Saynète de Noël par l’école biblique

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Brouilles et embrouilles

Acte I : brouille conjugale / Marie et Joseph

Marie (Louise F) et Joseph (Barthélémy) arrivent dans l’étable après leur long voyage de la Galilée à Bethléhem la ville de David.

Louise F fatiguée:  Je suis contente d’arriver enfin à Bethléhem après toute cette marche, je suis épuisée, j’en peux plus. Et en plus il n’y a pas une seule personne de ta famille pour nous accueillir, c’est quand même dingue !

Barthélémy : Bon écoute, je sais c’est pas cool, on en a déjà parlé, mais on a quand même de la chance d’avoir trouvé cette étable AIR BNB au dernier moment.

Louise F : De la chance ?!!  Tu te moques de moi ? Cette étable est totalement inconfortable et en plus de la déco affreuse, elle sent le renfermé. Ah oui, vraiment, trop chanceux d’avoir trouvé ce beau logement !

Barthélémy  Si on aère un peu  et avec un p’tit coup de balai vite fait, nous serons très bien.

Louise F furieuse : Très bien ? franchement j’en doute …

  • Nous avons fait un si long voyage, sous le soleil, sans eau, avec mon énorme ventre, …
  • et à l’arrivée ??? rien, personne pour nous accueillir ?????
  • Vraiment merci pour l’hospitalité ….

Barthélémy : certes, mais c’est le recensement, chacun doit retourner dans sa ville d’origine. Du coup mes cousins sont arrivés de partout et il n’y a plus de place…

Louise F : tes parents auraient tout de même pu prévoir que nous viendrions.

Barthélémy : ils ne savaient pas que tu étais enceinte.

Louise F : Peut-être mais en voyant leur belle-fille sur le point d’accoucher mes parents à moi se seraient mis en quatre pour trouver une solution !!

Barthélémy : Ah non tu ne vas pas encore reprendre ta mère en exemple ?

Louise F agressive : quoi ma mère ?

Barthélémy  qui s’énerve : Je sais bien que tu tiens Anne, ta mère, pour une sainte, mais enfin elle a aussi son caractère et ses têtes

Louise F : Ne déplace pas le sujet, ce ne sont pas mes parents qui manquent aux règles de l’hospitalité, ce sont les tiens.

Barthélémy : bon mais tu veux quoi ??? que je me brouille avec eux ?

Louise F : Non je ne dis pas ça, mais tout de même, cette attitude, cela fait de la peine

Barthélémy : oui bon il faut relativiser un peu. Et je connais mes parents, il n’y a rien contre toi dans leur attitude, juste un très mauvais timing. Il faut être compréhensif et tolérant.

Louise F avec le ton qui monte : certes, mais tout de même une étable ? cela ne te dérange pas toi ? 

Barthélémy : chut ! les voisins !

Louise F : Quoi les voisins ? tu parles de l’âne et du bœuf ? 

Louise F avec un ton angoissé et fort : Oh la la !!!!

Barthélémy : quoi encore ?

Louise F : Joseph !!!!!! je perds les eaux le bébé arrive !!!

Barthélémy :

  • Ah mon dieu ! et mon portable qui est déchargé …impossible d’appeler un uber pour aller à l’hôpital…Viens ma chérie. Installe toi-ici je vais t’aider, on va y arriver …
  • Louise F :

Merci Joseph, heureusement qu’on est ensemble, tu sais cet enfant qui vient, c’est lui l’essentiel et  c’est tellement plus important que toutes nos petites histoires et nos frustrations…

  • Et au final, je les aime bien tes parents tout de même.

Barthélémy : tu as mille fois raison, cette famille que nous sommes en train de construire ensemble c’est celle qui compte plus que tout le reste ! Nos familles c’est fondamental et il faut absolument en prendre soin, elles sont précieuses

Actes II : brouille fraternelle 2

Un berger appelle ses frères pour aller boire un verre à la taverne :

Camille : Gabriel et Raphaël, venez on va prendre un verre, cela fait 3 semaines qu’on s’est pas vu

entre frères !!

Benjamin : Ok mais c’est toi qui paye Michel?

