La Cène et le baptême, signes visibles de la grâce invisible

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Exemple

La Cène et le baptême, signes visibles de la grâce invisible

Publication mise en avant

1. Les sacrements

1) Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Le mot sacrement dérive du latin sacramentum qui apparaît dans la Vulgate (Bible latine) pour traduire le mot grec musterion d’où vient notre mot mystère. Saint-Augustin a fixé la définition des sacrements en expliquant qu’un sacrement « est un signe visible de la grâce invisible ». Jean Calvin précise pour sa part qu’un sacrement « est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour confirmer la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu » (Institution de la religion chrétienne (I.R.C), IV.xiv. 1). Un sacrement est ainsi un signe visible et un sceau de la grâce divine qui présente la grâce (c’est-à-dire la bienveillance, la mansuetude divine) à notre égard et scelle notre réconciliation avec Dieu.

2) Combien de sacrements les églises de la Réforme reconnaissent-elles ?

Les églises de la Réforme reconnaissent pour sacrements le baptême et la Cène. En effet, seuls le baptême et la Cène trouvent leur fondements dans le Nouveau Testament et y sont nettement institués comme signes visibles de la grâce invisible.

3) Comment les signes deviennent-ils des sacrements ?

C’est la Parole biblique qui fait que les signes deviennent des symboles de la grâce en Jésus-Christ. Certes, explique Calvin, il ne s’agit pas de murmurer les Paroles de l’institution du baptême ou de la cène, comme on murmure une formule magique qui serait efficace en elle-même. Mais il s’agit de donner aux signes le sens qu’ils revêtent dans la dynamique de la foi. En fait, il ne s’agit pas seulement de prononcer la Parole, mais avant tout de la croire, car c’est la foi qui s’approprie la grâce signifiée dans le sacrement. Or, la foi procède de l’Esprit Saint, puisque c’est lui qui donne la foi et qui rend efficace l’espérance des croyants (Jn.16.5ss; Rm.8.15ss). C’est donc la Parole biblique et l’Esprit de Dieu qui font le sacrement et qui le rendent efficace pour le croyant (I.R.C.IV xiv 4, 5, 7,9).

4) Les sacrements sont-ils de simples symboles ?

« Je veux, écrit Calvin, que les lecteurs soient avertis que si j’attribue aux sacrements l’office de confirmer et augmenter la foi, ce n’est pas que j’estime qu’ils aient une vertu perpétuelle de le faire, mais parce qu’ils sont institués de Dieu à cette fin. Au reste ils produisent leur efficace, quand le Maître intérieur des âmes y ajoute sa vertu, par laquelle seuls les cœurs sont percés, et les affections touchées pour donner entrée aux sacrements. Si celui-là fait défaut, ils ne peuvent pas plus apporter aux esprits, que la lumière du soleil aux aveugles, ou une voix sonnante à de sourdes oreilles. Ainsi, je mets cette différence entre l’Esprit et les sacrements : je reconnais que l’efficacité réside en l’Esprit, ne laissant rien de plus aux sacrements, sinon qu’ils soient des instruments dont le Seigneur use envers nous, et des instruments tels qu’ils seraient inutiles et vains sans l’opération de l’Esprit ; néanmoins qu’ils sont pleins d’efficace quand l’Esprit besogne par-dedans » (I.R.C IV xiv 9). Ainsi, pour Calvin, les sacrements n’ont aucune puissance ou efficacité en eux-mêmes. Ils sont et restent des signes, des symboles, qui n’ont pas d’efficacité sans l’action de l’Esprit Saint. En revanche lorsque l’Esprit travaille dans le cœur du croyant, ils deviennent dans l’événement de la foi du croyant, des signes et des sceaux de la grâce (bienveillance) de Dieu.

5) De quel ordre est cette efficacité ?

Les sacrements sont efficaces pour les consciences parce qu’ils rendent témoignage efficacement du Christ et de son message.

