Le passage vers la vie adulte : Isaac et Talitha koumi, la fille de Jaïrus

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Genèse 22.1-19, Lévitique 15.19-30, Marc 5.21-42

Nous avons réfléchi récemment sur le thème du passage qui s’opère pour chacun vers la vie adulte. Le récit de la ligature d’Isaac s’est dévoilé, dans le contexte de cette réflexion, sous un nouveau jour.

On regarde souvent ce récit comme un midrash, ou une métaphore, qui met en scène l’interdiction formelle pour les hébreux de pratiquer les sacrifices humains. Or des recherches récentes révèlent que le récit de Genèse 22 fut l’un des derniers textes à avoir été inclus dans le Pentateuque, vers le deuxième siècle avant Jésus-Christ. Soit à une période où le judaïsme du second temple était déjà théologiquement très évolué, aussi ne voit-on pas pourquoi il aurait été nécessaire d’inclure dans le canon un texte qui porte sur une telle leçon.

En revanche, lorsqu’on le reporte à la question du rapport entre les parents et les enfants, et notamment à la nécessité pour les parents de laisser grandir leurs enfants, ce récit de la ligature d’Isaac prend une tournure nouvelle. Une tournure, un sens éclairant, que je vais bien sûr résumer pour ne pas refaire la prédication de la semaine passée (que chacun retrouvera sur notre chaine YouTube) mais que je vais étayer avec un texte très parallèle du Nouveau Testament. En effet, en me demandant si le Nouveau Testament comptait un texte équivalent, j’ai tout de suite pensé au récit de la fille de Jaïrus et je vais montrer pourquoi.

I. Le sens de Genèse 22

Rappelons tout d’abord la problématique du passage progressif vers la vie adulte et la nécessité pour les parents de laisser précisément grandir leurs enfants. Psychologues et psychanalystes nous expliquent depuis longtemps que l’amour parental a tendance à surprotéger l’enfant et ne se rend pas toujours compte, que celui-ci grandit, qu’il lui pousse des ailes, et qu’il a besoin de plus d’autonomie pour devenir adulte. Lorsque le ou les parents ne se rendent pas compte, ou pas suffisamment compte que leur petits grandissent, ceux-ci en viennent parfois à se sentir aimés, certes, mais aussi un peu, voir beaucoup, étouffés.

Tout cela nous le savons tous intellectuellement, mais ce que nous savons intellectuellement ne touche pas toujours notre affectivité. Le récit de la ligature d’Isaac où Dieu réclame à Abraham de lui donner son fils peut être lu comme un récit où Dieu délie Isaac de ses parents pour qu’il devienne adulte.

L’amour parental peut, effectivement, ligoter les enfants et se révéler mortifère ; d’où l’image terrible de Genèse 22 où Abraham voue son enfant à la mort quoi que l’aimant par-dessus tout.

L’amour de Dieu qui proclame la liberté inconditionnelle de tout individu reconnu par Dieu comme responsable de lui-même, délie les enfants en les appelant à entrer dans une autre filialité que la filialité parentale : la filialité avec Dieu.

Abraham et Sarah doivent renoncer à ce que leur bébé reste un bébé, afin qu’Isaac devienne adulte. Le récit de la ligature d’Isaac est un récit qui raconte la nécessité d’un acte de passage qui marque le cheminement vers la vie d’adulte, afin que les parents prennent conscience que leurs petits ou leurs petites, ont grandi. Et pour que les jeunes gens s’engagent vers la vie adulte en prenant leur autonomie spirituelle.

De ce point de vue, il est intéressant de noter que la plupart des religions proposent un rituel, ou un acte de passage, pour que les adolescents soient reconnus en âge de s’approprier la foi ou la spiritualité qui est confessée. La sagesse des religions n’a pas attendu Freud et la psychanalyse pour réfléchir aux rapports de l’humain à son milieu. Dans les évangiles, c’est le récit de la résurrection de la fille de Jaïrus qui redit cette sagesse.

II. La fille de Jaïrus, Marc 5.21-42

Il s’agit là aussi d’un midrash, ou si vous préférez, d’un récit métaphorique. Jésus arrive dans un village et surgit devant lui un notable, Jaïrus, le chef de la synagogue, qui lui demande de venir guérir sa fillette. Jésus se met en route, mais curieusement l’évangéliste insère immédiatement le récit d’une femme âgée atteinte d’une perte de sang depuis 12 ans, ce qui correspond à l’âge de la jeune fille comme le révèle la fin du texte.