Camille un peu agacée : Si tu veux Gabriel, mais il me semble que j’ai déjà payé la dernière fois.

Raphaël : Normal c’est toi le plus riche de nous trois.

Camille :  Et parce que c’est moi le plus aisé, c’est toujours à moi de payer ?

Raphaël : Ben c’est plus facile pour toi …

Camille : drôle de mentalité.

Benjamin : Bon ça va Michel, je paierai et voilà tout. Toujours à se plaindre celui-là.

Camille : n’importe quoi ! d’abord je ne suis pas toujours à me plaindre, c’est vous qui êtes toujours relou.

Raphaël : ça y est le « pauvre petit loulou à son papa ».

Camille : Ah mais j’y crois pas ! toujours aussi jaloux donc. Mais remets-toi Raphaël, nous n’avons plus 10 ans …

Benjamin : ça c’est vrai Raphaël d’où vient ce sentiment que papa t’a toujours mis en dernier ?

Camille : mais c’est un comble quand même !!!! lui le « chouchou à sa maman ».

Benjamin furieux : Ca va toi, arrête sinon je vais m’énerver !!!

Raphaël : Et stop vous deux, arrêtez un peu vos tirs. Je n’ai jamais été le chouchou de maman comme vous le dites toujours. C’est juste que nous avons toujours eu beaucoup d’affinité avec maman alors qu’avec papa c’était moins facile.

Benjamin : oui c’est vrai on veut tous être aimés de nos parents de la même intensité et on a peur d’être moins aimé que les autres ou de moins compter, et d’ailleurs moi j’ai l’impression qu’on s’en fiche un peu de moi …

Camille : oh la la voilà maintenant le bébé que personne n’aime !!! Mais ça va pas !! Moi en tant qu’aîné je crois que dans notre famille nos parents nous aiment chacun pareil juste avec des complicités différentes, vous croyez pas ?

Ange Albane : tout à coup sur le chemin :

« Exactement c’est cela la famille et je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui réjouira tout le peuple : cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un sauveur ; c’est le Christ, le Seigneur ! 

Ange Alice: Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire. »

Tout à coup, il y eut avec l’ange une troupe très nombreuse d’anges du ciel, qui louaient Dieu en disant :

Les Anges + louis et Lucas : « Gloire à Dieu dans les cieux très hauts, et paix sur la terre pour ceux qu’il aime ! » (Luc 2)

Les bergers se précipitent alors chez leurs épouses

Actes III : tensions conjugales / Bergers et bergères

Les femmes des bergers Myriam (Eléa), Judith (Valentine) et Jeanne ( Margaux) sont en train de discuter en se faisant les ongles et en prenant le thé, regardant si leurs maris n’arrivent pas enfin.

Elea énervée : Que font-ils ? Il va bientôt être 22h passé !

Valentine : Est-ce que je le sais moi ? Ils doivent traîner au bistrot du coin !

Margaux : Ce n’était pas à notre tour d’y aller au bistrot ?

Elea : S’ils reviennent éméchés ça va barder ! Mare de ces immatures !

Valentine : Bah d’un autre côté il faut reconnaitre qu’ils ne chôment pas à la maison eux non plus.

Elea : Il ne manquerait plus que ça !

Valentine envieuse : bon toi de ton côté, t’as quand même le gros lot avec ton berger qui fait tout à la maison et qui en plus te rapporte des fleurs le soir !!

Elea crâneuse et moqueuse: oui ben est ce que j’y peux quelque chose moi s’il aime me faire plaisir mon mari, Madame la plus belle …Miss bergère tous les ans que tout le monde  regarde !!!

Valentine : J’y suis pour rien moi c’est pas moi qui vote !!

Margaux : Eh les filles arrêtez votre dispute de cours de récré …

Elea : oui c’est vrai, toutes les 3 on a chacune des super qualités et il faut se tenir les coudes ensemble

Margaux : oui solidaires !!!, vous vous rappelez que nos grands-pères et même nos pères n’en fichaient pas une avant. C’était leurs femmes qui faisaient toutes les corvées.

Valentine : oui le ménage, la vaisselle, les courses, les enfants, … quel enfer !

