Confirmation ou Communion ? Regard sur la théologie des sacrements

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Exemple

Confirmation ou Communion ? Regard sur la théologie des sacrements

Etude sur les sacrements

Introduction

Les églises réformées françaises (et les pasteurs) formulent au sujet de l’accueil des jeunes à la Cène des avis divergents.

Confrontés communément aux usages de l’église catholique, la population protestante se définit assez souvent encore par comparaison ou analogie avec l’église sœur toujours dominante en France ; un peu, finalement, à l’exemple des médias qui utilisent le terme « messe » à la place du mot « culte » et qui font du « pasteur » un clerc équivalent au « curé », alors même que la Réforme a aboli la prêtrise et remis à l’honneur le sacerdoce universel des chrétiens.

C’est aussi sur ce mode de la comparaison que l’accueil des catéchumènes à la Cène n’a pu se défaire au cours des siècles du titre de « confirmation ».

Il est vrai que confirmation catholique ou accueil protestant à la Cène constituent sociologiquement des « actes de passage » destinés à intégrer les jeunes dans la communauté.

« Actes de passage » ne signifie toutefois pas équivalence de sens. La bar mitzvah et la bat mitzvah sont l’acte de passage pour les jeunes au sein des communautés juives, mais leur sens théologique n’est pas comparable à la confirmation catholique ou à l’accueil protestant à la Cène.

Plutôt, donc, que de faire de la confirmation catholique ou de l’accueil protestant à la Cène uniquement des équivalents sociologiques, il importe de discerner ce qui distingue les deux types « d’actes de passage ».

Pour y voir plus clair, un petit survol de la théologie réformée des sacrements s’impose.

1)    Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Le mot sacrement dérive du latin sacramentum qui apparaît dans la Vulgate (Bible latine) pour traduire le grec musterion d’où vient notre mot mystère.

A la suite de Saint-Augustin, Jean Calvin explique qu’un sacrement « est un signe visible de la grâce invisible » et il précise que le sacrement « est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour confirmer la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu » (Institution de la religion chrétienne (I.R.C), IV.xiv. 1).

Un sacrement est ainsi un signe visible et un sceau de la grâce divine qui présente la grâce (bienveillance) divine à notre égard et scelle notre réconciliation avec Dieu.

2) Combien de sacrements les églises de la Réforme reconnaissent-elles ?

Les églises de la Réforme reconnaissent pour sacrement le baptême et la Cène (Luther incluait l’absolution mais les églises luthériennes ne l’ont pas massivement suivi). En effet, seuls le baptême et la Cène trouvent leur institution dans le Nouveau Testament et sont nettement institués comme signes visibles de la grâce invisible.

3) Quelle est la fonction des sacrements ?

Le sacrement, écrit Calvin, est ajouté à la Parole pour la signifier et la confirmer.

Selon le réformateur, le Christ a jugé utile de sceller nos consciences faibles et notre foi fragile par des signes visibles qui témoignent de la grâce invisible de Dieu (I.R.C. IV xiv 3 et 6).

4) Comment les signes deviennent-ils des sacrements ?

C’est la Parole biblique qui fait que les signes deviennent des symboles de la grâce en Jésus-Christ.

Certes, explique Calvin, il ne s’agit pas de murmurer les Paroles de l’institution du baptême ou de la cène, comme on murmure une formule magique qui serait efficace en elle-même. Mais il s’agit de donner aux signes le sens qu’ils revêtent dans la dynamique de la grâce.

En fait, il ne s’agit pas seulement de prononcer la Parole, mais avant tout de la croire, car c’est la foi qui s’approprie la grâce signifiée dans le sacrement.

Or, la foi procède de l’Esprit Saint, car c’est lui qui donne la foi et qui rend efficace l’espérance des croyants (Jn.16.5ss; Rm.8.15ss).

C’est donc la Parole biblique et l’Esprit de Dieu qui font le sacrement et qui le rendent efficace pour le croyant (I.R.C.IV xiv 4, 5, 7,9).

5) Les sacrements sont-ils de simples symboles ?

« Je veux, écrit Calvin, que les lecteurs soient avertis que si j’attribue aux sacrements l’office de confirmer et augmenter la foi, ce n’est pas que j’estime qu’ils aient une vertu perpétuelle de le faire, mais parce qu’ils sont institués de Dieu à cette fin.