Les sacrements sont efficaces lorsque l’Esprit les présente au cœur croyant comme les signes et les sceaux de la grâce en Christ. Ce n’est ainsi uniquement lorsque l’Esprit agit sur le cœur et l’esprit du croyant que la théologie réformée y voit des signes visibles donnés par Dieu pour fortifier la foi et faire grandir le croyant dans son assurance de l’amour de Dieu. Sans la foi, on mange du pain, on boit du vin et on reçoit simplement de l’eau sur soi. Ce n’est que par la foi que le pain, le vin et l’eau deviennent des signes visibles de la grâce invisible. Ainsi, bien qu’elles divergent entre elles au sujet des sacrements, les églises de la Réforme s’accordent pour reconnaître que les symboles chrétiens ne doivent pas être confondus avec la réalité qu’ils représentent.

2. Le baptême

  1. Le baptême est le signe de la Nouvelle Alliance avec Dieu. Il a remplacé dans l’Eglise la circoncision, Colossiens 2.10-13 :

10  Et vous avez tout pleinement en lui (Christ), qui est le chef de toute principauté et de tout pouvoir. 11  En lui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main des hommes; c’est-à-dire le dépouillement du corps de la chair; la circoncision du Christ. 12  Ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. 13 Vous qui étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses;

2. Le baptême représente l’union avec le Christ, mort et ressuscité, Romains 6.1-5 :

1 Que dirons-nous donc? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? 2  Certes non ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ? 3  Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Christ-Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? 4  Nous avons donc été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême, afin que, comme Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. 5  En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection.

3. Le « baptême d’eau » est le signe du « baptême de l’Esprit », Actes 19.1-7 :

1 Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir traversé les hauteurs du territoire, se rendit à Éphèse. Il rencontra quelques disciples et leur dit : 2  Avez-vous reçu l’Esprit Saint quand vous avez cru ? Ils lui répondirent: Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y ait un Esprit Saint. 3  Il dit: Quel baptême avez-vous donc reçu? Ils répondirent: Le baptême de Jean. 4  Alors Paul dit: Jean a baptisé du baptême de repentance; il disait au peuple de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. 5  Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. 6  Paul leur imposa les mains, et le Saint-Esprit vint sur eux; ils se mirent à parler en langues et à prophétiser. 7  Tous ces hommes étaient au nombre de douze environ.

4. Le baptême de l’Esprit était annoncé par Jean-Baptiste, Matthieu 3.1-12

1 En ce temps-là parut Jean-Baptiste, il prêchait dans le désert de Judée. 2  Il disait: Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche…. 5  Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région du Jourdain, venaient à lui, 6  et ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain en confessant leurs péchés. … Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales. Lui vous baptisera d’Esprit Saint et de feu. 12  Il a son van à la main, il nettoiera son aire, il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. 

5. Synthèse :

Le baptême est un symbole, le symbole du baptême de l’Esprit qui fait naitre de nouveau (Jean 3) et qui sanctifie la conscience des œuvres mortes (Actes 2.38, Hébreux 6.1-2).

Il renvoie à l’alliance que Dieu conclut avec nous en Jésus-Christ.

Il n’est pas le signe de notre foi, mais le signe que Dieu nous a aimés le premier.

L’eau, qui symbolise l’ensevelissement de la vieille nature humaine, puis l’avènement d’une vie nouvelle, revoie au récit de la délivrance de la servitude des hébreux sous l’emprise du pharaon. L’Exode du pays d’Egypte est un midrash catéchétique mettant en scène par la voie de la narration : l’expérience croyante de la foi monothéiste. Pharaon représente la volonté de puissance et de domination qui veut asservir le monde à son service : bref le péché et le mal. Moïse et le peuple hébreu symbolisent l’aspiration à la délivrance pour une vie authentique. A la lumière de cette élucidation, on comprend que l’Evangile de Jésus constitue une réinterprétation et une mise à jour de ce paradigme de l’Exode. Jésus est un nouveau Moïse, conduisant son peuple vers une nouvelle terre promise : le Royaume des cieux. La vie chrétienne se déroule dans le cadre du « désert » où il y a des serpents brûlants et des épreuves, mais également des bénédictions et des signes visibles de la grâce invisible de Dieu. La Cène est l’équivalent de la manne (Jean 6), le baptême est équivalent de la traversée de la mer rouge où le vieux pharaon inique en nous (le vieil humain de Paul) est noyé pour qu’émerge la vie nouvelle signifiée par les midrashs de la Résurrection. L’Evangile et les sacrements participent de la réinterprétation chrétienne du paradigme monothéiste de l’expérience de Dieu par la foi.