Elea : heureusement que les femmes ont dit stop, et qu’elles ont mis leurs bonhommes au boulot. Mais c’est pas encore gagné pour tout le monde !!!

Margaux : Oui il y en a encore certains qui continuent de se rouler les pouces !!!!

Valentine : Oui, mais heureusement c’est pas notre cas, et c’est grâce à nos mères !

Elea : Oui elles ont été courageuses de tenir tête aux hommes et de les faire évoluer ! Et on va faire en sorte que ça continue !

Margaux avec un ton grinçant : C’est bon je les entends venir. On va les accueillir comme il se doit…

Les maris entrent en scène :

Camille : Venez venez vite !

Elea : On va voir qui tient les commandes ici.

Louise Q  : Nous avons une grande nouvelle à vous partager.

Valentine à Elea etLouise : Le prix du pastis a baissé ?

Benjamin : Nous étions en chemin pour rentrer, soudain ! Tient, dis-leur Michel, moi je ne peux pas.

Camille : Remet-toi Raphael, je partage ton émotion !

Les 3 femmes lèvent les yeux au ciel et Eléa dit : Ah ben voilà encore des histoires à dormir debout !…

Raphaël : Mais Ecoutez nous !!!  Alors que nous marchions une grande lumière nous a enveloppé et des anges nous ont annoncé que le Messie venait de naître dans une étable de Bethléhem. Nous nous sommes rendus dans la ville.

Benjamin : Et nous avons trouvé le petit enfant et sa mère.

Camille : Oui, le salut de Dieu est venu, sa paix nous envahie.

Benjamin : Attendez-nous, nous courrons avertir les autres bergers et nous vous emmenons tous voir le sauveur que Dieu nous envoie !

Valentine : Ben alors là !

Elea : Quelle nouvelle !

Valentine, Margaux et Elea :   C’est merveilleux !

Actes IV : tentions de classe sociale / les mages

Octave (Balthazar), Clément (Melchior) et Martin (Gaspard) en chemin vers Bethlehem

Octave : l’étoile s’est arrêtée au-dessus du village devant nous les amis .

Martin agacé : Mais on a vu Balthazar !! Toujours besoin d’être le premier lui …

Clément : c’est que Môssieur Balthazar se croit supérieur !

Octave : Mais qu’est-ce qui vous prends ? quelle mouche vous pique ?

Martin  : tu as vu ce mépris Gaspard ?

Clément  moqueur : Mais oui, Môssieur Balthazar a accepté de faire route avec des gens aussi ordinaires que nous, mais il ne faut pas lui en demander plus.

Octave énervé : Excusez-moi, mais je ne suis pas responsable de mes origines et j’ai eu la chance de naître dans une famille aisée. Et d’ailleurs, vous étiez bien contents de m’avoir pour régler vos frais d’hôtel et vos dépenses en extra.

Martin : L’argent … on en revient là …

Clément : Quelle mentalité ! Parce qu’il est plus fortuné que nous et qu’il apporte de l’or, il pense qu’il vaut mieux que nous avec notre encens et de notre myrrhe …

Martin : Mais nous avons de vraies valeurs nous !

Octave : Bon là je vous arrête. La pauvreté ne rend ni plus modeste, ni plus vertueux, ni même meilleur que la richesse. C’est le cœur de l’homme qui révèle ce qu’il est.

Martin: Sur ce point je te rejoins, il est vrai que nous croyons trop souvent à ce genre de préjugés.

Clément: regardez, nous sommes arrivés, il y a une troupe de bergers devant cette étable allons voir

Les mages se pressent, les bergers et bergères s’écartent, ils pénètrent dans l’étable et sont touchés par la grâce qui émane de Marie et Joseph et du bébé installé dans la mangeoire. Emu, Octave déclare :

Octave : vous voyez, la joie, la sérénité, le bonheur de cette sainte famille, rien ne peut l’acheter. C’est un don du ciel.

Martin : tu as raison Balthazar. Pardon pour nos paroles qui t’ont peut-être blessé. Toute la grâce de cette famille remet les choses en ordre et relativise toutes nos disputes.

Camille : Oui c’est vrai, tous nos ressentiments s’effacent devant cette joie immense.

