L’espérance, par Jean-Gabriel Bliek

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Exemple
Publication mise en avant

Jésus et le paradigme de l’Exode

 «  Laisse aller mon peuple ! »

 

 Acte I: le matin de Noël 2018

 

Deux enfants descendent en courant l’escalier du temple et arrivent par l’allée centrale en criant :  C’est Noël, c’est Noël ! Allons voir les cadeaux !!

Ils se précipitent vers le sapin et y découvre un grand livre.

 

Enfant 1 : Regarde c’est pour nous deux !!

 

Enfant 2 : Vite ouvre !

 

Enfant 1 : Un livre, waouh! Il est gros, dis donc ! C’est sur l’enfance de Jésus !

 

Enfant 2 : Vas y, lis-nous le début!

 

Enfant 1 : « Il y a 2000 ans, dans un petit village de Galilée, à Nazareth, vivait un petit garçon comme les autres avec sa famille…Il était né dans une étable et des mages venus d’Orient s’étaient prosternés devant lui.

L’enfant tourne les pages puis soudain s’arrête et reprends : A l’âge de 12 ans…»

 

Enfant 2 : Oh Continue, on va voir s’il faisait des bêtises.!

 

Enfant 1 : Jésus se rendait tous les mardis à la synagogue pour son cours de KT….

 

 

 

Acte II: Jésus au catéchisme à Nazareth,

le rabbin raconte l’Exode en chantant « Laisse aller mon peuple ».

 

Les enfants sont placés à l’entrée du temple devant les portes en verre. Ils sont très agités. Le rabbin est sur la scène, il prépare la classe puis va les chercher.

 

Le rabbin :    Allez hop on y va, c’est l’heure ! Tous à la synagogue !

Je sais bien qu’en Galilée on a toujours envie d’être en vacances avec ce beau soleil, mais il va bien falloir apprendre la Torah ! Comme vos camarades de Judée !

 

Les enfants se mettent en rang gentiment, mais quelques galopins chahutent encore un peu.

Judith, Sarah et Sefora se mettent tout de suite en rang.

Le rabbin :    Nathanaël, Jacob, David, Samuel, Jésus ca suffit !

 

Les enfants forment une colonne et remontent l’allée jusqu’à la scène, ils s’installent pour la leçon.

Le rabbin :    On va voir si vous avez de la mémoire depuis la semaine dernière ?

Combien y-a-t-il de livres dans la Torah ?

 

Jésus lève la main tout de suite puis 5 autres enfants se décident.

 

Judith :          Moi ! Moi ! Je sais !

 

Le rabbin :    Oui, Judith ?

 

Judith :          J’en suis sûr, sûr, sûr, rabbi, 5 !

 

Le rabbin :    Eh bien, non. Pas du tout ! Il en manque quelques uns !

 

Jésus :           39, rabbi. 5 c’est juste la première partie de la Torah.

 

Le rabbin :    C’est juste Jésus. D’ailleurs les enfants, comment appelle-t-on  les 3 parties

de la Torah ?

Jésus lève le doigt mais le rabbin hésite. Nathanaël ?

 

Nathanaël : Euh, l’exode, les rois, les prophètes.

 

Le rabbin :    Un sur 3 ! Tu as écouté quelque chose la semaine dernière ? Et vous autres ?

Une idée ?

 

Jacob :           Les neviim ?

 

Le rabbin :    Les neviim et les prophètes c’est la même chose, enfin Jacob !!!

 

Jésus :           Oui ! La Torah, c’est la loi, Les neviim c’est la même chose que les prophètes

et les Ketouvim ce sont les écrits. On dit aussi le Tanakh (prononcer Tannar)

parce que ça reprend les 2 premières lettres de chaque parties.

 

Le rabbin :    Excellent ! Bravo Jésus ! Qui peut me dire combien il y a de commandements

dans la Torah ?

 

Jésus (le plus rapide) :      613 !

 

Le rabbin :    C’est bien Jésus, mais laisse un peu répondre les autres sinon ils vont continuer

à ne rien écouter ! D’ailleurs qui peut me citer un des commandements ?

 

Sarah:                        Ne pas écouter un faux prophète.

 

David :           Ne pas faire de magie.

 

Jacob :           Ne pas faire de faux témoignage.

 

Samuel :        Rabbi, j’ai l’impression que tous ces commandements… ils ne sont pas très cool. « Fais pas ci, fais pas ça … »

 

Le rabbin :    C’est important de respecter la loi, les règles, Samuel.

 

Samuel :        C’est ce que mes parents me disent tous les jours à la maison ! C’est relou à la fin…

Samuel fait la tête.

 

Sefora :         J’en ai un autre, rabbi ! Chaque homme doit donner un demi shekel de façon annuelle.

 

Le rabbin :    Oui, Sefora et le trésorier appréciera !

 

Jésus :            Et aussi : Ne pas opprimer les faibles.

Aimez-vous les uns les autres, comme Dieu vous a aimé.

 

Le rabbin :    Très bien, mais le dernier, je ne le connais pas. Tu es sûr de toi ?

 

Jésus :            Non, mais Je suis sûr, rabbi, que ce commandement devrait être le premier !

 

Le rabbin :    Dernière question avant la leçon du jour : Quelle est la bénédiction à faire lorsque l’on entend le tonnerre ?

 

David :           Farouck attacha la chêvre.

