Je vous le dis à tous : Veillez ! Jacques Sandoz

Accueil Activités Articles Je vous le dis à tous : Veillez ! Jacques Sandoz

Exemple

Je vous le dis à tous : Veillez ! Jacques Sandoz

Publication mise en avant

Lectures

Esaïe 8, 17-18 & 9, 1-3 ; Marc 13, 33-37 ; 1 Thessaloniciens 5, 1-6 + 1 Pierre 5, 8-11

La parousie : c’est le terme exact, nous dit Régina Muller dans Réforme cette semaine, le terme exact pour le retour du Christ dans sa gloire. C’est un événement lointain pour nous : nous pensons au fond de nous-mêmes que cela n’arrivera pas tant que nous sommes sur cette terre.

Nous sommes habitués à nous diriger par nous-mêmes en nous inspirant du Maître, Jésus-Christ, qui est notre Seigneur, mais que nous ne voyons pas se manifester dans l’instant. Mais les exemples abondent de cataclysmes soudains, tellement soudains que nous succombons dans la surprise la plus absolue. Pour ceux qui lisent l’anglais, j’ai imprimé le récit d’un jeune étudiant en Alabama qui ne voulait pas croire à la férocité d’un ouragan pourtant annoncé. Mal lui en prit, étant rentré tranquillement chez lui, il en fut éjecté par un vent irrésistible qui lui fit faire un vol plané de plus de dix mètres.
Les tsunamis de ces dernières années ont bien montré par leur calme trompeur du début, puis leur terrifiante vague déferlante combien l’être humain est un fétu sans aucune possibilité de défense, plus encore que les animaux qui semblent avoir un sixième sens. Votre adversaire, le Diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera, écrit l’apôtre Pierre…
Seuls ceux qui savent peuvent être sauvés : ainsi de la marraine de l’une de nos petites-filles, en vacances à Bali depuis le Japon. Elle y avait suivi une formation. Face à l’océan qui reculait, elle avait aussitôt senti le danger et fait partir les siens en courant vers la dune haute, alors que la curiosité les poussait à aller observer le fond sous-marin dégagé.

C’est bien ce que Jésus veut faire comprendre à ses disciples dans le récit de l’évangile de Marc (repris chez Matthieu et Luc). S’il évoque les cataclysmes inimaginables annoncés par le prophète Daniel (l’abomination de la désolation), c’est pour leur dévoiler qu’ils annoncent le retour sur les nuées du Fils de l’Homme, le Maître de la maison. Ceux qui sauront le reconnaître pourront alors courir vers la dune haute pour trouver le salut auprès de lui.
Mais comme ils ne savent pas quand cela arrivera, il faut qu’ils soient toujours prêts à sa venue. L’apôtre Paul dit bien que c’est une attente périlleuse, parce qu’elle se fait au milieu des hommes, qui disent Paix et sécurité – tout comme le tsunami commence par un calme attirant, mais trompeur, lorsque les eaux de l’Océan se retirent au plus loin – et c’est alors que soudainement la ruine fondra sur eux, comme l’énorme vague, soudaine et déferlante, du tsunami.

Nous entrons dans le temps de l’Avent, un temps que nous prenons tous pour celui de l’Arrivée de l’enfant de Bethléem. Un temps d’espérance d’un événement heureux marqué par la Joie. Or, le moins qu’on puisse dire du texte que nous méditons ce matin, c’est qu’il est d’une tonalité bien sévère.
C’est, comme chaque année, le thème du premier dimanche de l’Avent pour l’Eglise catholique, dont nous suivons le lectionnaire. En ouvrant le grand dictionnaire Larousse du début du XXème siècle, j’y ai lu que le temps de l’Avent était depuis toujours un temps de pénitence, en préparation à la fête de Noël. Longtemps, ce fut un temps de veille et de jeûne, pas très compréhensible aujourd’hui, alors que nous sommes entraînés dans la valse chatoyante des vitrines lumineuses des grands magasins.

Mais cela pourrait expliquer pourquoi le frère angélique a peint une Nativité sur le panneau joint à celui du Christ au Jardin des Oliviers que vous avez en première page de votre feuillet (j’ai oublié de mentionner le nom de l’auteur du panneau, mais chacun l’aura reconnu…) : Noël annonce déjà la Passion du Christ. Aussi nous faut-il être des disciples fidèles, ardents à le suivre partout où il ira.

Mais, comme les disciples, nous dormons – admirez comme ils dorment bien, nos trois, sur le panneau de Fra Angelico! On s’y croirait! Le veilleur, c’est Jésus-Christ ! constate dans la Croix de ce week-end le père François Picart, prêtre de l’Oratoire, cet ordre qui bâtit l’Oratoire du Louvre au XVIIème siècle.