La femme touche Jésus discrètement du sein de la foule qui l’environne, or celui-ci ressent une puissance sortir de lui. Il s’arrête demande qui m’a touché ? Craintive, la femme atteinte du dérèglement menstruel se dénonce. Jésus la rassure et la guérit en l’appelant « sa fille », ce qui est étonnant de sa part, car non dans ses habitudes. Et plus étonnant encore de la part d’un homme d’une trentaine d’année s’adressant à une aînée.

L’histoire se poursuit. Des gens arrivent de chez Jaïrus, l’informant que sa fille est morte, mais Jésus  l’assure de ne pas tenir compte de ces paroles, d’être sans crainte, mais de croire seulement. Puis il se rend avec Pierre, Jacques et à Jean au chevet de la fille de Jaïrus. Arrivé sur les lieux, Jésus fait sortir tout le monde de la maison, sauf les parents. Il saisit la main de la fille alitée, lui dit en araméen : Talitha koumi ; ce qui signifie « jeune fille », puis lui demande de se lever – c’est le sens du mot « egeiro » que nous traduisons par le terme « résurrection ». La jeune fille se lève, marche du haut de ses douze ans, dit le texte. Jésus réclame alors qu’on la nourrisse et exige le plus grand secret sur ce qui vient de se passer.

Durant des siècles on a interprété ce récit comme le compte-rendu d’un événement miraculeux. Ce n’est que récemment, sur le plan de l’histoire, dans les deux derniers siècles qu’il est apparu aux théologiens que les récits de miracles sont toujours des récits symboliques et métaphoriques, destinés à mettre en scène les guérisons spirituelles que l’Evangile produit pour notre être intérieur. Pour les comprendre et interpréter correctement ces récits, il faut les décrypter à partir de leurs signifiants. Or, le récit de la fille de Jaïrus, qui prend en sandwich le récit de la femme à la perte de sang, se lit sur le plan d’une relation père-fille étouffante pour la fille :

  • Premier signifiant, qui nous met sur la piste du décryptage, Jaïrus parle de sa fille comme une « fillette » : verset. 23 « ma fillette est à toute extrémité, viens la guérir. » Au verset 41 Jésus, lui, l’appelle « jeune fille » « Talitha koumi ».
  • Deuxième signifiant, la femme atteinte de perte de sang offre l’exemple d’une femme qui est blessée précisément dans sa féminité. Déjà la Loi de Moïse considérait comme « impure » la femme menstruée (Lev 15.19-30) alors imaginez ce qu’il pouvait en être pour la femme atteinte d’une perte de sang continue.
  • Troisième signifiant, Jésus guérit la femme et l’appelle « ma fille » ce qui constitue une reconnaissance publique de sa féminité et une valorisation de la femme qu’elle est.

III. Décryptage

A partir de là tout s’éclaire. Jaïrus ne parvient pas à voir que sa fille devient une femme. Pour lui, elle est et reste sa « fillette », son « bébé » (en grec le terme « korasion » – tiré de « Korê » signifie « jeune fille » ou « jeune vierge » – signifie « fillette » ou « petite fille ») . Son amour parental est intense, mais il étouffe la « jeune fille » qui veut éclore et n’y parvient pas ce qui sape son envie de vivre et la rend mortifère. Talitha koumi se meurt, tout comme Isaac offert, lié, sur l’autel paternel.

En saisissant sa main, et en reconnaissant publiquement son statut de « jeune fille », Jésus la délivre de cette morbidité où la plonge la non-reconnaissance de ce qu’elle est : une jeune fille, en âge d’être réglée et d’être reconnue comme femme à part entière. Le récit du « relèvement » de la fille de Jaïrus fonctionne comme le récit de la ligature d’Isaac. Il invite les parents à admettre consciemment que leur enfant  passe vers la vie adulte.

C’est exactement le rôle sociologique des rituels de passage dans la plupart des religions, en tout cas dans les religions monothéistes mais également bien au-delà. La Bar Mitsva ou la bath Mitsva pour les juifs, la confirmation pour les catholiques, l’accueil à la table de la communion pour les protestants, l’initiation au jeûne du ramadan et aux autres piliers de l’Islam pour les musulmans, sont des rituels de passage qui ont pour but de signifier le passage des jeunes vers la vie adulte, d’inviter les parents à reconnaître que leurs petits ont grandi, de signifier aux jeunes gens et les jeunes filles qu’ils sont en âge de s’approprier pour eux même la foi de leur communauté religieuse.