Noé l’embarqua à la rame.

Chez Hugo, où voudra-t-on volé son âme ?

 

Le rabbin : David ! Est-ce que tu comprends ce que tu viens de dire ? Cela n’a aucun sens !!!

 

Jésus :            Barouck ata Hachem èlohènou mèlekh ha ‘olam.

Chèko’ho ougvourato malè-olam.

 

Le rabbin :    Formidable ! Une petite dernière ? Et lorsque l’on voit un éclair ?

 

Jacob :           José m’a assez enrichi.

 

Le rabbin (désespéré) : N’importe quoi ! Jésus ?

 

Jésus :            Ossè ma’assè bérèchit.

 

Le rabbin :    Mais oui c’est ça ! Bravo !

 

Le rabbin se tourne vers Ezéchiel: Cet enfant est un puit de science.

 

Bruno- rabbin Ezéchiel- arrive avec sa guitare et les autres enfants rejoignent la classe pour chanter.

 

Le rabbin : Aujourd’hui leçon sur l’Exode. J’ai fait venir le vénérable rabbi Ezéchiel pour nous raconter l’histoire d’Israël au pays d’Egypte.

Rabbi Ezéchiel : Bonjour les enfants. Suivez avec-moi sur votre papyrus…

I. Au pays d’Egypte, Israël

Laisse aller mon peuple !

Souffrait du joug d’un roi cruel.

Laisse aller mon peuple !

Moïse, il faut, au nom du Seigneur,

Crier, à Pharaon :

Laisse aller mon peuple !

II. Israël est mon premier né,

Laisse aller mon peuple !

Si tu demeures obstiné,

Laisse aller mon peuple !

Je vais, envoyer, sur vous, les 10 plaies

Allons, Pharaon :

Laisse aller mon peuple !

III. La mer rouge s’est retirée

Laisse aller mon peuple !

            A pieds secs Israël est passé

Laisse aller mon peuple !

Sur toi, Pharaon, la mer s’est refermée

Ton armée, fut noyée

Laisse aller mon peuple !

Rabbi Ezéchiel :      Bon alors ! Est-ce que vous avez compris?

Les enfants :            Oui !

Le rabbin :            Formidable retenez bien tout, (et sur un ton humoristique) Interro la semaine prochaine !! Embrassez vos parents !  Shalom !

Les enfants :            Shalom rabbi !

Dispersion

Acte III : Jésus se pose les bonnes questions sur le texte de l’Exode.

Enfant 1 (voix off) : Jésus rentra chez lui et retrouva ses parents Joseph et Marie.

Marie :                      Ah voilà Jésus !

Jésus (l’air penseur) : Shalom les parents !

Joseph :                    Salut fiston, alors c’était comment le KT ?

Jésus (entousiaste) : C’était cool, on a parlé de l’Exode avec rabbi Ezéchiel.

 

Joseph :                    Ah ah ! Laisse-moi deviner

« Au pays d’Egypte, Israël, Laisse aller mon peuple ! »

 

Jésus :                       Exactement, comment le sais-tu ?

 

Joseph :                    Le flaire mon fils, le flaire !

 

Marie (ironique ):              Oui enfin, c’est surtout que Rabbi Ezéchiel était le rabbi de la

synagogue quand ton papa avait ton âge, il radote un peu non ?

 

Jésus :                       Oui, un peu, c’est vrai …c’était quand même passionnant cette histoire de

Moïse ! Je me demande ce que ça veut dire ? Toutes ces plaies, ce pharaon

tellement méchant et têtu et Moïse qui gagne à la fin comme un super héro …c’est un peu trop je trouve …presque comme dans un film d’Hollywood …

Ca doit vouloir dire autre chose, non? Moi, j’ai un peu de mal avec la mer qui

s’ouvre toute seule et le pharaon noyé comme par magie …

 

Joseph :        Cela semble d’abord incroyable mais il faut chercher derrière cette histoire

ce que le texte veut nous dire …

 

Jésus :           Oui mais ça veut dire quoi alors si ce n’est pas juste un combat entre un gentil et

un méchant ?

 

Marie :          Il faut réfléchir à qui te font penser le gentil et le méchant …

 

Jésus :           Ok, on verra la semaine prochaine avec le rabbin et les copains.

 

Marie :          Exactement ! Et maintenant au lit.

 

 

Acte IV : Jésus à la synagogue avec ses camarades.

Il a compris que l’Exode est un modèle pour la vie spirituelle. Chacun doit quitter le pays de l’esclavage (l’égoïsme, l’égocentrisme/pharaon) et se mettre en route pour la terre promise (le Royaume des cieux).

Dans la classe, Sarah toute seule, est avec une bouteille de Grenadine dans les mains et une carafe d’eau. Le rabbin approche.

 

Le rabbin :    Mais que fais-tu là Sarah?

 

Sarah :           Rabbi, je crois que je connais un secret de Dieu. Mais chut, Rabbi, il faut le dire à

personne. Elle verse la Grenadine  dans la Carafe. Et hop ! Voilà ! Du bon vin !

 

Le rabbin :    Mais enfin, Sarah ! Dieu a voulu punir Pharaon. Il n’a pas transformé l’eau en vin mais en sang ! Ce n’est pas un cadeau. Bon, on va voir si tes camarades ont mieux compris.

 

Les autres enfants arrivent dans la la classe et s’installent tranquillement à leur place.Ils sont super sages.

