Lire et comprendre le livre de l’Apocalypse

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Les quatres chevaux de l’Apocalypse

Pasteur Bruno Gaudelet

 Les quatre chevaux de l’Apocalypse ont ensemencé l’imaginaire de la chrétienté depuis la diffusion de ce livre à part. Le Moyen-Age et la Renaissance les ont peints ou représentés de diverses façons, mais la modernité n’est pas restée en reste. Les chevaux de l’Apocalypse et leurs cavaliers parcourent la littérature et le cinéma. Qui sont-ils ? Que représentent-ils ? Les sectes qui font leur miel sur fond de fin du monde, se repaissent des effets terrifiants de cette vision du dernier livre de la Bible. Ce que l’on peut faire dire à un texte en le sortant de son contexte est presque infini. Essayons d’y voir plus clair.

1. Lire l’apocalypse

Pour déchiffrer le livre de l’Apocalypse, il faut d’abord comprendre ce qu’est le langage apocalyptique.

Il s’agit d’un genre littéraire typiquement allégorique qui est né de la lecture assidue des prophètes de la Bible. C’était donc après le temps des prophètes, au tournant du IIIe s av J-C, lorsque les livres bibliques les ont « remplacés » et où la figure du docteur-interprète s’est imposée.

A force de lire et de s’imprégner du langage imagé et allégorique des prophètes bibliques, d’aucuns ont forgé le langage apocalyptique qui recourt essentiellement à l’usage des métaphores et autres symboles empruntés au registre des prophètes bibliques. Autre caractéristique, l’intrigue des récits apocalyptiques se situe au niveau d’un monde mystique-spirituel censé envelopper le monde humain, et dont les forces angéliques au service de Dieu luttent contre les forces du mal.

La littérature « apocalyptique » juive s’est développée à partir du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Certains livres comme le livre d’Hénoch ou Le testament des douze patriarches ont influencé les auteurs du Nouveau Testament. Marc 13, repris par Matthieu 24 et Luc 21, mais également 1 Thessaloniciens 4-5 ou 2 Thessaloniciens 2, en donnent des exemples. Le livre de l’Apocalypse est l’unique livre du NT à recourir entièrement à ce genre littéraire. Les Pères de l’Eglise ont discuté son entrée dans le Canon, sans doute parce que plusieurs d’entre eux étaient peu familiers des procédés littéraires des hébreux ou des judéo-chrétiens de la première heure, et ne possédaient pas les clefs de lecture pour comprendre ce livre énigmatique.

 

2. Les clefs

Quelles sont donc les clefs pour déchiffrer le livre de l’Apocalypse ?

Outre ce qui vient d’être dit concernant le genre littéraire apocalyptique (première clef), une seconde clef importante pour saisir le message du livre, concerne le registre de la « temporalité ». Contrairement à ce que l’on croit habituellement le livre de l’Apocalypse ne parle que très peu du « futur ». Son propos correspond surtout au « présent » de l’auteur et des chrétiens autour des années 90 du premier siècle. Jean, l’inspiré de Patmos, raconte le « passé » et le « présent » de la toute jeune église chrétienne, mais il le raconte, soit sous forme du « présent des forces angéliques ou néfastes », soit sous forme d’un « futur » qui est déjà là ou qui va arriver. Comprendre le livre de l’Apocalypse, c’est donc avant tout se repérer dans la temporalité de l’auteur.

L’auteur n’annonce cependant pas l’avenir comme le ferait un augure ou un astrologue. Il n’est pas une sorte de Nostradamus biblique. En fait, concernant le futur, Jean de Patmos n’annonce rien de plus que ce que croient fermement les chrétiens de son temps, à savoir : 1) que  Jésus-Christ a vaincu les forces du mal par son obéissance à Dieu jusqu’au bout, 2) qu’il s’est assis à la droite de Dieu depuis son Ascension auprès du Père, et 3) qu’il reviendra de là pour juger les vivants et les morts et instaurer le règne de Dieu. Ces trois points sont présents dans les évangiles et les épîtres de Paul, et ils forment les repères temporels que Jean de Patmos traduit dans sa temporalité propre.

