Dépend-il de nous d’être heureux ?

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Qu’est-ce que le bonheur ?      

Peut-on le définir ?

Que nous dit la Bible à ce sujet ?

Pour aborder cette thématique et réfléchir ensemble à notre bonheur, ou tout du moins à ses possibilités, je vous propose de comparer – à grands traits – la tradition philosophique grecque et la Bible, puis de voir si cette comparaison nous aide à répondre à la question posée en introduction de notre méditation : dépend-il de nous d’être heureux ? Commençons par l’étymologie et la tradition grecques.

I – La tradition philosophique

Les dictionnaires d’étymologie nous apprennent que les mots « bonheur »  et « heureux »  sont tirés du vieux mot « heur » qui fut dérivé du latin « agurium » et qui signifie « chance »  ou  « sort ». « Bon-heur », signifie littéralement « bon sort » et à « mal-heur » signifie : « mauvais sort ». Cette étymologie rejoint le sens commun qui identifie le bonheur avec la bonne fortune.

Au temps de Socrate, les Sophistes se faisaient champions de ce sens commun en affirmant que le bonheur dépend de la fortune ou de la chance qui permettent de jouir des plaisirs de la vie. Pour Socrate, Platon et Aristote, cette thèse ne résiste pas à l’examen approfondi des choses. Certes, ils admettent que l’infortune et les maux sont incompatibles avec le bonheur, mais le bonheur ne saurait se réduire, selon eux, à la fortune et à la satisfaction des plaisirs ; car le plaisir est éphémère et sa quête est insatiable, infinie. Celui qui s’y livre constate très vite que la quête du plaisir dénature en fait le plaisir et rend esclaves de leurs passions ceux qui s’y adonnent. Tout plaisir ne conduit d’ailleurs pas au bonheur. Il arrive même assez souvent qu’un plaisir entraine  l’insatisfaction et une série de frustrations. Selon Socrate : pour qu’un plaisir contribue au bonheur, il doit être conforme à la vertu et à la morale ; notamment à la justice.

Or, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, Epicure s’accorde tout à fait avec ce point de vue. Il le laisse d’ailleurs très bien entendre dans sa lettre à Ménécée dont voici un extrait : « Quand nous disons, que le plaisir est le but de la vie, écrit Epicure, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent encore ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s’opposent à nous. Par plaisir, c’est bien l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve point dans d’incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et des autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans la tempérance, lorsqu’on poursuit avec vigilance un raisonnement, cherchant les causes pour le choix et le refus, délaissant l’opinion, qui, avant tout, fait le désordre de l’âme. » On le voit, Epicure est loin de prôner la jouissance. Le véritable plaisir est pour lui « absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme. » Cette définition du plaisir est particulièrement significative, car elle situe le bonheur dans la santé du corps et de l’âme. La quête du bonheur doit être la quête de ce qui est bon pour le corps et l’âme, ce qui exclut de laisser libre cours aux passions. Les passions de l’âme doivent rester sous contrôle  et  être tenues en bride de peur de manquer la sérénité du sage.

Cette visée est aussi celle des stoïciens pour qui la soumission aux passions de l’âme, qu’entraine la quête du plaisir, fait manquer à coup sûr « l’ataraxie », c’est-à-dire la quiétude de l’âme qui, seule, peut rendre un individu heureux. Quoi qu’éphémère le plaisir n’est pas en soi illégitime, estime Sénèque, le risque, cependant, qu’il excite les passions qui troublent l’âme et compromettent l’ataraxie, reste permanent. Sénèque préconise dès lors, non de chercher à supprimer les impulsions et les désirs, mais de redresser et de maîtriser les désirs par la vertu, afin de les faire participer à la recherche d’une vie conforme à la vraie nature de l’être humain.

En résumé on peut dire que les penseurs grecs se rejoignent dans leur compréhension du bonheur. Ni Socrate, ni Platon, ni Aristote, ni Epicure, ni même les stoïciens, n’excluent le plaisir et la fortune dans leur phénoménologie du bonheur, mais tous sont unanimes pour reconnaître que le bonheur ne peut se limiter à la fortune et à la satisfaction des plaisirs. Le bonheur implique certes, pour eux, la fortune et la satisfaction des plaisirs appropriés à la nature humaine, mais à condition que cette fortune et ces plaisirs soient conformes à la raison et à la vertu. Il apparaît en somme aux philosophes grecs que la raison et la vertu doivent-être impliquées dans l’avènement du bonheur.