 

Le rabbin :    Bonjour les enfants, comment allez-vous aujourd’hui ?

 

Les enfants (en criant) : Bieeeeeeeen !

 

Jeu de scène : Les filles se mettent à papoter et les garçons à gesticuler sur leurs chaises.

 

Le rabbin :    Allez hop ! On s’installe, On a beaucoup de choses à voir ! Les filles : on arrête de

papoter et les garçons : les chaises c’est pour s’asseoir. Zou !

 

Le rabbin : Bon qu’avez-vous retenu de la semaine dernière ?

 

Jacob :           C’est l’histoire d’un mec qui menace un méchant avec des sauterelles.

 

Nathanaël :  Ah oui ! Il veut aussi l’attaquer avec des grenouilles.

 

Samuel :       Et même des moustiques. Mais moi, j’ai la solution !

Samuel sort une bombe anti moustique et fait semblant de pulvériser les insectes.

 

David :           Ah ouais ! Et moi, contre la grêle… je sors mon parapluie. David sort un parapluie.

 

Les 4 ensemble : Les 4 se lèvent en même temps et se regroupent. Bon en fait ces attaques, nous on les gagne à l’aise ! Check ! Il est trop fort ce Moïse mais nous aussi !

 

Judith :          Attendez ! Attendez ! Vous avez oublié la 9 ème plaie !

 

Les 4 enfants (ensemble) :          Laquelle ?

 

Judith (en parlant très lentement) : L’obs-cu-ri-té !

Et ça. Elle sort une lampe torche et l’allume. Contre l’obscurité, c’est super efficace !

 

Les 4 enfants (subjugués) : T’es trop forte Judith. Vraiment trop forte !

 

Rabbin (l’air désespéré): Mais vous n’avez rien compris !

 

Jacob :    Oui, enfin, bon, c’est quand même un peu dingue cette histoire où tous les méchants

meurent à la fin ! Hop noyés après que Moïse ait levé le bras !!

 

Nathanaël : Mais non ! Trop de chance ! Dieu lui a donné des super pouvoirs …

 

Samuel : Oui, moi ça me plairait bien pour faire engloutir l’école !!!

 

Nathanaël se lève, tend les bras comme Moïse et dit avec un ton très péremptoire :

 

Nathanaël :  Oh Dieu, je suis prisonnier, libère moi de l’école, engloutit là !

 

Tous les enfants éclatent de rire.

 

Le rabbin : Bon ça suffit ces âneries, Jésus qu’as-tu retenu toi ?

 

Jésus :   Je pense que Moïse et le pharaon sont des images ! Moïse libère les hommes et le pharaon est noyé, c’est comme si Moïse représentait notre liberté pour vivre et être heureux et le pharaon tout ce qui nous empêche d’agir bien.

 

Le rabbin : Tu penses que chacun de nous a un Moïse et un pharaon en soi ?

 

Jésus :   Oui Moïse, c’est la part de nous qui lutte pour se libérer de nos défauts qui nous rendent comme pharaon.

C’est pour cela qu’il faut noyer le pharaon qui est en nous ! Quand on décide de ne pas prendre un copain  dans son équipe parce qu’il ne court pas assez vite et qu’on risque de perdre le match, le pharaon c’est nous à ce moment là …

 

David :   Ah, mais oui ! Je comprends mieux maintenant. En fait, quand on est égoïste, on est    pharaon.

 

Le rabbin : Jésus nous apporte là une réflexion très intéressante. Il faut bien y réfléchir. N’oubliez pas que la semaine prochaine vous serez avec vos parents en pèlerinage à Jérusalem. Shalom les enfants.

 

Les enfants : Shalom rabbi.

 

 

ACTE V : Jésus au temple (Luc 2.41-52)

 

Enfant 1 (voix off): En pèlerinage à Jérusalem, Jésus faussa compagnie à ses parents et se rendit au temple. Là, il entra en discussion avec les docteurs de la loi au sujet de sa réflexion.

 

Docteur 1 : Cet enfant est prodigieux, il connait déjà la Torah par cœur !

 

Docteur 2 : Il a l’âge de faire sa barmitsva non ?

 

Docteur 3 : On dirait qu’il a un petit accent du nord.

 

Docteur 4 : Dis-moi Jésus, es-tu Galiléen ?

 

Jésus :    Oui rabbi, je suis venue pour le pèlerinage, mais j’ai une question.

 

Docteur 4 : Vas y, je t’écoute !

 

Jésus :    Au catéchisme à Nazareth, nous avons travaillé sur l’histoire de l’Exode, et en reparlant avec mes parents puis au cathé j’ai compris que finalement cette histoire c’est un peu celle de chacun.

 

Docteur 4 : Pourquoi mon garçon ?

 

Jésus :    Parce que nous pouvons tous dire que nous sommes malmenés par un pharaon cruel qui est ce moi égocentrique qui veut toujours dominer en nous et ignorer les autres.

 

Docteur 1 : Mais oui ! C’est exactement ça !

 

Jésus : Et notre égoïsme et nos instincts violents sont comme un pays d’esclavage. Difficile de s’en libérer …

 

Docteur 4 : Cet enfant a parfaitement raison.