Au reste ils produisent leur efficace, quand le Maître intérieur des âmes y ajoute sa vertu, par laquelle seuls les cœurs sont percés, et les affections touchées pour donner entrée aux sacrements. Si celui-là fait défaut, ils ne peuvent pas plus apporter aux esprits, que la lumière du soleil aux aveugles, ou une voix sonnante à de sourdes oreilles.

Ainsi, je mets cette différence entre l’Esprit et les sacrements : je reconnais que l’efficacité réside en l’Esprit, ne laissant rien de plus aux sacrements, sinon qu’ils soient des instruments dont le Seigneur use envers nous, et des instruments tels qu’ils seraient inutiles et vains sans l’opération de l’Esprit ; néanmoins qu’ils sont pleins d’efficace quand l’Esprit besogne par-dedans » (I.R.C IV xiv 9).

Ainsi, pour Calvin, les sacrements n’ont aucune puissance ou efficacité en eux-mêmes. Ils sont et restent des signes, des symboles, qui n’ont pas d’efficacité sans l’action de l’Esprit Saint. En revanche lorsque l’Esprit travaille dans le cœur du croyant, ils deviennent dans l’événement de la foi du croyant, des signes et des sceaux de la grâce (bienveillance) de Dieu.

6) De quel ordre est cette efficacité ?

Lorsque Calvin ou les réformés parlent d’efficacité au sujet des sacrements, ils ne pensent pas à quelques pouvoirs magiques ou quelques puissances surnaturelles.

Selon eux, l’efficacité des sacrements est située sur deux niveaux :

a) Les sacrements sont efficaces pour les consciences parce qu’ils rendent témoignage efficacement du Christ et de son message.

b) Les sacrements sont efficaces lorsque l’Esprit les présente au cœur croyant comme les signes et les sceaux de la grâce en Christ.

Ce n’est ainsi uniquement lorsque l’Esprit agit sur le cœur et l’esprit du croyant que la théologie réformée y voit des signes visibles donnés par Dieu pour fortifier la foi et faire grandir le croyant dans son assurance de la grâce.

Sans la foi, on mange du pain, on boit du vin et on reçoit simplement de l’eau sur soi. Ce n’est que par la foi qui procède de la Parole et de l’Esprit, que le pain, le vin et l’eau deviennent des signes visibles de la grâce invisible.

Ainsi, bien qu’elles divergent entre elles au sujet des sacrements, les églises de la Réforme s’accordent pour reconnaître que les symboles chrétiens ne doivent pas être confondus avec la réalité qu’ils représentent.

Autrement dit, il ne faut pas confondre le signifié avec le signifiant. Lorsque l’on confond le signifiant avec le signifié, on en vient à identifier le pain et le vin de la Cène au véritable corps et sang du Christ (transsubstantiation) et l’eau du baptême avec la régénération.

Pour la Réforme, la substance du pain reste substance de pain, la substance du vin reste substance du vin et l’eau du baptême n’a pas la vertu de produire la régénération de l’âme. L’efficacité des sacrements vient du sens qui leur est reconnu dans la foi.

7) La forme des éléments de la Cène relève-t-elle des adiaphoria (choses indifférentes) ?

Oui. La théologie réformée ne regarde pas à l’extériorité des signes, mais à la réalité qu’ils indiquent et signifient.

Il importe bien peu selon Calvin que le pain soit fait avec du levain ou non, que le vin soit rouge ou blanc, que les fidèles prennent le pain en la main ou qu’ils le partagent entre eux, car tout cela n’a pas d’importance, écrit-il, « Dieu a laissé ces choses à la liberté de l’Eglise » (I.R.C. IV xiv 4 et xvii 43).

Certes, puisque la réalité signifiée est liée aux signes, Calvin entend à ce que l’on ne dépouille pas les signes de leur signification.

Pour la Cène, il faut du pain et du vin. Et pour le baptême, il faut de l’eau. Néanmoins, de même que ce n’est pas la quantité d’eau qui fait le baptême, ce n’est pas non plus l’aspect ou la forme de la coupe ou du pain qui fait la cène (utiliser une « coupe multiple » avec petits gobelets n’est ainsi aucunement un problème pour la théologie calviniste).

8) Le terme « confirmation » est-il acceptable pour l’accueil des primo communiants ?

Au contraire des églises réformées, la confirmation est pour l’église romaine un sacrement dont l’origine remonte au troisième siècle après J-C. Il inclut la profession de foi du jeune, puis l’onction par l’évêque (ou son délégué) du chrême symbolisant le don du Saint-Esprit.

