent Condamy Edit

  Première lecture : Exode 22.20-26  » 20. Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Eternel seul sera voué à l’extermination. 21. Tu ne maltraiteras point l’étranger, et tu ne l’opprimeras point ; car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte. 21. Tu n’affligeras point la veuve, ni l’orphelin. 23. Si tu […]

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L’appel de Jésus en Matthieu 11.28

lectures : Exode 20.8-11 ; Matthieu 11:25-30 ; Romains 8.31-39

Le repos nous est fondamental, mais pour être réel et effectif, il doit inclure le ressourcement de l’âme et de l’esprit et non uniquement la décontraction du corps.

Poursuivre la lecture de : « Venez à moi vous tous qui êtes chargés » Matthieu 11.28

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Evangile et/ou religion 

Lectures :Esaïe 66.1-2, Matthieu 3.1-8, Colossiens 2.8-23

Introduction

 

Nos sociétés européennes « laïques » et « séculières » se sont construites sur une critique virulente de la « religion », incarnée principalement par l’Eglise catholique, les Eglises protestantes et l’orthodoxie.

Poursuivre la lecture de : Discours sur la religion et l’Evangile