Eléa : Oui et même si nos combats personnels sont justes, il ne faut pas toujours comparer et surtout nous ne devons pas passer à côté de la grâce et de la paix que nous apporte ce messie.

Clément : Je suis d’accord avec vous et d’ailleurs, est ce que nous ne formons pas aussi nous tous ensemble une famille autour de cet enfant ?

Octave : Oui c’est cela ! j’en suis certain avec ce sauveur nous sommes ensemble une famille unie humaine et spirituelle et c’est cela la vraie richesse.

La scène se termine sur l’arrivée à la crèche

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Chers Frères et Soeurs,

Quel peut bien être le point commun entre ces trois textes que j’ai choisis pour nous ce matin ? Dans le premier, extrait du livre de la Genèse, le verbe central est celui de « je vous donne » ; dans le deuxième, la demande d’Elie à la veuve de Sarepta est : « Va me chercher » un peu d’eau, puis « fais-moi d’abord une petites galette » ; dans le troisième, extrait de l’évangile de Marc, cette réflexion de Jésus sur ces petites pièces mises par une veuve pauvre dans le tronc du Temple de Jérusalem, le verbe central est celui de « mettre » : de nombreux riches « mettent » beaucoup ; la veuve pauvre « mit » deux petites pièces ; « tous ont mis en prenant sur leur superflu » ; « mettre tout ce qu’elle possédait ». Donc, du point de vue sémantique, pas de lien. Mais, au-delà, le même axe : celui du don.

Don premier de Dieu, nous y reviendrons ; don de la veuve de Sarepta à Elie, à Elie en premier, le reste de ce qu’il y aura pour se nourrir étant alors pour cette veuve et son fils ; don de cette autre veuve, pauvre, au Temple de Jérusalem.

Don, abandon ; c’est de don qu’il s’agit.

Vous pourriez vous dire : c’est parce que nous approchons de Noël qu’il a choisi d’axer sa réflexion sur le don ; ou bien encore : il est vrai que nous approchons de la fin de l’année et qu’il est en train de nous rappeler que notre église compte sur nos dons !

Eh bien, non, ce n’est pas cela. C’est la résultante d’un certain nombre de faits, de réflexions, depuis pas mal de temps.

Et très concrètement, une toute petite anecdote, récente, que je partage avec vous, en pensant bien que chacun d’entre nous a été dans cette situation. Dimanche dernier, au moment de l’offrande, je réalise que je n’ai sur moi, en argent, que quelques centimes qui traînent au fond d’une poche, pas de carnet de chèque, et un portefeuille dans lequel il y a un billet de banque ; billet que je destine à des courses, billet d’une valeur en argent certaine. Dans ces moments-là, il faut agir rapidement : la quête s’approche, ce n’est pas le temps de tergiverser. Evidemment, on peut détourner le regard, faire comprendre qu’on n’a rien sur soi, faire semblant en quelque sorte. Mais on ne le fait pas : alors, mettre ces quelques centimes ? Mettre ce billet ? Les deux sont possibles et les deux ont été faits, peuvent être faits. Il ne s’agit ici ni de juger, ni de dire ce qu’il faut faire. Mais peut-être alors se dit-on : mais, en fait, pour quelle finalité, pour quelle raison fais-je réponse à cette demande ? Pour quoi, au nom de quoi ? Et alors peut apparaître une autre dimension, une prise de conscience. Prise de conscience de ce que signifie un don, ici un don d’argent.

Mais il y a d’autres mode de dons.

La question se pose alors de se demander ce qu’est le don, ce que recouvre le don, ce qui signifie le don. Le don est-il un acte de générosité ? Le don est-il unilatéral, de la part de celui qui donne ? Le don est-il un acte gratuit ? Est-ce que le fait de professer notre foi chrétienne nous donne un regard particulier sur le don, sur le fait de donner ?

C’est ce que nous allons essayer de comprendre, de partager. Dans ce que je vois pour ce qui est de la relation humaine, sociale, j’allais dire d’homme à homme, d’abord ; puis dans ce que je comprends de notre relation à Dieu.