La connaissance de l’Ancien Testament et du christianisme primitif constitue une troisième clef pour comprendre le livre de l’Apocalypse. La grammaire du langage apocalyptique est composée d’images, de symboles et de métaphores puisées chez les prophètes bibliques.

Les chevaux de l’apocalypse sont ainsi moulés sur le modèle des chevaux mystiques du livre de Zacharie (1.8-13). Zacharie est transporté dans le ciel mystique où se dispute le monde entre anges et démons, et il est apostrophé par un homme qui est monté sur un cheval roux, suivi lui-même de chevaux roux, fauves et blancs. Que sont-ils, mon seigneur, demande le visionnaire ? L‘ange répond : Ce sont ceux que l’Éternel a envoyés pour parcourir la terre. Et ceux-là s’adressèrent à l’ange de l’Éternel et ils dirent : Nous avons parcouru la terre, et voici que toute la terre est en repos et tranquille. »

La similitude montre que ce texte est bien la source des quatre chevaux de l’Apocalypse. Mais là où Zacharie veut encourager les juifs de la diaspora à revenir à Jérusalem pour reconstruire  la ville et le temple, Jean de Patmos entend encourager les chrétiens persécutés en leur annonçant que l’Empire Romain qui leur fait la guerre ne durera pas. Cet empire, à la solde du diable et des démons, sera anéanti par le retour glorieux du Christ. Le livre de l’Apocalypse est tout entier dédié à ce message.

Ainsi :

  • Après la vision du Christ ressuscité au milieu de son Eglise représentée par les sept chandeliers au chapitre 1, puis la dictée des lettres aux églises des chapitres 2 et 3 – les encourageant ou les sermonnant -, le chapitre 4 représente l’intronisation du Christ au cours d’un grand culte céleste. Celui-ci, mis à mort par les Romains, est élevé à la droite de Dieu comme Rédempteur et Sauveur des fidèles de Dieu.

 

  • Le chapitre 5 met en scène le décret divin de la fin de l’histoire en recourant au symbole du livre scellé de sept sceaux, en référence au prophète Ezéchiel.

 

  • Chaque ouverture des sceaux débouche, au chapitre, 6 sur le dévoilement du monde tel qu’il apparait à l’auteur.

 

  • Au chapitre 7, c’est le peuple de Dieu symbolisé par les 144 000 qui est marqué du sceau de Dieu, c’est-à-dire par le baptême.

 

  • Au chapitre 8 le septième sceau inaugure une nouvelle vision, celle des sept anges aux sept trompettes, vision qui redit d’une autre manière le même message que les six sceaux.

 

  • A la septième trompette (11.15) le règne de Dieu est proclamé par la liturgie céleste et s’ouvre alors le magnifique triptyque du chapitre 12 qui récapitule lui aussi le message chrétien sous forme d’avenir.

 

  • Le temps manque ici pour poursuivre cette évocation, mais les chapitres qui suivent poursuivent le même procédé : illustrer et récapituler la croyance du retour du Christ victorieux de l’empire romain – nouvel grande Babylone captive des forces du mal –, celle du Jugement dernier et de l’instauration du règne de Dieu dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre.

 

La vision des quatre chevaux de l’Apocalypse illustre les croyances eschatologiques des chrétiens à la fin du premier siècle, après une vague de persécution. Jésus a été crucifié par cet empire romain décadent gouverné par les forces du mal. Mais sa fin et la fin de l’histoire sont en marche. Perdre courage et renier la foi, revient à capituler aux forces du mal. Résister c’est être du côté de Dieu qui remportera bientôt la victoire.

 

Conclusion

Que conclure pour nous chrétiens aujourd’hui ? Difficile évidemment de ratifier tel quel le message de Jean de Pathmos. La vision du monde comme le théâtre et l’enjeu de la dispute cosmique entre les forces angéliques et maléfiques relève d’un autre âge. Elle s’inscrit surtout en contradiction du monothéisme biblique qui ne conçoit nullement Dieu comme étant en opposition avec des entités mystiques que seraient les démons et le diable.

Le livre de l’Apocalypse nous oblige ainsi à distinguer entre l’univers mythique qu’il présente pour illustrer l’eschatologie chrétienne primitive, et le message de l’Evangile qui ne se réduit justement pas aux croyances eschatologiques de la primitive Eglise.