En conclusion

        On le voit, la Bible lie en ses deux Testaments la sagesse et la foi dans un même mouvement d’intelligence qui fait d’une pierre deux coups :

1. elle met en scène la nécessité pour les parents de reconnaitre le passage de leur enfant vers la vie adulte.

2. elle invite les enfants à devenir adulte sur le plan spirituel en se déterminant pour Dieu pour leur propre compte, et non plus dans la lignée de leurs parents.

        Chers jeunes gens et jeunes filles accueillis à la table du Christ aujourd’hui, ne profitez pas de cette méditation pour réclamer plus d’autonomie à vos parents, en disant : « le pasteur a  dit que ». Mais saisissez pour vous-même la main que Dieu vous tend aujourd’hui. Bien loin d’être une autorité imposante au-dessus de vous Dieu et son Christ sont pour vous, jamais contre vous.

L’Evangile nous libère, nous délie, de bien des liens qui nous enserrent, et il ressuscite sans cesse nos vies ! Soyez libres et spirituellement ressuscités.

Pasteur Bruno Gaudelet

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Qu’est-ce que le bonheur ?      

Peut-on le définir ?

Que nous dit la Bible à ce sujet ?

Pour aborder cette thématique et réfléchir ensemble à notre bonheur, ou tout du moins à ses possibilités, je vous propose de comparer – à grands traits – la tradition philosophique grecque et la Bible, puis de voir si cette comparaison nous aide à répondre à la question posée en introduction de notre méditation : dépend-il de nous d’être heureux ? Commençons par l’étymologie et la tradition grecques.

I – La tradition philosophique

Les dictionnaires d’étymologie nous apprennent que les mots « bonheur »  et « heureux »  sont tirés du vieux mot « heur » qui fut dérivé du latin « agurium » et qui signifie « chance »  ou  « sort ». « Bon-heur », signifie littéralement « bon sort » et à « mal-heur » signifie : « mauvais sort ». Cette étymologie rejoint le sens commun qui identifie le bonheur avec la bonne fortune.

Au temps de Socrate, les Sophistes se faisaient champions de ce sens commun en affirmant que le bonheur dépend de la fortune ou de la chance qui permettent de jouir des plaisirs de la vie. Pour Socrate, Platon et Aristote, cette thèse ne résiste pas à l’examen approfondi des choses. Certes, ils admettent que l’infortune et les maux sont incompatibles avec le bonheur, mais le bonheur ne saurait se réduire, selon eux, à la fortune et à la satisfaction des plaisirs ; car le plaisir est éphémère et sa quête est insatiable, infinie. Celui qui s’y livre constate très vite que la quête du plaisir dénature en fait le plaisir et rend esclaves de leurs passions ceux qui s’y adonnent. Tout plaisir ne conduit d’ailleurs pas au bonheur. Il arrive même assez souvent qu’un plaisir entraine  l’insatisfaction et une série de frustrations. Selon Socrate : pour qu’un plaisir contribue au bonheur, il doit être conforme à la vertu et à la morale ; notamment à la justice.

Or, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, Epicure s’accorde tout à fait avec ce point de vue. Il le laisse d’ailleurs très bien entendre dans sa lettre à Ménécée dont voici un extrait : « Quand nous disons, que le plaisir est le but de la vie, écrit Epicure, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent encore ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s’opposent à nous. Par plaisir, c’est bien l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve point dans d’incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et des autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans la tempérance, lorsqu’on poursuit avec vigilance un raisonnement, cherchant les causes pour le choix et le refus, délaissant l’opinion, qui, avant tout, fait le désordre de l’âme. » On le voit, Epicure est loin de prôner la jouissance. Le véritable plaisir est pour lui « absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme. » Cette définition du plaisir est particulièrement significative, car elle situe le bonheur dans la santé du corps et de l’âme. La quête du bonheur doit être la quête de ce qui est bon pour le corps et l’âme, ce qui exclut de laisser libre cours aux passions. Les passions de l’âme doivent rester sous contrôle  et  être tenues en bride de peur de manquer la sérénité du sage.

