Réflexion sur l’identité

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Réflexion sur l’identité

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Qui suis-je ? Qu’est-ce qui fonde mon identité ? Comment est-ce que je me vois, comment est-ce que je parle de moi ? La foi joue-t-elle un rôle concernant mon identité et la perception que j’ai de moi-même au sein d’un monde qui déshumanise parfois l’individu et le réduit à ses réussites ou à ses échecs ? Telles sont les questions que pose la thématique de l’identité abordée par la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie ou encore la théologie qui emprunte des éléments à toutes ces disciplines, en regard de l’aspect théologique propre.

I. Les différents niveaux où se joue notre identité

Notre identité se joue sur au moins quatre niveaux qui doivent être relevés d’emblée :

A – L’ identité génétique :

– Je suis génétiquement un individu XY ou XX,

– avec un patrimoine génétique particulier,

– une certaine taille,- une couleur de peau et de cheveux donnée,

– des traits de caractère ou de morphologie identifiables,

– et d’autres choses encore qui sont liées à la biologie et à la génétique.

B – L’identité sociale constitue un autre niveau :

– Je suis né quelque part,

– mes origines se situent dans tel peuple ou au croisement de différents peuples,

– je possède une ou plusieurs nationalités,

– j’ai été élevé dans tel milieu social,

– Je parle telle et telle langues,

– J’exerce ou j’ai exercé telle profession ou telle activité,

– je suis marié, célibataire, divorcé, veuf ou veuve,

– j’ai un ou des enfants, je n’en ai pas ou j’en ai adoptés, etc. (peuvent être cités ici bien d’autres points qui sont liés à ma condition sociale, à mon âge, à mon histoire et à ma façon de vivre dans la société).

C – Un troisième niveau d’identité se situe sur le plan existentiel (ou psychologique diraient les psy).

C’est le niveau du ressenti et de la façon dont j’habite et ressens mon existence :

– Je me ressens de tel milieu social,

– de telle orientation sexuelle,

– de telles convictions religieuses, philosophiques ou politiques,

– de telle ou telle appartenance culturelle,

– de telle affinité idéologique,

– c’est ici aussi que je me confronte avec mon histoire et mon vécu, et que se forge ma personnalité.

D – Le quatrième niveau – de facture philosophique et théologique – est celui de « l’identité absolue ».

Il s’agit du niveau d’identité où l’être humain est perçu, de par sa valeur et sa dignité inaliénable, comme non réductible à ses actes et productions.

C’est ici le fondement de l’humanisme qui établit que nul ne peut être réduit à ses œuvres, bonnes ou mauvaises, à ses origines ou sa condition sociale. La personne humaine reste plus grande que ses réalisations sociales, historiques et existentielles.

II. Analyse

Sur le plan phénoménologique, il est manifeste que le quatrième et le premier niveau d’identité relèvent de la permanence. L’identité génétique et l’identité absolue ne sont nullement susceptibles de variations.

Mon patrimoine génétique reste ce qu’il est. Je suis homme avec deux chromosomes XY ou une femme avec les chromosomes XX. L’hérédité génétique qui m’a été transmise est permanente tout comme l’identité absolue qui assure qu’un humain reste indéniablement un humain avec une dignité, des droits et des devoirs.

Tout au contraire les niveaux 2 et 3 d’identité comportent des éléments permanents et des éléments variables et changeants.

– Sur le plan de l’identité sociale mes lieu et date de naissance, mes origines, relèveront de la permanence, mais je peux acquérir une nouvelle nationalité, changer de statut social, professionnel, matrimonial, parental, etc.

– De même sur le plan de l’identité existentielle (ou psychologique) un certain nombre de traits de caractères et d’éléments de ma personnalité resteront permanents tout au long de ma vie. Ils contribueront à l’unité reconnaissable de ma personne et me rendront identifiable à moi-même et à autrui, mais d’autres traits de caractères évolueront, se durciront ou s’affineront.

Ma personnalité peut ainsi connaître des évolutions au point que certains diront ne pas me reconnaître. Mes orientations et appartenances politiques, religieuses, philosophiques, culturelles, idéologiques comporteront certainement des traits permanents, mais également de la nouveauté et du changement. Même l’orientation sexuelle est susceptible d’évolution et de changement.

Pour évoquer la permanence et le changement au sein des niveaux deux et trois de l’identité, le philosophe Paul Ricoeur propose de parler de l’identité idem (mêmeté) et de l’identité ipse (Cf. Soi-même comme un autre, Paris, 1997, Seuil).

1) L’identité idem correspond à tout ce qui m’est donné dès ma naissance ou qui me constitue et qui ne change pas tout au long de ma vie.

2) L’identité ispe, désigne au contraire tout ce qui est sujet au changement et à la nouveauté au sein de mon identité.

3) L’identité idem : c’est l’identité qui permet précisément de m’identifier au fur et à mesure des temps et des époques. C’est par elle qu’on me reconnaît et que je me ressens unifié au fur et à mesure de mes âges.

4) L’identité ipse : c’est l’identité qui se construit peu à peu à la faveur des rencontres, des événements, du vécu et donc plus particulièrement à la faveur des relations avec les autres et du monde qui m’environne.


Conclusion : Identité narrative et rôle de la foi.

Sur les plans 2 et 3 notre identité comporte de la permanence et de la nouveauté et donc du changement. Or, tout changement, toute nouveauté, entraîne déstabilisation, remise en cause, fragilité, parfois perte de repères, angoisse, dépression, etc. L’identité des personnes s’en trouve parfois bouleversée, voire déstabilisée. La stabilité revient lorsque les personnes arrivent à reconfigurer les nouveaux éléments avec les éléments permanents. Or, c’est par la narration de soi que se reconfigurent les éléments permanents et changeants. La façon dont nous nous racontons ou racontons notre histoire et les éléments que nous sélectionnons, ne sont pas anodins.

C’est en nous racontant que nous parvenons à faire émerger notre identité et à répondre à la question : qui suis-je ? Nous sommes ce que nous narrons de nous-mêmes. Une personnalité optimiste ou une personnalité équilibrée aura tendance à sélectionner des éléments positifs capables de renvoyer une image apte à assumer les échecs et les épreuves. Une personnalité pessimiste ou dépressive aura tendance à se focaliser sur les éléments négatifs ou éprouvants de l’existence (réels ou exagérés).

L’identité se construit par la narration de soi, aussi est-il important d’apprendre à se raconter de façon équilibrée en évitant de sélectionner uniquement nos tares, malheurs, insuffisances et échecs, mais en incluant aussi nos capacités, talents, réussites et bonheurs. L’identité narrative (largement mise en lumière par le philosophe Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre) met ainsi en évidence le fait que nous sommes des êtres relationnels et que c’est dans la relation aux autres que je dis qui je suis.

La foi joue-t-elle un rôle concernant l’identité et la perception que nous avons de nous-mêmes au sein d’un monde qui déshumanise parfois l’individu et le réduit à ses réussites ou à ses échecs ?

Certes, si par « foi » nous entendons un système de croyances plus ou moins doctrinales, je doute fort que cette « foi » dépasse le niveau d’identité sociale. En revanche, si le mot foi désigne pour nous la « relation personnelle » avec Dieu qui fonde la conviction que tout être humain possède devant Dieu une valeur absolue que rien ne peut altérer et qui rend la personne plus grande que ses œuvres (bonnes ou mauvaises), alors oui, je pense que cette foi devient un élément fondateur pour l’identité. C’est peut-être même ici le plus sûr repère contre l’adversité et l’instabilité inhérentes à notre être.

Bruno Gaudelet