Il nous invite en outre à réfléchir au problème du mal et à son issu. Les premiers chrétiens s’y sont attelés en reprenant à leur compte deux croyances juives importantes :  1) la croyance à la venue du Grand jour de l’Eternel. Et 2) celle – très pharisienne – du Jugement dernier. La première muta en croyance au retour du Christ. La seconde fut reprise littéralement. L’Evangile du Christ n‘avait pas encore « réformé » les esprits et les représentations mythiques du monde antique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où nous distinguons plus nettement entre mythe et histoire et où nous comprenons que l’amour de Dieu pour les humains, créés à son image, exclut de prendre à la lettre les symboles bibliques de réprobation. Ceci acquis, il n’est pas illégitime de réfléchir avec les symboles bibliques au sens dont ils sont porteurs. Celui du Jugement dernier assure indéniablement que nous n’avons pas à nous soucier de notre salut de la mort et du néant, Dieu saura séparer de nous le mal par nous commis et aussi par nous subi. Le tri n’aura simplement pas lieu entre nous, mais en nous. C’est débarrassé du mal commis et subi que nous goûterons la communion de Dieu. A méditer.

Bruno Gaudelet

 

Exemple
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Mais qu’est-ce donc qu’être protestant aujourd’hui ?

L’année 2017 aura été l’année du cinq-centième anniversaire de la Réforme. Une bonne occasion pour que les protestants du monde entier mais aussi pour tous ceux qui s’y intéressent, de se remémorer l’histoire et de revoir, aussi, les fondements de la foi réformée. Les historiens y sont allés de leurs études minutieuses et passionnantes, dévoilant les richesses, le courage et la pertinence des acteurs de la Réforme, mais également, et fort heureusement, leurs faiblesses, leurs tâtonnements et même leur solidarité avec les erreurs et les péchés de leur époque. Je n’ai pas hésité moi-même, lors de la conférence avec notre Ami Michaël, Rabbin à Neuilly, à souligner la compromission de Luther avec l’antisémitisme de son temps. Ce n’est pas sur le mode de la louange ou de la vénération que nous célébrons ce cinq-centième anniversaire. Ni Luther, ni Calvin, ni aucun des réformateurs n’est pour nous une icône vénérable ou un modèle de vertu. Canoniser la Réforme du seizième siècle ou les réformateurs, revient d’ailleurs à basculer du côté du « conservatisme » et donc à passer à côté de ce qu’est et veut être la Réforme.

 

1. Luther et la chrétienté

On cantonne trop souvent Luther et la Réforme au protestantisme. L’apologétique catholique s’y est assurément toujours employée, de même que les anti-religieux de service. Restreindre la Réforme à la sphère religieuse permet aux uns et aux autres de minimiser son impact et d’éluder son importance historique pour notre société. A force de lire et d’entendre des communications qui présentent la Réforme comme un pur produit des temps modernes qui l’avaient engendrée je finissais moi-même par me faire à cette idée, alors qu’elle inverse, finalement, le sens de l’histoire. En effet, si la Réforme est fille de son temps, comme tout mouvement de pensée, elle n’est cependant nullement le produit des temps modernes, mais une aventure d’idées qui a rendu possible leur déploiement.

La Renaissance et l’humanisme chrétien ont eu évidemment leur importance et leur fécondité dans l’avènement des temps modernes. Ce n’est toutefois ni Erasme, ni aucun autre humaniste qui ont affronté la toute-puissance papale et celle du saint empire germanique qui lui était liée. Ni Erasme, ni nulle autre humaniste n’ont présenté un programme théologique capable de remettre en cause le programme théologique de l’église romaine qui régissait la société médiévale et qui perdurait à la Renaissance. Sans Luther et sa Réforme, les temps modernes auraient dû attendre encore un bon moment au vestiaire de l’histoire avant de pouvoir faire leur entrée sur la scène de notre civilisation ! L’ange de la macro-histoire le démontre aisément.

Certes, le découpage de l’histoire en grandes périodes est toujours un peu schématique, mais il reste utile pour comprendre les grands bouleversements de sociétés et ce que le philosophe Karl Jasper appelait les « périodes axiales ».