 

Jésus : Et avec l’histoire de l’Exode, on voit bien que Dieu ne nous abandonne pas à nos esclavages, puisqu’il nous envoie des prophètes comme Moïse pour nous libérer et nous conduire vers la terre promise qui est le royaume des cieux.

 

Docteur 4 : Cet enfant est un sage !

 

Marie et Joseph affolé surgissent alors.

 

Marie : Ah Jésus tu es ici, nous étions tellement inquiets, pourquoi t’es-tu sauvé ? Tu nous as-tu fait si peur ?

 

Jésus : Pourquoi me cherchez-vous ? Ne savez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires

de mon père ?

 

Docteur 1 : Cet enfant est peut-être un prophète !

 

Jésus sort  alors et suit ses parents.

 

 

Acte VI :  Les chrétiens transmettent la Bonne Nouvelle.

 

Les deux enfants près du sapin sont seuls sur la scène, le livre toujours à la main.

 

Enfant 1: Bien des années s’écoulèrent. Jésus avait grandit en sagesse, en stature et en grâce… Devenu adulte, il se mit en route pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume des cieux.

Son message gagna le cœur de ses disciples qui le transmirent à leur tour de génération en génération.

 

Les enfants referment le livre l’air songeur.

 

Enfant 2 :      Jésus était vraiment extraordinaire ! Viens, c’est Noël ! On va continuer

à transmettre son message à toute la famille.

 

Tous les enfants se dispersent dans la salle pour donner des marques page aux paroissiens.

Texte à définir mais on pourrait imaginer une croix huguenote d’un côté et de l’autre côté une phrase du type : « Il faut noyer ton Pharaon ». ….

 

Les enfants se sont avancés et mis en place sur la scène pour chanter :

I. Comme Israël au pays d’Egypte, Laisse aller mon peuple !

Nous souffrons d’un joug cruel, Laisse aller mon peuple !

En nous, pharaon, tu t’opposes au Dieu Saint,

Mais Dieu dit, aujourd’hui :

Laisse aller mon peuple !

II. Jésus nous a éclairé, Laisse aller mon peuple !

Pharaon, tu as cédé,   Laisse aller mon peuple !

Jésus, nous conduit, vers la terre promise

Vers le Royaume, de Dieu

Laisse aller mon peuple !

 

III. Seigneur, tu cherches tes enfants, Car tu es l’amour.

Tu veux unir tous les vivants, Grâce à ton amour !

Seigneur, Seigneur, Oh ! Prends en ton Église,

Tous nos frères de la terre  Dans un même amour !

 

Exemple
Publication mise en avant

interview de Bertrand de MEYER
pour le journal Neuilly Magazine

LE PASTEUR BRUNO GAUDELET, MODERATEUR DU COLLOQUE DE NEUILLY SUR LE TRANSHUMANISME

Bruno Gaudelet a été nommé Pasteur de l’Eglise réformée de Neuilly en 2011. Ce théologien, qui est aussi docteur en philosophie et titulaire d’un post-doc de l‘EPHE, a signé plusieurs ouvrages parmi lesquels Le Credo revisité qui relie les grands axiomes de la théologie chrétienne à la lumière des bouleversements de la modernité. Le Pasteur est un homme du 21ème siècle qui s’efforce de dire la foi chrétienne dans les catégories de la modernité et de faire dialoguer théologie et culture moderne. Les bouleversements scientifiques et technologiques l’interrogent. Il était ainsi le modérateur du colloque qui se tenait fin novembre à Neuilly sur le thème : le transhumanisme est-il un humanisme ? Rencontre avec le Pasteur de l’Eglise réformée de Neuilly.

 

Vous avez été nommé Pasteur de l’Eglise réformée de Neuilly en 2011 après avoir occupé les mêmes fonctions dans le Sud de la France. Comment avez-vous vécu votre arrivée dans ce nouveau territoire ?

 

C’est avec beaucoup d’entrain que j’ai rejoint le poste de Neuilly. Les régions et les cultures locales varient, c’est ce qui fait la richesse de nos terroirs, mais l’humain est le même quelques soit son accent. Il incarne partout cet étrange paradoxe d’une union intime entre la transcendance d’une quête intérieure et l’immanence de la vie naturelle. A Neuilly comme ailleurs je rencontre des personnes qui vivent avec plus ou moins d’intensité l’une ou l’autre dimension de ce paradoxe. Le travail du pasteur est d’accompagner chacun et de partager les références, les repères et les outils théologiques qui favorisent l’équilibre de ces deux dimensions.

 

Le rôle de pasteur est parfois méconnu. Quel est votre travail au sein de l’Eglise réformée ?

 

Le pasteur est un théologien qui a la tâche d’enseigner la Bible. Il est chargé d’instruire, d’initier et de former les grands et les petits à la connaissance biblique et aux disciplines qui y sont liées (Histoire ancienne, exégèse, théologie, etc.). Ce ministère de la « Parole » se réalise aussi bien dans la catéchèse et les groupes d’études, qu’au travers du culte dominical où la prédication et la liturgie expriment et célèbrent publiquement foi, la prière et la vie de l’Eglise. Ensuite le ou la pasteur.e, car les femmes ont en effet accès au ministère dans le protestantisme depuis les années trente, a la charge d’accompagner spirituellement et humainement les personnes qui viennent à lui ou à elle. Les moments difficiles de la vie et les grands « passages » de l’existence (naissance, adolescence, mariage, obsèques), appellent une « pastorale » qui relève de l’écoute, du soin spirituel et de la réflexion. Enfin le pasteur est aussi un « animateur » au sens où il suscite et anime de nombreux événements cultuels ou culturels. Conférences, colloques, rencontres œcuméniques ou interreligieuses, émissions radiophoniques, audiovisuelles, etc.