Cette visée est aussi celle des stoïciens pour qui la soumission aux passions de l’âme, qu’entraine la quête du plaisir, fait manquer à coup sûr « l’ataraxie », c’est-à-dire la quiétude de l’âme qui, seule, peut rendre un individu heureux. Quoi qu’éphémère le plaisir n’est pas en soi illégitime, estime Sénèque, le risque, cependant, qu’il excite les passions qui troublent l’âme et compromettent l’ataraxie, reste permanent. Sénèque préconise dès lors, non de chercher à supprimer les impulsions et les désirs, mais de redresser et de maîtriser les désirs par la vertu, afin de les faire participer à la recherche d’une vie conforme à la vraie nature de l’être humain.

En résumé on peut dire que les penseurs grecs se rejoignent dans leur compréhension du bonheur. Ni Socrate, ni Platon, ni Aristote, ni Epicure, ni même les stoïciens, n’excluent le plaisir et la fortune dans leur phénoménologie du bonheur, mais tous sont unanimes pour reconnaître que le bonheur ne peut se limiter à la fortune et à la satisfaction des plaisirs. Le bonheur implique certes, pour eux, la fortune et la satisfaction des plaisirs appropriés à la nature humaine, mais à condition que cette fortune et ces plaisirs soient conformes à la raison et à la vertu. Il apparaît en somme aux philosophes grecs que la raison et la vertu doivent-être impliquées dans l’avènement du bonheur.

Il s’agit ici d’un acquis majeur de la philosophie grecque qui n’a pas été dépassée, me semble-t-il, par les philosophies ultérieures. Les modernes n’y ont apporté aucun surplus, si ce n’est du côté de  la psychanalyse et de la sociologie. La première a mis en évidence que l’homme est un être de désirs et nous a appris à explorer le psychisme et les passions de l’âme. La seconde a mis en lumière les fonctionnements et les comportements sociaux.

Après ce bref survol d’Athènes, voyons ce qu’il en est de Jérusalem.

II – La Bible

Le mot hébreu « tov » signifie « bon », « bonnes choses », « bonheur » « beauté ». Tandis que le mot « ra’yah »» signifie « malheur », « méchanceté », « mal ». Dans le grec du NT le mot « makaria » signifie « bonheur », « félicité » et « makarios » signifie « heureux » ou « bienheureux » ; c’est ce mot que Jésus emploi dans les béatitudes de Matthieu 5.

Sur les 58 mentions du mot « bonheur » de la Bible, plusieurs rejoignent le sens commun de « bonne fortune », avec lequel raisonne la philosophie grecque. La naissance de Gad provoque, ainsi, la liesse de sa mère Léa qui s’exclame : « Le bonheur est venu ! » (Gn 30.11). Pour Job ses épreuves sont « malheur » et le bonheur s’est enfui (30.26). Pour le Deutéronome le bonheur consonne avec la prospérité, l’abondance de bien et la fécondité (30.9). Et c’est aussi le cas du Paul d’Actes 14.17 qui explique aux gens de Lystre que Dieu comble les humains par ses bienfaits, en donnant, du ciel, les pluies et les saisons fertiles et en comblant de nourriture et de bonheur dans le cœur. Cela dit, la plupart des mentions du mot bonheur dans la Bible correspondent au bonheur de connaitre Dieu (Ps 4.6), de vivre en sa présence (Ps 25.13, Actes 2.28.), ou de lui rendre un culte en sa maison ou du fond du cœur (Ps 65.4). La grâce de Dieu transporte aussi les croyants de la Bible dans le bonheur (Ps 32.1), de même que l’assurance de sa bienveillance, de son secours et de la joie de marcher avec lui (Ps 23).