Avec l’effondrement de l’empire romain au 5ème siècle après J-C, c’est la période de l’antiquité tardive qui s’est achevée pour faire place à une nouvelle période axiale : celle du millénaire de la chrétienté. Comme chacun le sait, l’Eglise chrétienne, et notamment l’Eglise Romaine, a dominé toute cette période. Le christianisme est devenu purement et simplement la religion traditionnelle de l’époque médiévale et ce en assumant le triple rôle de toute religion traditionnelle : 1) dire la morale, 2) sacraliser le pouvoir, 3) sanctifier l’ordre établi.

De grandes choses se sont accomplies par et grâce au christianisme. L’époque médiévale n’est absolument pas un âge moyen, un « moyen-âge », mais une période comme toutes les périodes avec ses grandeurs et ses faiblesses.

Si le christianisme s’est peu à peu imposé, au point de devenir dominant et structurant pour la société médiévale, c’est grâce à ses doctrines de l’au-delà. L’Eglise annonçait alors, en effet, que les non-baptisés n’ont aucune chance d’éviter le Jugement dernier et la peine capitale aux enfers. Les gens se faisaient donc baptiser pour échapper à la damnation. Il apparut très vite, cependant, que tout un chacun était loin d’être parfait et en règle avec la justice que prescrivait l’Eglise dans sa morale. Comment entrer au Paradis lorsqu’on n’est pas vraiment, ou pas tout à fait, en règle avec Dieu ? L’Eglise décréta alors qu’il existait un troisième lieu dans lequel les baptisés pouvaient expier leurs fautes afin d’entrer au Paradis. Ce troisième lieu c’est bien sûr le Purgatoire.

A partir de cette représentation de l’au-delà, l’Eglise détenait un véritable pouvoir sur les vivants, et notamment sur les rois et les princes. Sa puissance dominante et structurante est venue de cette doctrine de l’au-delà et de sa prétention à se poser comme la médiatrice et la dispensatrice de la grâce. Or, c’est cette prétention, ce logiciel, cette matrice – devenue à la fin du Moyen-Age un système très lucratif pour l’Eglise – que Luther remet en cause et finit par rendre caduque.

2. Luther exprime la révolte de son temps
et change le logiciel

Mais ce n’est pas seulement en raison de la clarté et de la pertinence de sa théologie que Luther a obtenu l’oreille des princes et des gens de son époque, c’est bien davantage parce qu’il a su exprimer ce que tout le monde ressentait et attendait. Luther a non seulement mis des mots sur la révolte des laïcs contre les clercs, mais il a surtout – grâce à ses talents de théologien systématicien – démonté le logiciel catholique et proposé un autre logiciel permettant de structurer différemment la société et le monde.

Le programme théologique que (de) Luther remet de fait en cause c’est ce système de l’au-delà de l’Eglise romaine par lequel elle domine le destin des vivants et des morts. Le moine de Wittenberg conteste, Bible en main, les prétentions de l’Eglise à être médiatrice et dispensatrice de la grâce ; il abroge purement et simplement le clergé, au profit d’une église où même les ministres sont désormais des laïcs ; il retire au Pape et au clergé l’autorité qu’ils se donnent sur les pouvoirs temporels et leur rend leur autonomie ; il valorise, enfin, la vie laïque, le mariage, et donc le corps. Pour aller jusqu’au bout de l’image informatique du logiciel, on peut dire que la théologie de Luther est un programme qui fait « bugger » le logiciel de la théologie romaine, matrice de la société médiévale, et qui ouvre, dès lors, de nouvelles possibilités pour refaire la société et le monde sans qu’aucun clergé structure et régisse le temporel.

Encore une fois, c’est l’angle de la macro histoire qui autorise cette analyse historique. Luther s’est lui-même vraisemblablement compris simplement et uniquement comme un réformateur de l’Eglise et il n’est pas certain qu’il ait mesuré la portée civilisationnelle de ce qu’il était en train d’accomplir. Il n’en demeure pas moins que sans son logiciel, sans son contre-programme, la matrice de la chrétienté aurait perduré Dieu seul sait jusques à quand ? Il a ainsi bel et bien rendu possible l’avènement des temps modernes et de la modernité, qui est d’ailleurs contenu dans l’ADN de la Réforme.