I. Dans une relation strictement humaine :

Même s’il ne nous semble a priori pas vraiment consubstantiel à notre être, à notre « agir » – qui fait que, premièrement nous sommes probablement plus enclins à prendre et à garder, sans partage, et même probablement en pensant à nous d’abord – il semble bien que le don, la pratique du don soit ancienne.

Elle l’est alors dans un registre de vie sociale, de relation sociale. Et les motivations sont complexes, d’une culture à l’autre, d’une période de temps à une autre, d’un conditionnement de notre être à un contexte particulier.

Je prends quelques exemples, parmi des milliers.

Quand, sous l’Ancien Régime, le don se pratique, il s’agit, du moins chez les puissants du temps, d’une pratique codifiée : il est entendu par exemple qu’au moment de sa mort, le maître doit non seulement avoir pris ses dispositions pour que sa domus, ceux qui l’ont servi, soient payés de tous leurs gages ; mais encore, il est attendu de lui qu’il fasse des dons, et des dons proportionnés à son rang et à sa fortune. Il y va du respect par lui d’une pratique, d’un ordre établi, su de tous, qui fait que celui qui a été servi, que celui qui dispose de la richesse matérielle, en donne à ses proches, mais aussi ses obligés, ses serviteurs. Dans une société de classes, de castes, de rang, dans une société pyramidale où la relation se conçoit de seigneur à vassal, il appartient à celui qui a eu une puissance, matérielle, politique, de se montrer à la hauteur de cette puissance et d’en témoigner auprès d’autrui.

On est bien là dans un don, mais un don attendu, un don codifié. Un don qui est fait en contrepartie de quelque chose. Un don qui oblige autant le donateur – qui ne peut passer outre – que le donataire, qui, en acceptant ce don, se met ou se conforte dans une position d’obligé, de débiteur en quelque sorte.

Autre exemple, que l’on m’avait donné lorsque j’étais en activité professionnelle, parmi les usages qu’il fallait connaître pour mieux appréhender la relation avec certains pays d’Orient : celui du don et du contre-don. Il n’aurait pas été pensable d’entamer une négociation sans l’offrande de présents, de dons. Cela faisait là encore partie de la règle bien comprise, du mode d’entrée en relation, d’une forme de courtoisie.

Encore un exemple. L’usage bien ancré semble t’il chez nos frères et sœurs au Japon, de faire des dons lorsque l’on a voyagé, de rapporter des présents, pour marquer son amitié, pour s’excuser d’avoir été absent, etc.

Un dernier exemple, que je vis en ce moment, où je suis en détachement pour toute l’année 2021 auprès de l’un de nos musées parisiens, en attendant l’arrivée de ma retraite officielle cette fin décembre. Alors que j’ai la charge de l’étude de l’une des collections de ce musée, je constate combien celle-ci s’est enrichie au fil des années par des dons. Là encore, d’autres motivations : désir sincère d’enrichir une collection d’Etat, désir de reconnaissance par ce musée, peut-être aussi parfois affirmation d’une aisance financière, volonté de voir des œuvres aimées atterrir en un lieu hors du marché, avec une conservation pérenne ; souhait de faire profiter le visiteur d’un objet jusqu’alors gardé dans le secret d’une collection privée ; souhait, par ce don, d’honorer la mémoire d’une personne disparue… Les motivations sont multiples. Elles sont, là encore, créatrices d’un lien social, ou en reconnaissance d’un état social. On donne, parce que l’on a eu, parce que l’on a eu la possibilité de détenir ; on donne par reconnaissance, par une forme d’altruisme.

En point commun, je dirais ici que, si ces dons ne sont certes pas à négliger, s’ils sont même de mon point de vue à encourager, s’ils ont en commun une certaine dose d’altruisme, de dépossession, de création ou d’affirmation d’un lien social – tout ceci étant loin d’être négligeable -, ils s’inscrivent quand même tous dans une relation d’obligeant à obligé.

Je veux dire par là qu’aucun de ces dons, quand bien même encore une fois la finalité peut être intéressante, ne revêt, à mes yeux, de dimension de gratuité. Je ne vois pas ici quelque chose d’entièrement gratuit ; j’en retiens cependant, quand même, un début de décentrement de soi, un état où celui qui donne considère la personne de celui qui reçoit ; une forme de dépossession, aussi. Ce qui est donné n’est plus au donateur.