Mais comme souvent, le Sage Qohéleth (l’Ecclésiaste) présente un discours plus philosophique, rejoignant ici ses homologues grecs. Le sage sait selon lui profiter des bonnes choses comme manger, boire et jouir de la vie, qui sont les fruits du travail et des efforts (4.8, 5.18), mais il ne se laisse pas prendre à la quête insatiable du plaisir qui conduit au dérèglement (2.1-11). C’est que le sage sait que telle n’est pas la voie du bonheur qui se trouve, au reste, sans cesse contrarié par le mal, les imbroglios de l’existence et la mort qui rend toute chose vaine (2.12-23, 4.8). Notons, au passage, que le bonheur n’est pas pour Qohéleth le souverain bien,  et encore moins le but de l’existence. Le souverain bien véritable est pour lui la relation intime et respectueuse avec Dieu (8.12-13). Or, c’est de ce souverain bien que découle un bonheur qui ne se réduit, certes pas, à la bonne fortune du sens commun, mais trouve un équilibre des passions et des appétits qui garde l’ami de Dieu dans une certaine constance, un réel contrôle de soi et des passions et dans une quiétude qui sait aussi se réjouir des bienfaits de l’existence (2.26 et 24).

Les auteurs bibliques présentent donc une vue du bonheur similaire aux grecs, mais ils incluent un référent que les grecs ignorent : « Dieu ».  Pour eux, le bonheur ne dépend en fait nullement des  possessions et des jouissances, mais de ce que l’on est devant et avec Dieu. Ainsi, alors que les grecs s’en remettent aux forces de la vertu et de la raison pour orienter la vie et même valider les plaisirs, les croyants de la Bible puisent, pour leur part, dans leur foi en Dieu qui éclaire la raison et la vertu et comble l’âme  en lui donnant   sa communion. Dans la logique biblique, c’est très bien de reconnaître qu’il faut modérer ses passions et résister à la quête insatiable des plaisirs pour ne pas en devenir esclave. Cependant, où trouver la force et la sérénité lorsque la Raison vacille ? Où trouver l’équilibre entre la jouissance légitime et l’excès dévastateur quand la Raison renonce ? Une seule réponse : dans la proximité de Dieu, car  c’est là que s’éduque la vertu et que s’affermissent la force, la sérénité et l’équilibre spirituel.

En Conclusion

La vie est faite de joies et d’épreuves, de réussites et d’échecs, de « chance » et de « malchance », il revient à chacun d’apprendre à construire son bonheur. « Construire » son bonheur est une affirmation étrange pour le sens commun qui lie le bonheur à la satisfaction des plaisirs ou à la fortune, mais telle est cependant la leçon des sages grecs et hébreux concernant le bonheur. Le bonheur n’est pas une fin en soi, mais le fruit d’une âme apaisée, sereine, tenant sous contrôle ses passions et sachant modérer ses ambitions, ses attentes et son indice personnel de satisfaction. Si la Raison est assurément un chemin possible pour atteindre cet équilibre, combien plus une Raison,  alliée et guidée par la foi, saura-t-elle  nous conduire pour trouver l’équilibre indispensable au bonheur ; que les jours soient difficiles ou favorables.

« Heureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaité ! » crie une femme à Jésus lors d’un de ses meetings. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » lui répond-il, pénétré par la sagesse hébraïque. « Heureux » « makarios », ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Enseignement du Maître à méditer régulièrement.           

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Intro culte numérique

Introduction

La Cène n’est pas pour nous protestants un rituel sacré, mais un signe visible de la grâce invisible, un symbole qui n’a aucune efficacité en lui-même, aucun sens si on ne partage pas la signification que l’Evangile y met et aucun intérêt si nous sommes étrangers à la foi que verse en nous l’Esprit de Dieu. Tout au contraire lorsqu’on y voit un symbole, la Cène est une prière en acte, qui réchauffe le cœur une participation à la Communion de l’Eglise, visible et invisible, locale ou virtuelle, avec Dieu qui rend proche le Christ-Jésus, elle est le signe de l’Alliance qui atteste, avec le baptême, de notre lien filial avec Dieu. C’est déjà dans cet esprit que nous entrons maintenant dans la première partie de notre temps de culte avec : la réflexion biblique.