 C’est, en effet, en invoquant sa conscience, liée par les Ecritures, que Luther a refusé de rétracter ses écrits devant le Pape, l’empereur et tous les grands du monde réunis à la Diète de Worms. C’est la première fois qu’un homme invoquait sa conscience, et donc son libre examen, pour refuser la vérité et l’autorité du Pape et du magistère. Liberté de conscience, autonomie du sujet, libre examen, recherche de l’authentique, abrogation du clergé au profit des laïcs et de la vie laïque, indépendance du politique vis-à-vis du religieux, valorisation du mariage, du corps, des arts laïcs,… toutes les quêtes et conquêtes de la modernité se trouvent déjà en germe dans le logiciel que Luther présente et propose au monde.

Les hommes des Lumières qui ont oeuvré à l’avènement de la modernité ne sont pas plus une génération spontanée, que Luther et les réformateurs ne le furent à leur époque. Nous sommes toujours au bénéfice des générations précédentes. La Réforme ne serait pas apparue sans la Chrétienté et la Renaissance. Il a bien fallu une Chrétienté, et même une Chrétienté déficiente à la fin de l’époque médiévale, pour qu’il y ait la Réforme. Il n’y aurait pas eu de Renaissance sans le trecento et le quattrocento de l’art italien et sans la prise de Constantinople par les Turcs qui a déclenché une véritable « chasse aux manuscrits » pour leur sauvegarde. Sans la Chrétienté et sans l’humanisme de la Renaissance Luther n’aurait pas été le réformateur qu’il a été. De même, sans Luther et la Réforme ouvrant la voie à la société décléricalisée et ouverte sur la liberté de conscience et le libre examen, qu’en aurait-il été du lent processus de la modernité qui aurait tardé ?

Un autre esprit brillant aurait fait le job, diront certains. Nous sommes d’accord, il fallait dans tous les cas passer par une Réforme de la société tenue par l’Eglise et donc : sans Réforme point de modernité.

La Réforme ne concerne ainsi, nullement que le seul protestantisme, mais correspond bel et bien à un mouvement de pensée, à une aventure d’idées, à une tournure de l’esprit Purgatoire. Et c’est sur ce point très important que je veux insister avant de conclure : Qu’est-ce qu’être protestant aujourd’hui ?

 

3. Ce qui fait le protestant

Etre protestant ne consiste pas du tout, comme le croient certains, à canoniser le catéchisme de Luther, de Calvin ou d’un des autres leaders du protestantisme. D’aucuns pensent qu’être fidèle à la Réforme consiste à conserver soigneusement les doctrines des réformateurs, ou encore leurs usages liturgiques. Depuis le dix-neuvième siècle les « orthodoxes » protestants affrontent les « libéraux » leur reprochant d’être infidèles à la Réforme et à la Bible. Les « vrais » protestants seraient (pour) ceux qui gardent le bon dépôt de Luther ou de Calvin.

Est-ce vraiment cela qui fait le protestant ? Telle n’est pas ma conviction. Etre protestant, c’est, ce me semble, avant tout et précisément, intégrer le mouvement de pensée, l’aventure d’idées, la tournure d’esprit qui a animé Martin Luther et à sa suite tous les réformateurs. Cette tournure d’esprit, cette aventure d’idées, ce mouvement de l’esprit, c’est celui que Jésus communique au travers de l’Evangile. Le plus grand réformateur, ce n’est pas Martin Luther, ou Jean Calvin, mais c’est Jésus de Nazareth. Car c’est lui qui, par sa prédication du Royaume des cieux, communique, insuffle le mouvement de pensée, l’aventure d’idées, la tournure d’esprit qui a fait de Luther et des réformateurs les passeurs d’une nouvelle période axiale.

« Le royaume des cieux, dit Jésus, est semblable à un filet jeté dans la mer et qui ramasse des poissons de toute espèce. Quand il est rempli, on le tire sur le rivage, puis on s’assied, on recueille dans des vases ce qui est bon et l’on jette ce qui est mauvais. ….. C’est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » (Mt 13.47-52).