Il s’agit ici d’un acquis majeur de la philosophie grecque qui n’a pas été dépassée, me semble-t-il, par les philosophies ultérieures. Les modernes n’y ont apporté aucun surplus, si ce n’est du côté de  la psychanalyse et de la sociologie. La première a mis en évidence que l’homme est un être de désirs et nous a appris à explorer le psychisme et les passions de l’âme. La seconde a mis en lumière les fonctionnements et les comportements sociaux.

Après ce bref survol d’Athènes, voyons ce qu’il en est de Jérusalem.

II – La Bible

Le mot hébreu « tov » signifie « bon », « bonnes choses », « bonheur » « beauté ». Tandis que le mot « ra’yah »» signifie « malheur », « méchanceté », « mal ». Dans le grec du NT le mot « makaria » signifie « bonheur », « félicité » et « makarios » signifie « heureux » ou « bienheureux » ; c’est ce mot que Jésus emploi dans les béatitudes de Matthieu 5.

Sur les 58 mentions du mot « bonheur » de la Bible, plusieurs rejoignent le sens commun de « bonne fortune », avec lequel raisonne la philosophie grecque. La naissance de Gad provoque, ainsi, la liesse de sa mère Léa qui s’exclame : « Le bonheur est venu ! » (Gn 30.11). Pour Job ses épreuves sont « malheur » et le bonheur s’est enfui (30.26). Pour le Deutéronome le bonheur consonne avec la prospérité, l’abondance de bien et la fécondité (30.9). Et c’est aussi le cas du Paul d’Actes 14.17 qui explique aux gens de Lystre que Dieu comble les humains par ses bienfaits, en donnant, du ciel, les pluies et les saisons fertiles et en comblant de nourriture et de bonheur dans le cœur. Cela dit, la plupart des mentions du mot bonheur dans la Bible correspondent au bonheur de connaitre Dieu (Ps 4.6), de vivre en sa présence (Ps 25.13, Actes 2.28.), ou de lui rendre un culte en sa maison ou du fond du cœur (Ps 65.4). La grâce de Dieu transporte aussi les croyants de la Bible dans le bonheur (Ps 32.1), de même que l’assurance de sa bienveillance, de son secours et de la joie de marcher avec lui (Ps 23).

Mais comme souvent, le Sage Qohéleth (l’Ecclésiaste) présente un discours plus philosophique, rejoignant ici ses homologues grecs. Le sage sait selon lui profiter des bonnes choses comme manger, boire et jouir de la vie, qui sont les fruits du travail et des efforts (4.8, 5.18), mais il ne se laisse pas prendre à la quête insatiable du plaisir qui conduit au dérèglement (2.1-11). C’est que le sage sait que telle n’est pas la voie du bonheur qui se trouve, au reste, sans cesse contrarié par le mal, les imbroglios de l’existence et la mort qui rend toute chose vaine (2.12-23, 4.8). Notons, au passage, que le bonheur n’est pas pour Qohéleth le souverain bien,  et encore moins le but de l’existence. Le souverain bien véritable est pour lui la relation intime et respectueuse avec Dieu (8.12-13). Or, c’est de ce souverain bien que découle un bonheur qui ne se réduit, certes pas, à la bonne fortune du sens commun, mais trouve un équilibre des passions et des appétits qui garde l’ami de Dieu dans une certaine constance, un réel contrôle de soi et des passions et dans une quiétude qui sait aussi se réjouir des bienfaits de l’existence (2.26 et 24).

Les auteurs bibliques présentent donc une vue du bonheur similaire aux grecs, mais ils incluent un référent que les grecs ignorent : « Dieu ».  Pour eux, le bonheur ne dépend en fait nullement des  possessions et des jouissances, mais de ce que l’on est devant et avec Dieu. Ainsi, alors que les grecs s’en remettent aux forces de la vertu et de la raison pour orienter la vie et même valider les plaisirs, les croyants de la Bible puisent, pour leur part, dans leur foi en Dieu qui éclaire la raison et la vertu et comble l’âme  en lui donnant   sa communion. Dans la logique biblique, c’est très bien de reconnaître qu’il faut modérer ses passions et résister à la quête insatiable des plaisirs pour ne pas en devenir esclave. Cependant, où trouver la force et la sérénité lorsque la Raison vacille ? Où trouver l’équilibre entre la jouissance légitime et l’excès dévastateur quand la Raison renonce ? Une seule réponse : dans la proximité de Dieu, car  c’est là que s’éduque la vertu et que s’affermissent la force, la sérénité et l’équilibre spirituel.