 

Beaucoup de vos travaux portent sur le rapport entre la religion et la modernité. Comment peut-on lier les deux à l’heure où la religion est de plus en plus mise de côté ?

 

La modernité a produit un type de société inédit depuis le néolithique. L’essor des sciences, l’émancipation de la philosophie vis-à-vis de la théologie, le développement de l’humanisme laïc, l’esprit des Lumières, ont engendré un mode de rationalité spécifique qui s’efforce de distinguer entre le réel et le mythologique. Chacun sait par ailleurs que l’industrialisation et l’urbanisation ont profondément transformé les sociétés rurales traditionnelles pour lesquelles les codes de la religion jouaient un rôle social référentiel et structurant. La déruralisation et les évolutions du monde moderne ont conduit à la « sortie sociale » de la religion, pour reprendre les catégories de Weber et de Gauchet. Mais « sortie sociale » ne veut pas dire éviction de la société. Que les Eglises chrétiennes n’aient plus le rôle référentiel et structurant qu’elles avaient dans les sociétés prémodernes est plutôt une bonne chose, car elles peuvent enfin se consacrer pleinement à leur véritable mission qui est celle du sens et de l’espérance. Evidemment pour accomplir cette mission, il faut non seulement qu’elles acceptent vraiment leur nouvelle place au sein de la société laïque et séculière, mais également qu’elles revisitent leurs théologies et leurs bagages à la lumière des savoirs nouveaux et de la rationalité nouvelle. Parler de Dieu aujourd’hui, dire l’Evangile, implique de s’exprimer de façon à être compris des modernes qui sont formés aux sciences, à l’esprit critique et à la rationalité moderne et post-moderne, et qui ne sont plus sujet à prendre des vessies pour des lanternes. C’est tout l’effort de mes travaux théologiques comme de mon dernier livre Le Credo revisité.

 

Votre rôle de modérateur durant le colloque « Le transhumanisme est-il un humanisme ? » témoigne de votre intérêt pour les grandes questions du futur. Faut-il avoir peur du transhumanisme ?

 

Le transhumanisme est une idéologie qui recouvre une diversité de courants et de groupes. A côté de chercheurs et de penseurs pour le moins lucides sur les conséquences que les technosciences vont entrainer dans le monde futur, on trouve des excentriques dignes des scénarii de sciences fictions. Le colloque ne prétendait pas présenter une radiographie précise du transhumanisme lui-même, mais réfléchir aux questions qu’il suscite : Est-on conscient qu’avec l’avancé vertigineuse de la génétique, de l’intelligence artificielle, de la robotique, des progrès de la médecine, de l’informatique et de toutes les disciplines scientifiques, l’humanité va devoir faire face, à hauteur d’une trentaine ou d’une quarantaine d’année, à des défis inédits qui vont aussi poser des questions de sociétés et d’éthiques majeures ? Va-t-on vraiment vers un humain augmenté par la technologie ? L’humanité va-t-elle déboucher sur une post-humanité ? Qu’en pensent les religions monothéistes qui s’intéressent au sens et à l’humain ? En clair ce n’est pas du transhumanisme dont on doit avoir peur, mais des menaces que les technosciences peuvent engendrer pour l’humanité si elles ne sont pas régulées et encadrées par un projet de société soucieux du bien de tous et de la sauvegarde du monde et de notre espèce.

 

Craigniez-vous que le chemin pris par le monde (nouvelles technologies, compétition exacerbée, la famille mise à mal) aille contre la recherche du bien commun ?

 

Le monde évolue et se reconfigure perpétuellement, c’est l’essence même de son développement. Notre espèce a duré jusqu’à présent parce qu’elle a été capable de s’adapter et de transformer ses conditions d’existences. Nous sommes passé de modes de vies archaïques aux civilisations, de l’existence soumise à la nature à l’existence qui se protège, se soigne, se prémunie, s’améliore et allonge même la durée de sa vie. Aujourd’hui comme hier et demain, l’heure n’est jamais à la crainte ou à la nostalgie d’une époque plus ou moins fantasmée (le bon vieux temps), mais au courage en vue d’un monde meilleur pour tous surtout pour les moins favorisés. Vous faites référence dans votre question au « bien commun ». C’est là un des grands idéaux de la modernité, hélas encore bien imparfaitement réalisé dans notre société, mais qui s’inscrit en droite ligne de l’Evangile. Le bien commun et les autres valeurs « humanistes » sont nos repères et notre boussole pour que l’évolution soit favorable à tous et non ruineuse pour l’humanité. Rien n’est définitivement gagné, tout est à actualiser.

 

Quel est le rôle des chrétiens dans les grands bouleversements à venir ?