Selon le catéchisme de l’église catholique, il s’agit d’un sacrement indispensable pour compléter l’efficacité du baptême : « Il faut donc expliquer aux fidèles que la réception de ce sacrement est nécessaire à l’accomplissement de la grâce baptismale (art. 1285).

En terrain réformé, cette théologie est tout simplement inacceptable. Non seulement, aucun autre sacrement que le Baptême et la Cène n’a été institué au fondement de l’église, mais le Baptême n’a surtout nullement besoin d’être confirmé.

Il est le signe visible par lequel Dieu nous marque de son sceau.

Il indique, non la foi ou l’engagement du croyant, mais la grâce et la bénédiction de Dieu qui nous précède.

Il est ineffaçable et inaltérable.

Le baptême symbolise une appartenance et une grâce plénière qui n’a besoin, ni d’être complétée, ni parachevée.

Continuer à appeler le premier accueil des jeunes à la Cène « confirmation » maintien donc une double ambiguïté.

1) Premièrement le terme laisse entendre que le baptême a besoin d’être confirmé, ce qui est théologiquement inacceptable.

2) Deuxièmement, c’est la cérémonie d’accueil à la Cène des primo communiants, et non plus la Cène, qui devient central ; ce qui n’est pas non plus acceptable, car on donne alors à la cérémonie de «confirmation», ce qui appartient à la symbolique de la Cène.

En effet, c’est la Cène qui symbolise en bonne théologie réformée l’appropriation du Christ-Jésus et qui constitue par conséquent la «réponse» à la grâce de Dieu représentée par le baptême.

Il ne s’agit pas de dire que la Cène confirme le baptême, car, ne craignons pas de le redire, le baptême n’a besoin d’aucune confirmation, mais il s’agit plutôt de reconnaître comme Calvin que le Baptême et la Cène «confirment» la Parole qui annonce et promet la grâce.

Le croyant n’est ainsi jamais un « confirmant » à la forme active (avec un « t »), mais il est « confirmé » (forme passive) dans la grâce divine par la Parole et les sacrements.

Tout comme la Cène, le Baptême « confirme » le croyant dans l’alliance de grâce et c’est en prenant la Cène que le chrétien répond à l’appel de Dieu et renouvelle sans cesse son engagement au sein de cette alliance qui l’unit à son Père Céleste.

 Conclusion

Le baptême renvoie à l’alliance que Dieu conclut avec nous gratuitement en Jésus-Christ.

Il n’est pas le signe de notre foi, mais le signe que Dieu nous a aimés le premier.

L’eau (symbole de purification, mais aussi de renouvellement et de vie) représente la régénération permanente de notre être que Dieu opère gratuitement par sa Parole et son Esprit.

Le baptême est ainsi le signe de l’alliance éternelle par laquelle Dieu s’engage à conserver pour toujours sa bienveillance et sa fidélité et où le croyant est confirmé dans la grâce (bienveillance) divine.

La Cène (terme latin pour désigner le repas du soir) est le symbole qui renvoie à la Passion du Christ (la fraction du pain représente son corps brisé et le vin son sang versé), mais aussi, via la symbolique de la Pâque juive, au nouvel exode que Jésus inaugure vers une nouvelle Terre promise : le Royaume de Dieu.

En choisissant un symbole qui se mange, plutôt qu’un bijou (comme une croix), ou un tatouage, Jésus a voulu donner à ses disciples un symbole d’appropriation personnelle.

C’est, ainsi, par la Cène (que Calvin conseille de célébrer tous les dimanches) que le croyant manifeste sa foi et son engagement à la suite de Jésus, mais non par une profession de foi ou par une onction quelconque.

Il est légitime d’accueillir solennellement les catéchumènes lorsqu’ils se présentent pour la première fois à la Cène, mais il est toutefois souhaitable de ne pas employer ce terme de « confirmation » car il induit une autre théologie que celles de nos églises et maintient les esprits dans la confusion.

Le terme « communion », qui se retrouve dans toutes les églises chrétiennes, lui est préférable, car il renvoie au sens ultime de la Cène (qui est une communion avec Dieu et avec les membres de l’église corps de Christ, dont Jésus est la tête), sans pour autant inclure la fâcheuse diminution de l’efficacité plénière et accomplie du baptême qu’implique le terme « confirmation ».

 Pasteur Bruno Gaudelet