Vivre en alliance avec Dieu, c’est entrer dans une vie nouvelle où Dieu est reconnu comme Dieu et où le croyant cherche à vivre l’Evangile en communion avec Dieu, le Christ-Jésus et l’Eglise.

3. La Cène

  1. La cène a été instituée par Jésus comme un repas faisant mémoire de lui et de sa passion, 1 Corinthiens 11.23-26 :

23 Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain 24  et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit: Ceci est mon corps, qui est pour vous; faites ceci en mémoire de moi. 25  De même, après avoir soupé (il prit) la coupe et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. 26  Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

La Cène (repas du soir en latin) est un repas mémorial qui symbolise la communion avec Jésus et le Père céleste, mais aussi avec ceux qui partagent le repas (l’Eglise). Dans la Bible « manger un même repas » c’est communier ensemble.

2. La Cène est un repas de communion qui implique notre assentiment à Christ et à l’Evangile :

Le fait que le pain et le vin dont on se nourrit représente Jésus signifie que nous sommes en « communion d’esprit » avec lui, c’est-à-dire « en accord avec son message » et « parti-prenant de sa mission qui est de vivre et répandre l’Evangile ». C’est pourquoi, prendre la Cène implique notre adhésion à l’Evangile de Jésus-Christ. 1 Corinthiens 11.27-33 : 27  C’est pourquoi, celui qui mangera le pain et boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. 28  Que chacun donc s’examine soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; 29  car celui qui mange et boit sans discerner le corps (du Seigneur), mange et boit un jugement contre lui-même.

La Cène n’est pas un repas ordinaire, celui qui n’y voit que du pain et du vin et ne discerne pas le sens spirituel du pain et du vin (le Christ et son message) « mange et boit un jugement contre lui-même ». Autrement dit, ce n’est pas la communion avec Dieu qu’il trouve dans le symbole, mais un appel à se convertir et à changer de voies.

3. La présence du Christ dans la Cène est spirituelle

Lorsque Jésus déclare « ceci est mon corps » et « ceci est mon sang » il est autour de la table avec ses disciples. Le pain et le vin de la Cène relèvent par conséquent du symbole. La foi Réformée repousse l’idée que la substance du pain et du vin serait changé en substance du Christ. La Cène ne relève pas de l’alchimie, mais un du symbole. En grec « sun balein » signifie « donné avec ».

Puisque c’est l’Esprit de Dieu qui rend présent et proche Jésus, la foi Réformée croit que la Présence de Jésus en son Eglise est spirituelle. Cette présence se manifeste par la foi qu’ouvre et nourrie en nous la prédication de l’Evangile et le témoignage intérieur de l’Esprit, et par la célébration des sacrements bu baptême et de la Cène qui attestent au cœur croyant son union avec Jésus-Christ.

4. Comme le baptême la cène est un signe d’Alliance avec Dieu, elle marque elle aussi la Nouvelle Alliance inaugurée par Jésus-Christ.

Le baptême est reçu une seul fois Ephésiens 4:5 : il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, et il ne se confirme pas. Voir à ce sujet sur ce site : https://www.erf-neuilly.com/confirmation-ou-communion-regard-sur-la-theologie-des-sacrements/#more-701

La Cène, elle, se renouvelle continuellement, comme le besoin de nourrir notre âme et notre esprit. Elle symbolise la Communion toujours renouvelée avec Dieu, le Christ et les frères et sœurs de l’Eglise.

5. La forme des éléments de la Cène relève-t-elle des adiaphoria (choses indifférentes) ?

Oui. La théologie réformée ne regarde pas à l’extériorité des signes, mais à la réalité qu’ils indiquent et signifient.

Il importe bien peu selon Calvin que le pain soit fait avec du levain ou non, que le vin soit rouge ou blanc, que les fidèles prennent le pain en la main ou qu’ils le partagent entre eux, car tout cela n’a pas d’importance, écrit-il, « Dieu a laissé ces choses à la liberté de l’Eglise » (I.R.C. IV xiv 4 et xvii 43).