 

Les théologies chrétiennes modernes sont encore largement inconnues du grand public, parfois même des chrétiens eux-mêmes qui fonctionnent souvent dans l’arrière-plan des grands récits de la théologie classique, Réforme comprise. Plusieurs de ces théologies modernes sont cependant prometteuses, notamment la « Process théologie » ou « théologie du processus » issues des travaux du philosophe mathématicien Alfred North Whitehead qui s’est attelé à repenser la métaphysique en intégrant les bouleversements que la physique quantique et la relativité ont entrainé pour la compréhension du monde et du réel. Les théologiens du Process, comme en France André Gounelle, présentent une reconfiguration de la foi chrétienne qui est non seulement capable de dialoguer avec les sciences et les pensées modernes, mais également en mesure de faire sens pour le croyant ou ceux qui sont en quête d’une nouvelle intelligence de la foi en phase avec le monde actuel et le monde qui vient. Elle est ici notre tâche : dégager le message chrétien des catégories des cultures anciennes et le dire dans les catégories des modernes.

 

Finalement, êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste à propos de ces grands bouleversements ?

 

Comme le montre Luc Ferry dans son livre sur le transhumanisme, l’optimisme risque toujours de glisser dans la naïveté béate et le pessimisme tombe immanquablement dans la nostalgie d’un temps qui n’a jamais existé. Lui-même explore les catégories du tragique du mythe d’Antigone et de Créon, ce qui est philosophiquement plus recommandable. Théologien chrétien, c’est davantage l’Evangile qui m’inspire. Il m’invite au réalisme de l’Ecclésiaste et au pragmatisme de l’apôtre Paul qui recommande à ses lecteurs de se faire « ouvriers avec Dieu » afin d’être des partenaires de la Providence qui œuvre dans l’évolution du monde. Surtout l’Evangile m’ouvre à l’espérance en Celui que les auteurs bibliques appellent, par pure convention avec la culture antique, « Dieu » mais qui se dévoile lui-même à la conscience croyante comme tout-autre ; ce qui n’est pas la moindre difficulté à dégager des nombreux préjugés sur « Dieu » dans tous les camps. L’espérance se distingue de l’optimisme, elle repousse le pessimisme, mais elle n’en reste pas non plus aux constats du tragique. Elle est une force de rebondissement, d’adaptation, de reconfiguration, car elle regarde vers le plus loin et le plus haut et non uniquement au seul tragique du présent.

 

ENCADRE :

Le temple de l’Eglise Réformée de Neuilly a été inauguré le 2 juin 1867. La communauté protestante compte alors une centaine de familles pour une population de 30.000 habitants. Après trois années de développement de la communauté et de ses œuvres (pensionnats, écoles, mouvements de jeunes gens) survient la guerre de 1870.

En 1871/1872 les combats violents n’épargnent pas Neuilly et les dégradations sont nombreuses. Vitraux brisés, murs éventrés, harmonium détruit par les éclats d’obus,… c’est la désolation.

Le Pasteur Rives, fondateur de l’Eglise réformée de Neuilly avec Monsieur Jules Chartier, fait la connaissance de Sir Richard Wallace lors d’un baptême célébré dans une demeure privée faute de temple. « Monsieur le Pasteur, demande Wallace, que puis-je faire pour vous aider ? » « J’aimerais bien célébrer les baptêmes et les cultes au temple ». Sir Richard Wallace, généreux mécène des fontaines parisiennes et de tant d’autres œuvres, pourvoit aux travaux de restauration et le temple de Neuilly est réaffecté au culte le 11 novembre 1872.

Depuis la paroisse réformée n’a cessé d’assumer sa mission dans la ville et dans la proche région. Annonçant l’Evangile, accompagnant les personnes et les familles, célébrant des milliers de baptêmes, mariages, enterrements, catéchisant les enfants, les jeunes et les adultes, travaillant au lien fraternel au sein de la paroisse, mais également au dehors en direction du dialogue l’œcuménique et interreligieux, sans oublier ses multiples actions diaconales via l’association Entraide.

En 2017, alors que le protestantisme mondial célébrait le cinq centième anniversaire de la Réforme – marqué par la publication des 95 thèses de Martin Luther le 31 octobre 1517 –  la paroisse réformée de Neuilly fêtait en sus le cent cinquantenaire du temple.

De nombreuses festivités furent organisés tout au long de l’année : conférences (avec historien, théologien, philosophe, le Recteur de la catho de Paris et le rabbin Michaël Azoulay), concerts, culte des cent cinquante ans du temple. Mais l’Eglise en a aussi profité pour rénover son site internet et ouvrir une chaine YouTube.

Forte aujourd’hui d’un millier de fidèles qui fréquentent le temple à des rythmes et à des niveaux d’engagements différents – comme c’est le cas de toute communauté – la paroisse de Neuilly est une communauté vivante, dynamique et chaleureuse qui offre un bel équilibre entre sa fidélité aux grandes convictions et principes de la Réforme et une indéniable ouverture à la modernité. C’est le signe d’une bonne intégration de l’adage réformé du seizième siècle : « Ecclesia reformata semper reformanda est ! » (l’Eglise réformée est toujours à réformer).