Pour ce qui suit, je vous avoue que j’ai bien pesé le pour et le contre avant que de choisir de l’évoquer devant vous ce matin. Mais j’ai choisi de le faire, aussi parce que ces faits, depuis que j’en ai eu la connaissance, c’est-à-dire lors de mon adolescence, quand je commençais à lire des livres sur notre Histoire, ces faits m’ont marqué et me marqueront toujours.

En juillet 1941, dans le camp d’Auschwitz où est interné le père franciscain Kolbe, un prisonnier parvient à s’échapper. En représailles, le nazi qui dirige ce camp ordonne que dix des 599 prisonniers du bloc soient condamnés à mourir de faim et de soif au bloc. Le règlement du camp exigeait, pour décourager les évasions, que dix détenus soient exécutés en cas d’évasion d’un homme. Dix hommes sont alors sélectionnés, dont un père de famille. Maximilien Kolbe entend cet homme s’écrier : Ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Que vont-ils devenir ? ». Il propose alors de mourir à sa place. Selon ce qui a été rapporté, alors qu’on lui demandait de décliner son identité, ses paroles auraient été : « Je suis un prêtre catholique de Pologne ; je voudrais prendre sa place, car il a une femme et des enfants ». Kolbe fut alors détenu dans un block sans eau ni nourriture. Il mourut quelques semaines plus tard, alors qu’il avait survécu à ce régime, d’une injection létale.  

Ces faits ne peuvent recevoir aucuns commentaires. Les seuls constats que je prends la liberté de faire maintenant sont ceux-ci :

C’est en sa qualité de chrétien que Kolbe se présente à l’autorité nazie. C’est donc, de mon appréciation, au vu d’une cohérence entre ce qu’il croit fermement, ce qu’il est, qu’il offre sa vie. Qu’il s’offre. Il n’y a là aucune contrepartie possible, il n’y a aucun retour. Que Maximilien Kolbe ait été par la suite béatifié puis canonisé comme martyr ne change rien, n’apporte rien, de mon point de vue. Ceci m’est, pour le coup, étranger. Mais ce jour-là, un homme s’est dressé contre ce qu’il considérait – et qui est – une abjection ; il a donné sa vie pour celle d’un autre, en pesant la sienne à l’aune de celle de l’autre et par cohérence envers ce qu’il était, au fond de lui-même, en cohérence totale avec la foi qui était la sienne. 

Au regard de ce qui précède, que pouvons-nous tirer, pour nous ici et maintenant, des textes que j’ai choisis pour ce jour ?

II. Dans ce que peut être notre relation à Dieu :

De ces trois textes, j’ai choisi de tirer deux enseignements.

  1. Le premier, illustré par cet extrait du livre de la Genèse, qui est le premier qui me soit venu à l’esprit, mais beaucoup d’autres auraient tout aussi bien pu être retenus :

C’est que le seul auteur du don, celui qui en a la primauté absolue, est Dieu. Dieu et Dieu seul, et ce de manière universelle et gratuite ; alors qu’à la suite de Marcel Mauss, considéré comme « le père de l’anthropologie française », qui exposa sa pensée dans son Essai sur le don paru en 1923-1924, je reste plus que dubitatif sur la possibilité du don gratuit, de la part de l’Homme. Le don, la grâce, sont premiers ; nous ne sommes que, nous ne pouvons être que des récipiendaires.

Par là même, nous donnons moins ce qui nous appartient que ce que nous avons reçu.

Ceci ne signifie nullement que nous devions rester passifs, bien au contraire. Il nous appartient :

  • D’abord, de prendre conscience de ce que nous ne sommes que des récipiendaires ; et d’en rendre grâce ;
  • Ensuite, de tenter de prendre la mesure de l’immensité du don fait ;
  • D’en prendre soin et de le partager, de ne pas garder pour nous le don reçu ;
  • Dans la mesure de ce que chacun de nous peut faire, et chacun de nous peut faire quelque chose, de faire fructifier ce don, de le démultiplier.

