Calvin raconte sa conversion

Accueil Activités Articles Calvin raconte sa conversion

Exemple

Calvin raconte sa conversion

Dans sa Préface à son Commentaire des Psaumes de 1557, Jean Calvin évoque sa conversion qui dû avoir lieu avant mai 1534 date à laquelle le futur réformateur de Genève se rend dans sa patrie de Noyon et renonce au bénéfice de la rente d’étudiant que lui avait accordé l’évêché (texte adapté d’après la traduction de la pléiade).

« Dès que j’étais jeune enfant, mon père m’avait destiné à la Théologie ; mais peu après, d’autant qu’il considérait que la science des lois communément enrichit ceux qui la suivent, cette espérance lui fit incontinent changer d’avis.

Ainsi cela fut cause qu’on me relira de l’étude de la Philosophie, et que je fus mis à apprendre les Lois ; auxquelles combien je m’efforçais de m’employer fidèlement, pour obéir à mon père.

Dieu toutefois par sa providence secrète me fit finalement tourner bride d’un autre côté.

Et premièrement, j’étais si obstinément adonné aux superstitions de la Papauté, qu’il était bien mal aisé qu’on me pût tirer de ce bourbier si profond. Par une conversion subite Dieu dompta et rangea à docilité mon cœur, lequel, eu égard à l’âge, était par trop endurci en telles choses.

Ayant donc reçu quelque goût et connaissance de la vraie piété, je fus incontinent enflammé d’un si grand désir de profiter. Encore que je ne quittasse pas du tout les autres études, je m’y employais toutefois plus lâchement.

Or je fus tout ébahi que devant que l’an passât, tous ceux qui avaient quelque désir de la pure doctrine, se rangeaient à moi pour apprendre, alors que je ne fisse quasi que commencer moi-même.

De mon côté, étant d’un naturel un peu sauvage et honteux, j’ai toujours aimé le calme et la tranquillité.

Je commençais donc à chercher quelque cachette et moyen de me retirer des gens : mais tant s’en faut que je vinsse à bout de mon désir, qu’au contraire toutes retraites et lieux à l’écart m’étaient comme écoles publiques.

Bref, cependant que j’avais toujours ce but de vivre en privé sans être connu, Dieu m’a tellement promené et fait tournoyer par divers changements, que toutefois il ne m’a jamais laissé de repos en lieu quelconque, jusques à ce que malgré mon naturel, il m’a produit en lumière, et fait venir en jeu, comme on dit.

Et de fait, laissant le pays de France je m’en vins en Allemagne de propos délibéré, afin que là je pusse vivre à l’écart en quelque coin inconnu, comme j’avais toujours désiré.

Mais voici, que cependant que je demeurais à Bâle, là comme caché et connu de peu de gens, on brûla en France plusieurs fidèles et saints personnages.

Le bruit en étant venu aux nations étrangères, ces brûlements furent trouvés fort mauvais par une grande partie des Allemands, tellement qu’ils conçurent un de l’hostilité contre les auteurs de telle tyrannie.

Pour l’apaiser, on fit courir certains petits livres malheureux et pleins de mensonges, [pour justifier] qu’on ne traitait ainsi cruellement que des Anabaptistes et des gens séditieux, qui par leurs rêveries et fausses opinions renversaient non-seulement la religion, mais aussi tout ordre politique.

Lors moi voyant que ces intrigants de Cour par leurs déguisements tâchaient de faire non-seulement que l’indignité de cette effusion du sang innocent demeurât ensevelie par les faux blâmes et calomnies desquelles ils chargeaient les saints Martyrs après leur mort, mais aussi que par après il y eût moyen de procéder à toute extrémité de meurtrir les pauvres fidèles, sans que personne en pût avoir compassion, il me sembla que sinon que je m’y opposasse vertueusement, dans la mesure de mes moyens, je ne pouvais m’excuser qu’en me taisant je ne fusse trouvé lâche et déloyal.

Et ce fut la cause qui m’incita à publier mon Institution de la Religion chrétienne : premièrement afin de répondre à ces méchants blâmes que les autres semaient, et en purger mes frères, desquels la mort était précieuse en la présence du Seigneur, puis après afin que d’autant que les mêmes cruautés pouvaient bientôt après être exercées contre beaucoup de pauvres personnes, les nations étrangères fussent pour le moins touchées de quelque compassion et sollicitude pour iceux.

Car je ne mis pas lors en lumière le livre tel qu’il est maintenant copieux et de grand labeur, mais c’était seulement un petit livret contenant sommairement les principales matières. [Mon intention était que] l’on fut averti quelle foi tenaient ceux … que ces méchants et déloyaux flatteurs diffamaient vilainement et malheureusement.

Or que je n’eusse point ce but de me montrer et acquérir bruit, je le donnais bien à connaître, par ce qu’incontinent après je me retirais de là [et que] personne ne sut … que j’en fusse l’auteur : ….

J’avais délibéré de continuer de même jusques à ce que finalement maître Guillaume Farel me retint à Genève, non pas tant par conseil et exhortation, que par une adjuration épouvantable, comme si Dieu eût d’en haut étendu sa main sur moi pour m’arrêter. »