Pasteur Bruno Gaudelet

 

 

Exemple

Lectures : Luc 2.10 et 5.17-30

La même parole de joie du « salut » a été adressée aux bergers dans leur champ et à Siméon et Anne servant pieusement Dieu dans le Temple.
Siméon et à Anne étaient parfaitement intégrés et fidèles à la religion d’Israël, et on ne dit rien de la foi et de la valeur spirituelle ou de l’incrédulité des bergers .
On pense parfois que pour bénéficier de Dieu il faut être pratiquant comme Siméon et Anne, ou au moins avoir un esprit religieux, mystique, tourné vers la spiritualité, aimer la méditation. Et même que la vie méditative est le salut religieux.
Mais si on est de ceux qui n’ont pas tellement le temps pour les choses religieuses, qui n’y pensent pas trop, qui n’y croient qu’à moitié on est comme les bergers, qui reçoivent le même message du « salut » que les si pieux et si fidèles Siméon et Anne.
D’&illeurs ni Siméon et Anne ni les bergers ne reçoient d’explication concernant ce « salut » : il faut lire la suite de l’Évangile pour le découvrir. Et c’est ce que nous allons faire en lisant le récit du paralysé.

J’ai remarqué qu’un livre pour enfants – coloré, vivant et sympathique par ailleurs – racontait l’histoire des bergers en changeant le titre de « sauveur » qui situe l’œuvre de Jésus dans le monde des hommes par le titre de « fils de Dieu » qui le place dans le monde divin.
Mais l’ange parlait d’une « grande joie » : il y a « joie » si un « sauveur » nous réoriente, nous replace dans une situation d’épanouissement intérieur, s’il agit dans le domaine de notre humanité vécue.
Il n’y a pas « joie » si l’on se trouve face à un « Fils de Dieu », qui nous rencontre donc dans le domaine surnaturel : il y a alors respect, adoration sans doute, mais pas joie.
La présence du surnaturel nous place dans la situation modeste d’homme infantilisé réduit à une prière humble de requête – peu souvent exaucée, d’ailleurs.
La présence du sauveur agissant dans notre humanité nous place dans la situation épanouie de l’homme rendu à son état de maturité libérée et la prière se fait méditation apaisée et tonique de celui qui considère le monde et sa propre vie avec le regard de dynamisme créateur que Jésus-Christ, précisément, va nous enseigner.

Qu’est-ce que le « salut » ?

En 5.17, avec l’histoire du paralysé, le ministère de Jésus commence vraiment. Luc rédige une série de 5 textes où dans la présence hostile des pharisiens, Jésus parle, agit, manifeste le « salut » qui provoque la « joie » des hommes.

A à la fin du 5e récit les pharisiens en ont assez vu et décident de la mort de Jésus.
On se souviendra qu’à Gethsémané dans la nuit d’angoisse précédant son jugement et sa crucifixion Jésus demande si « cette coupe pourrait s’éloigner de lui ».
Je pense qu’effectivemment cela aurait meme été très facile. Il lui suffisait d’aller demander amende honorable aux pharisiens et de rentrer dans le rang. Ou de s’enfuir à l’étranger. La bonne nouvelle du salut aurait alors été abandonnée et tout ce que je vais dire maintenant n’aurait pas d’exitence. En allant jusqu’à la croix, Jésus a donné toute sa consistance au message de libération qu’il apportait de la part de Dieu.

Cet ensemble de cinq textes est l’évangile dans l’évangile.
Le premier récit est celui du paralysé pardonné et guéri.
Amené par des gens, certes croyants, mais ne manifestant lui-même aucune foi et aucune demande, cet homme s’entend dire par Jésus qu’il était « pardonné » et qu’il pouvait « se lever et marcher ».
Pardonné sans repentance, sans attendre le yom kippour selon la règle juive et invité à marcher alors qu’il était paralysé. Scandale pour les pharisiens qui enseignaient – comme les juifs d’aujourd’hui – que le Kipour est une fête grave et sérieuse au cours de laquelle on médite la gravité de nos fautes et on pratique des rites montrant que l’on demande à Dieu le pardon de nos fautes. Rien de tel pour Jésus.

« Seul Dieu peut pardonner les péchés » disent les pharisiens.
Quelle est l’idée traditionnelle de Dieu symbolisée par les pharisiens,  et dont le salut de Jésus libère les hommes pour leur plus grande joie ?
Un Dieu qui compte les fautes, les manquements aux règles de purification.
un Dieu qui dit qu’on n’est jamais à la hauteur.
Un Dieu auquel il faut demander pardon en se repentant. Et dont le pardon est rare, réduit à une fois par an, le jour du Yom kippour.
Le « salut » « qui est pour tout le peuple le sujet d’une grande joie » est donc d’abord que l’on peut laisser tomber l’esprit de culpabilité, d’insuffisance (ou au contraire de prétention), être dépréoccupé de soi-même, de sa valeur, de ses fautes et se préoccuper plutôt de la « joie » à transmettre.
« lève-toi et marche, va dans ta maison » : cette parole est du même esprit de renouveau, de relèvement, source de joie que celle du pardon.
Lorsqu’on est couché, écrasé par une paralysie, incapable de se relever et de marcher, de faire vivre sa maison, lorsqu’on est tourmenté de complexes divers, de sentiments d’infériorité réels ou imaginaires ou de sentiments de supériorité également difficiles à assumer. Lorsque seuls les antidépresseurs (ou l’alcool, la drogue) peuvent nous faire oublier pour un instant notre introspection névrosante, la parole du salut, la source de la joie est qu’en réalité une force monte en nous, un dynamisme créateur qui est en nous mais qui est plus que nous, nous permet malgré tout, de nous relever et de vivre « dans notre maison ».
Dieu de la joie, de la créativité, du dynamisme créateur.
Cette parole de libération n’est pas liée à une exigence de foi, de fidélité religieuse, d’adhésion à la divinité de Jésus ou à l’existence de Dieu. Elle s’adresse aussi bien aux fidèles pieux qu’aux « incroyants » sceptiques et matérialistes : Jésus n’y parle pas du ciel mais de la vie humaine. Siméon et Anne avaient peut-être des sentiments d’insuffisance ou de culpabilité dans la sainteté de leur vie et les bergers des occasions de conflits avec leur famille, leurs collègues et voisins.
L’apaisement, la joie du « salut » ne vient pas de ce que l’on « croit » en Dieu mais de ce qu’on l’on a entendu – et écouté – la parole de vie qui dit « tu es pardonné, le poids de ton passé ne pèse pas sur toi, lève-toi et marche ».