En Conclusion

La vie est faite de joies et d’épreuves, de réussites et d’échecs, de « chance » et de « malchance », il revient à chacun d’apprendre à construire son bonheur. « Construire » son bonheur est une affirmation étrange pour le sens commun qui lie le bonheur à la satisfaction des plaisirs ou à la fortune, mais telle est cependant la leçon des sages grecs et hébreux concernant le bonheur. Le bonheur n’est pas une fin en soi, mais le fruit d’une âme apaisée, sereine, tenant sous contrôle ses passions et sachant modérer ses ambitions, ses attentes et son indice personnel de satisfaction. Si la Raison est assurément un chemin possible pour atteindre cet équilibre, combien plus une Raison,  alliée et guidée par la foi, saura-t-elle  nous conduire pour trouver l’équilibre indispensable au bonheur ; que les jours soient difficiles ou favorables.

« Heureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaité ! » crie une femme à Jésus lors d’un de ses meetings. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » lui répond-il, pénétré par la sagesse hébraïque. « Heureux » « makarios », ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Enseignement du Maître à méditer régulièrement.           

Exemple
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Introduction

Le Requiem est la dernière œuvre, inachevée, de Mozart. On dit que c’est sur son lit de mort qu’il l’aurait composée en majeure partie en 1791 (elle fut complétée par un de ses élèves, Franz-Xaver Süßmayr). Le mot « requiem » signifie « repos ». La messe du requiem tire son nom de son Introduction qui déclare : « Donne-lui le repos éternel, Seigneur, et que la lumière perpétuelle luise pour lui ».

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Les différentes traditions chrétiennes ignorent le vocabulaire : « tentation du bien ». Le mot « tentation » est traditionnellement lié au péché ou au mal. Les quelques auteurs bibliques qui l’emploient l’utilisent d’ailleurs en regard du mal auquel il faut résister. Le dictionnaire Larousse s’en fait lui-même le reflet en indiquant que la tentation est : « ce qui porte à enfreindre une loi religieuse ou morale. Elle est une impulsion qui pousse au péché, au mal, en éveillant le désir. » Mais qui a dit, cependant, au Larousse que le désir était systématiquement enclin au mal ? L’humain est certes un être de désirs, mais pourquoi considérer le désir de façon péjorative ? On voit bien ici que le dictionnaire est influencé par la vision négative du corps et de la chair du catholicisme classique.

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Communication pour l’Ecole de la Magistrature

Pasteur Bruno Gaudelet, Paris, 6 octobre 2017

Introduction

A écouter certains commentateurs, ou même certains acteurs de la vie sociale, il semble que la distinction « public-privé » aille de soi. D’aucuns le décrètent ainsi très doctement : « la religion relève du privé point barre ». La réalité est plus complexe :

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Exemple

L’humain face à la souffrance : rituels et spiritualités

Introduction

Aborder le thème de la souffrance en regard de l’acte rituel et de la spiritualité implique de poser, au moins succinctement, la redoutable question du mal qui est au cœur de toutes les philosophies et de toutes les religions, mais requiert plus particulièrement, de s’interroger par ailleurs sur les possibilités réelles des spiritualités à apporter une parole qui fasse sens et une aide à ceux qui vivent la souffrance. Les spiritualités sont-elles réellement une aide pour assumer, supporter, surmonter, dépasser la souffrance ? Ou bien est-ce la souffrance qui est un chemin de spiritualité ? Y a-t-il interactivité entre spiritualité et souffrance, et si oui dans quelle mesure ? Comment discerner entre les voies qui offrent assurément aide et soutien, et les voies qui « récupèrent » la souffrance pour exister ou convertir les gens fragilisés ? Quels principes pourraient nous aider à forger un regard critique en matière de spiritualités ? Telles sont les questionnements initiaux qui s’ouvrent à nous au seuil de notre réflexion. Pour essayer de les élucider nous aborderons, dans une première partie, le thème de la souffrance dans la perspective de la question philosophique du mal. Puis nous réfléchirons, dans une seconde partie, au rapport entre spiritualités et souffrance. Ce qui nous conduira, dans un troisième temps, à rechercher les critères ou principes susceptibles de guider le jugement critique concernant les différentes voies que les spiritualités forgent sur la souffrance. Viendra alors le temps de tirer quelques conclusions.

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