Rappels théologiques

Pourquoi cette célébration numérique est-elle possible en terrain réformé ? Tout simplement parce que la théologie réformée estime, avec Jean Calvin, que les sacrements sont les signes visibles de la grâce invisible et non des espèces sacrées. Pour nous le pain reste du pain, le vin reste du vin, l’eau du baptême reste de l’eau, aucun changement de substance n’intervient lors de la célébration. Comme l’écrit Calvin, c’est la Parole de l’Evangile que nous rappelons qui revêt le pain, le vin ou l’eau du baptême de la signification qu’ils prennent dans et pour le moment de la célébration. Il ne s’agit pas de murmurer les Paroles de l’institution du baptême ou de la cène, comme on murmure une formule magique qui serait efficace en elle-même, explique Calvin. Mais il s’agit de donner aux signes le sens qu’ils prennent dans la symbolique du sacrement et dans la foi au Christ qui est l’œuvre de l’Esprit saint. Sans la foi et sans l’Esprit saint qui « besogne » dans notre cœur pour nous rassembler dans la communion, écrit joliment le réformateur de Genève : « les sacrements ne peuvent pas plus apporter aux esprits, que la lumière du soleil aux aveugles, ou une voix sonnante à de sourdes oreilles. » Autrement dit, si tu n’as pas en toi, cher.e  ami.e connecté.e, la foi que Jésus-Christ est Seigneur, mieux vaut mettre fin à ce direct du temple de Neuilly et rester simplement sur la méditation de la Parole. En revanche si tu crois dans ton cœur que Jésus-Christ est Seigneur, et si tu veux signifier à toi-même que l’humain ne vit pas de « pain » seulement mais également du « pain de vie » qu’est l’Evangile du Christ, le sacrement de la Cène sera lumière pour les yeux de ton esprit et parole de grâce pour ton cœur. Rasséréner par ces rappels, la communauté virtuelle, mais bien réelle, qu’est l’Eglise Réformée de Neuilly, se retrouve maintenant autour de la table du Christ que Dieu rend présent à notre cœur dans la communion de son Esprit. Tous ceux qui partagent cette foi sont les bienvenus autour de cette table qui n’est jamais la table d’une Eglise particulière mais la table du Christ.

Liturgie Cène

  • Préface :

Après avoir renouvelé dans nos cœurs la Bonne Nouvelle de L’Evangile, nous faisons mémoire de l’institution de la Cène :

  • Institution :

Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit: « Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi« . De même, après avoir soupé, il prit la coupe et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez« .

  • Prière d’invocation

Eternel nous faisons mémoire de la vie et de l’œuvre de ton Christ : il est notre Messie et guide.

Nous faisons mémoire de la Bonne Nouvelle de son message : il est notre libérateur.

Nous faisons mémoire de sa Pâques et de ses promesses : il est notre espérance !

En son nom nous te disons d’un cœur sincère et reconnaissant la prière qu’il nous a enseignée :

Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles, Amen.

·       Invitation :

Tout est prêt dit le Seigneur ! Tout est accompli ! Venez !

  • Fraction :

Le pain que nous rompons est la communion au Seigneur Jésus-Christ, et à son Evangile.

  • Elévation :

La coupe de bénédiction pour laquelle nous rendons grâces est la communion au Seigneur Jésus-Christ et à la promesse du Royaume où nous boirons le vin nouveau de l’Alliance réalisée.

  • Communion

Voici, dit Jésus je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre

j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi.

·       Action de Grâce (eucharistia)

Nous te rendons grâce, Seigneur, pour ce pain et ce vin signe et symbole de l’alliance fondée par Jésus-Christ. Nous te rendons grâce pour la Bonne Nouvelle de l’Evangile qui nous relève et nous fait vivre. Nous te rendons grâce pour ta Présence dans nos vies et les multiples soins de ta Providence. Renouvelle, nous t’en prions, nos forces, notre courage et inspire nos prières.

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1. Les sacrements

1) Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Le mot sacrement dérive du latin sacramentum qui apparaît dans la Vulgate (Bible latine) pour traduire le mot grec musterion d’où vient notre mot mystère. Saint-Augustin a fixé la définition des sacrements en expliquant qu’un sacrement « est un signe visible de la grâce invisible ». Jean Calvin précise pour sa part qu’un sacrement « est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour confirmer la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu » (Institution de la religion chrétienne (I.R.C), IV.xiv. 1). Un sacrement est ainsi un signe visible et un sceau de la grâce divine qui présente la grâce (c’est-à-dire la bienveillance, la mansuetude divine) à notre égard et scelle notre réconciliation avec Dieu.

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D’aucuns – notamment l’Église romaine – s’appuient sur le texte de Jacques 1.1315 « Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente-éprouve lui-même personne. » pour entreprendre la correction du Notre Père. C’est donc d’une certaine conception de Dieu que l’on part, et non du souci de traduire le texte précisément. Qu’en penser ? Regardons tout d’abord le sens des mots.

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