Le salut ne vient pas du fait que l’on est monté d’un cran dans la valeur humaine, que l’on est devenu meilleur et plus saint. Il est vient d’une vie vécue dans le dynamisme créateur de la plénitude.
Luc, pour écrire cela, a certainement lu ce que Paul avait écrit dans l’épitre aux Éphésiens (3.20) : « la puissance qui agit en nous, peut faire infiniment au-delà de ce que nous demandons ou pensons ».
Imaginez un berger mécréant, anticlérical enragé, auquel on dirait « courage, tiens bon, ne sois pas culpabilisé ou anxieux, lève-toi et marche, va dans ta maison, invite qui tu veux, ce ne sont pas les règlements qui peuvent t’aliéner… »
Et les gens pieux comme Siméon et Anne (et déjà Zacharie le père de Jean-Baptiste) ont autant besoin d’entendre la même parole soulageante, libératrice et dynamisante.

Les récits suivants ne font que poursuivre la même ligne : Lévi le collecteur d’impôts, collaborateur des Romains, méprisé et haï va lui aussi dans sa maison et y invite des hommes pécheurs sans crainte d’être mal jugé et d’ailleurs « beaucoup d’autres personnes » se joignent à eux. Et les disciples mangent et boivent avec Jésus à l’heure de la prière, récusent le sabbat : les hommes sont aimés tel qu’ils sont.

Il semble que les évangélistes aient mis sous forme de petits récits, des mashals à la mode juive, les paroles que Paul enseignait sous forme absraite : « A celui qui peut, par la pusisance qui agit en nous, faire infiiment au-delà de ce que nous demandons ou pensons… » (Ephésiens 3.20)

Conclusion
Si on est enraciné dans la religion, dans le grand système institutionnel religieux de Dieu, c’est très bien. Dieu y est aussi et nous y rencontre comme il a rencontré Siméon et Anne. Et leur a dit la parole de joie « lève-toi et marche, le poids de ton passé ne pèse pas sur toi, mange et bois, réjouis-toi ».
Si on est de ceux qui n’ont pas tellement le temps pour les choses religieuses, qui n’y pensent pas trop, qui n’y croient qu’à moitié : on est comme les bergers dans leur champ.
C’est très bien. Dieu y est aussi, nous y rencontre pareillement et nous dit la parole de joie qui est celle du salut : « le poids de ton passé ne pèse pas sur toi, lève-toi et marche, va dans ta maison, mange et bois, réjouis-toi ».

Vivons donc dans la joie de la liberté intérieure et du dynamisme créateur dont le Sauveur nous parle.

Les textes de Luc 2.10 et Luc 5.17-30

 Luc 2.25-32 ; 36-38
Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui.
Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.
Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit :
– Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut,
Salut que tu as préparé devant tous les peuples,
Lumière pour éclairer les nations,
Et gloire d’Israël, ton peuple.

Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était fort avancée en âge, et elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité.
Restée veuve, et âgée de quatre vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le temple, et elle servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière.
Etant survenue, elle aussi, à cette même heure, elle louait Dieu, et elle parlait de Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Luc 5.17-30
Un jour Jésus enseignait. Des pharisiens et des docteurs de la loi étaient là assis, venus de tous les villages de la Galilée, de la Judée et de Jérusalem et la puissance du Seigneur se manifestait par des guérisons.
Et voici, des gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le placer sous ses regards.
Comme ils ne savaient par où l’introduire, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et ils le descendirent par une ouverture, avec son lit, au milieu de l’assemblée, devant Jésus.
Voyant leur foi, Jésus dit :
–  Homme, tes péchés te sont pardonnés.
Les scribes et les pharisiens se mirent à raisonner et à dire :
–  Qui est celui-ci, qui profère des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?
Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole et leur dit :
–  Quelles pensées avez-vous dans vos cœurs ?
Lequel est le plus aisé, de dire : Tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, et marche ?
Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés :
–  Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison.
Et, à l’instant, il se leva en leur présence, prit le lit sur lequel il était couché, et s’en alla dans sa maison, glorifiant Dieu.
Tous étaient dans l’étonnement, et glorifiaient Dieu ; remplis de crainte, ils disaient :
–  Nous avons vu aujourd’hui des choses étranges.
Après cela, Jésus sortit, et il vit un publicain, nommé Lévi, assis au lieu des péages. Il lui dit :
–  Suis-moi.
Et, laissant tout, il se leva, et le suivit.
Lévi lui donna un grand festin dans sa maison, et beaucoup de publicains et d’autres personnes étaient à table avec eux.
Les pharisiens et les scribes murmurèrent, et dirent à ses disciples :
–  Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les gens de mauvaise vie ?