2. Le deuxième enseignement me semble pouvoir être le suivant :

Dans les deux récits entendus, sont présentées deux femmes, deux veuves, deux personnes qui sont dans le dénuement matériel le plus total. Dans les deux récits, ces deux personnes se rejoignent par le don.

Mais, notez-le, dans le récit de Marc, Jésus observe et constate des faits. Contrairement à beaucoup de ce que j’ai lu, y compris comme prédications sur ces versets, en aucun cas il ne s’agit ici pour Jésus de donner cette veuve en exemple.

Il s’agit plus ici de dénoncer une fois de plus un système pervers, celui d’un Temple lieu de richesse, lieu de pouvoir. Dénonciation par Christ d’une piété réglementée, dénonciation de ceux qui, avant tout veulent être vus, et veulent que ce qu’ils font se sache.  La ruine du Temple suivra quelques versets plus loin.

En, revanche, me semble-t-il, et vous avez noté que Jésus fait précéder son adresse aux disciples de ces mots : « En vérité, je vous le déclare… » indique clairement qu’il s’agit ici non d’un enseignement moral que d’une vérité », ce que Jésus constate c’est qu’ici, par cet acte, cette pauvre veuve ne compte pas, qu’elle ne mesure pas. En ne comptant pas, en ne proportionnant pas son don à sa ressource, cette veuve rompt totalement avec une logique comptable préétablie. En quelque sorte, elle affirme une liberté, une indépendance par rapport à un système. Elle en propose, à sa manière, un autre.

Pour ce passage des Rois, l’approche me semble un peu différente. Certes, la veuve de Sarepta est dans ce même dénuement total, ce qu’elle exprime d’ailleurs auprès d’Elie. Mais il ne s’agit pas ici de rentrer ou non dans un système religieux quel qu’il soit. Il s’agit d’abord – et de nouveau sans compter, sans proportionner le geste que le prophète lui demande d’accomplir – de rompre là encore avec une forme d’économie domestique privée. De faire d’abord confiance à ce que dit Elie.

Alors, finalement, de voir dans le don l’expression, une des expressions de la foi.

De se dire, une fois de plus, que d’abord et avant tout, nous sommes au bénéfice du don qui nous a été fait ; et ensuite, parce que nous sommes au bénéfice de ce don et en aucun cas pour répondre, pour être à la hauteur de ce don, de se remettre entièrement à Dieu.

Pouvons-nous faire autrement ?

C’est ce que je ne crois pas.

Amen.

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Lecture : Mathieu 4. 1-11

Chers Amis,

Ce texte très connu qui introduit trois tentations de Jésus ne manque pas de nous surprendre par sa simplicité apparente d’exposition et sa complexité de signification.

Ce texte est une parabole où Jésus et le diable au cours de ces trois tentations se livrent à une suite de questions-réponses qui semblent sans conclusion définitive.

D’où vient ce sentiment de difficulté ?

Poursuivre la lecture de : Les tentations de Jésus, par Jean-Gabriel Bliek
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Voici que le roi pleure et se lamente sur Absalom; le roi est très affecté à cause de son fils  (2 Samuel, 19, 2 – 3)

Lectures

– 2 Samuel 14, 25 – 15, 2-4, 7, 10, 17  – 18, 9, 31-33  David & Absalom

– Luc 15, 11-24 : Le fils prodigue  Mon fils était mort et il est revenu à la vie !

– Romains 11, 1, 13, 33, 36 :  Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non!

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Poursuivre la lecture de : David et Absalom, méditation proposée par Jacques Sandoz
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I. Comment définir ce que sont la modernité et la postmodernité ?

Si les temps modernes commencent dans les manuels scolaires avec la Renaissance et la Réforme, le terme « modernité » a été forgé pour désigner la culture inédite qui prend son essor dans la foulée de la Révolution Française. En arrière-plan de ce mouvement sociétal et culturel, il y a bien sûr les Lumières au dix-huitième siècle, où émerge un sujet humain conscient de son autonomie, ainsi que le développement des sciences[1].

Poursuivre la lecture de : Situation de la théologie dans la modernité, puis aujourd’hui dans la « post »​ ou « l’ultra »​ modernité