Le Royaume des Cieux ne fabrique pas des « conservateurs », ni des « clones de Luther ou de Calvin », encore moins des « gardiens du temple » dont le job serait le maintien de l’héritage dans sa totalité. Il engage, tout au contraire, ceux qui (qui) le prennent au sérieux à être responsables, avisés, capables d’opérer un tri dans leurs filets, dans leurs héritages. Le protestant, le réformé, c’est celui qui sait opérer le tri de ce qui est nécessaire et de ce qui est inutile, voire pénalisant ou encombrant. C’est-à-dire celui qui sait discerner ce qui est encore valable et ce qui ne l’est plus.

Certes, ce n’est pas un tri sans critères, puisque le critère du tri c’est l’Evangile, véritable logiciel du Royaume des Cieux. Tout ce qui est conforme à l’Evangile – qui nous dévoile Dieu comme nul ne l’a jamais dévoilé et qui proclame sa grâce et sa bienveillance pour l’humain libre-sujet aimé de Dieu -, tout ce qui s’accorde avec l’Evangile, est utile, agréable et bon. Tout ce qui contredit l’Evangile ou le déforme, y compris dans la Bible et dans la théologie présente ou ancienne, est à laisser de côté. C’est sur ce critère que Luther a lui-même commencé à faire le tri dans les doctrines et croyances de sa génération et qu’il a ouvert la possibilité de faire advenir un autre monde. C’est aussi sur ce critère qu’aujourd’hui encore on est de la Réforme ou bien on n’ en est pas.

 

Conclusion

La Réforme n’est pas uniquement un événement ou un mouvement religieux du seizième siècle à entretenir et à conserver pieusement sur le modèle des conservateurs de musées. La Réforme c’est le mouvement que Jésus initie par l’Evangile. C’est ce mouvement qui est à l’origine de la fondation de l’Eglise chrétienne, et qui est également à l’origine de toutes les réformes dans l’histoire de l’Eglise. Celle du seizième siècle a produit une nouvelle civilisation, la nôtre, avec ses grandeurs et ses petitesses.

Etre protestants, vivre la Réforme, c’est vivre l’aventure d’idées, la tournure d’esprit, le mouvement de pensée, initiés par Jésus. C’est-à-dire : faire de l’Evangile le critère pour faire le tri dans nos croyances, dans les affaires de notre société et notre monde, dans notre Eglise bien sûr, sans oublier notre façon de vivre et d’être.

Sommes-nous de la Réforme ? Voulons-nous en être ? Telles sont au fond les deux questions vraiment pertinentes que nous posent ce 500ème anniversaire de la Réforme. C’est à chacun, bien sûr, de répondre dans son for intérieur.

Pasteur Bruno Gaudelet, Culte de la Réformation 2017

 

« Les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos fls, à perpétuité. » (Deutéronome 29.29) déclare celui du Ps 42. «  Pourquoi, se lamente Jérémie, pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle incurable, ne veut-elle pas se guérir ? Serais-tu vraiment pour moi comme une source de déception, comme une eau dont on n’est pas sûr ? » ose-t-il demander à Dieu (Jér 15.18).

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Exemple

Lectures bibliques :

Nombres 14.1-38 ; Luc 5.27-32 ; Corinthiens 10 ; Jacques 3

Introduction

« Les fils d’Israël murmuraient contre Moïse et Aaron » (Nb 14.2). « Les scribes et les pharisiens murmuraient contre Jésus » (Lc 5.30). « Ne murmurez pas comme murmurèrent certains hébreux qui périrent dans le désert par l’exterminateur » écrit Paul aux Corinthiens (1Co.10.10).

Le terme grec « gogguzô » que l’on traduit par « murmurer » indique, d’après le dictionnaire Bailly, l’action de : « grommeler », « grogner », « dire quelque chose tout bas », « se plaindre ».

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Exemple

Le Dieu du buisson ardent et la foi monothéiste

 La scène du buisson ardent d’Exode 3 est gravée dans la mémoire collective de l’humanité. D’autant plus gravée, d’ailleurs, que Cécil B. DeMille l’a portée à l’écran avec son film « Les 10 commandements ». Qui ne se souvient, en effet, de l’interprétation charismatique de Charlton Heston incarnant Moïse et de la voix grave de Dieu sortant du buisson ardent pour déclarer à Moïse : « ôte tes sandales car l’endroit où tu te trouves est une terre sainte » ?

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