Certes, puisque la réalité signifiée est liée aux signes, Calvin entend à ce que l’on ne dépouille pas les signes de leur signification.

Pour la Cène, il faut du pain et du vin. Et pour le baptême, il faut de l’eau. Néanmoins, de même que ce n’est pas la quantité d’eau qui fait le baptême, ce n’est pas non plus l’aspect ou la forme de la coupe ou du pain qui fait la cène (utiliser une « coupe multiple » avec petits gobelets n’est ainsi aucunement un problème pour la théologie calviniste).

4. L’Eglise et la vie chrétienne

  1. L’Eglise est ce peuple qui marche avec Dieu vers son royaume. L’allégorie de l’Exode d’Israël (Voir le livre de l’Exode, puis Nombre et Deutéronome) fournit une belle image de ce nouvel exode. En effet :

– De même que les Hébreux étaient esclaves en Egypte ; de même nous sommes esclaves de nous-mêmes, de notre égocentrisme, de notre orgueil et de ce que la Bible appelle le péché.

Note : Pour la Bible le péché c’est se séparer de Dieu pour être son propre dieu, dire soi-même ce qui est le bien et le mal, fabriquer sa propre vérité à partir de soi-même. De là découle les péchés, c’est-à-dire les fautes contre Dieu, les prochains ou soi-même.

– De même que Dieu a envoyé aux Hébreux un Messie : Moïse,  pour les délivrer, les faire sortir de l’esclavage, et les conduire vers une terre promise ; de même il nous a envoyé un Messie : Jésus-Christ, pour nous délivrer, nous faire sortir de notre esclavage et nous conduire vers son royaume.

– Le passage au travers de la mer rouge symbolise la purification de l’esclavage de l’Egypte pour les hébreux, et la fête de la Pâque célèbre cette délivrance ; de même notre baptême marque la purification de notre esclavage, et la Cène célèbre et marque notre communion avec Dieu.

– La marche du peuple d’Israël dans le désert symbolise la marche de l’Eglise au milieu des épreuves, mais aussi des bénédictions qui nous sont accordées (oasis, manne, cailles, …).

– Israël marchait vers la terre promise guidé par Moïse. Les chrétiens marchent vers le Royaume du Père (notre terre promise) vers lequel le Christ nous guide et nous conduit.

5.   Convictions Reformées

A Dieu seul la gloire

Rien n’est sacré ou absolu en dehors de Dieu. Les Protestants contestent le caractère absolu de toute entreprise humaine. Au nom d’un Dieu de liberté, ils proclament la liberté de conscience de tous les êtres.

La grâce seule

La grâce est l’amour gratuit et originel de Dieu pour l’humanité. Indépendamment de ses mérites, l’être humain est déjà sauvé. Cette confiance de Dieu le rend responsable. Ainsi aimé, l’homme est apte à aimer son prochain.

La Foi seule

La Foi naît de la rencontre de l’être humain avec Dieu. Elle peut être l’issue – ou aussi le début – d’un chemin difficile mais jamais inaccessible.

La Bible seule

La Bible est la seule autorité reconnue des Protestants qui y voient le livre d’une humanité juive et chrétienne se voulant reliée à Dieu. L’intelligence de son message aujourd’hui provient des efforts de toutes les Églises dans le respect de leur diversité.

Des Églises toujours à réformer

Les Églises rassemblent tous ceux qui se reconnaissent dans le Dieu de Jésus-Christ, notamment par le baptême et la Cène. En tant qu’institutions, elles n’exercent pas de médiation entre les fidèles et Dieu. Communautés humaines, elles évoluent sans cesse au rythme de l’humanité.

Le Sacerdoce Universel

Chaque baptisé a une place identique dans l’Église, qu’il soit laïc ou pasteur ; ce dernier n’est pas un personnage à part mais celui ou celle à qui sa formation théologique permet d’animer la communauté. Le témoignage de la foi et de l’engagement dans le monde est donc le devoir de tous les Protestants membres des Églises

Pasteur Bruno Gaudelet