Comparez-les avec la fresque de la Transfiguration qui orne le mur derrière l’autel de l’église Saint Jacques, boulevard Bineau : au centre, le Christ transfiguré tend la main à travers une discrète mandorle aux trois disciples Pierre, Jean et Jacques, aux côtés de Moïse (Jésus est le nouveau Moïse, nous enseigne notre pasteur) et d’Elie. Là, les attitudes des disciples sont celles que l’on attend d’eux : stupéfaits, réveillés, adorants admiratifs, prêts à suivre le Christ pour toujours …

Ne pas dormir, veiller, c’est ce que Jésus demande à ses disciples. Vous savez qu’il existe une fraternité des Veilleurs, dont Théodore Monod fut membre. Dans Paroles protestantes, une participante dit quelle a rejoint la Fraternité après avoir constaté que Dieu n’était finalement pas très présent dans sa vie et qu’elle pouvait bien lui consacrer trois moments de prière chaque jour, pour être en communion avec le Ressuscité.

Contrairement au père Picart, il me semble que si Jésus nous demande de veiller, ce n’est pas pour qu’il le fasse à notre place. Il faut donc nous y mettre, mais c’est là que c’est difficile: le monde nous oppresse, nos activités nous épuisent et c’est si tentant de prendre un peu de repos, rien que pour nous-mêmes…

Nous ne devons donc certainement pas faire du ‘sur place’, rester plantés à ne rien faire, en attendant l’arrivée du Maître de maison. Tout l’évangile nous dit au contraire que notre veille doit être active, fructifiante, aimante – priante aussi. Et si la fatigue nous fait succomber au sommeil, alors, le Seigneur agira pour nous faire aller au-delà.

C’est ce que le pasteur Laurent Schlumberger nous disait, ici même, il y a deux ans, à propos de la parabole des demoiselles d’honneur sottes et sages attendant l’époux : c’est justement dans les limites de nos fatigues que le Seigneur vient et qu’alors il intervient pour nous soutenir.

Ainsi, le veilleur doit être un témoin, la sentinelle du psaume qui attend le matin glorieux de la miséricorde et de la rédemption. L’an dernier, c’est le pasteur Christian Galtier, président de la fondation John Bost, qui occupait cette chaire et nous disait que nous ne devons pas chercher à être différents que ce que nous sommes réellement, car Dieu nous prend tels que nous sommes, mais qu’il ne fallait pas mettre son drapeau dans sa poche : il faut être missionnaires en même temps qu’agissants.

Un veilleur doit être toujours prêt, devise reprise par le scoutisme, pour le service et la B.A., comme le relate un ancien chef éclaireur dans un des derniers numéros de Paroles protestantes.

Toujours prêt pour le service, c’est la qualité qu’ont su avoir sous le régime Ceaucescu les pasteurs et les prêtres emprisonnés dans des bateaux, gaiement repeints pour l’extérieur, mais sinistres geôles à l’intérieur, où le moindre dissentiment était puni d’une peine disciplinaire, dans une cellule où l’on ne pouvait se tenir que debout-courbé, avec un seul repas quotidien et cela pendant plusieurs jours.

Prisonniers “politiques” libérés suite à l’intervention du président Lyndon Johnson, ils avaient promis par écrit de ne rient divulgué de leurs conditions de détention. L’un d’entre eux était un jeune pasteur, à qui il fut interdit de le redevenir, mais qui le redevint grâce à son énergie indomptable : lui au moins ne savait pas s’endormir !

Assigné au travail dans une usine, il devint une telle vedette en racontant tout de sa prison à ses collègues de travail qu’il faut finalement envoyé comme pasteur dans une paroisse perdue, sans aucun confort, ni avenir – mais où il rencontra sa femme et devint ensuite le Lelkipastor du Vartemplom de Târgu-Mures, le témoin-phare des églises réformées de Transylvanie, que nous avons souvent rencontré lors de nos séjours dans le cadre d’Alliance et Partage.
Toujours prêt pour la B.A., c’est ce que savent faire ces personnages des courriers que nous recevons.

– L’histoire des clowns du Rire médecin qui essaient de faire rire Paul, hospitalisé à 16 ans pour cancer et qui relèvent le défi qu’il leur lance d’apprendre le poème de son bac de français.

– L’histoire des membres d’une église de Virginie occidentale, aux Etats-Unis venus jusqu’à Jospin, dans Arkansas (environ 1 000 km…) pour aider à remettre en état convenable les rues et les maisons de cette cité dévastée par un ouragan en mai : au bout du week-end, tous les débris avaient été enlevés, les pelouses tondues, les abords des maisons balayés.

– L’histoire de Shovakahr Kandel, directeur de l’hôpital d’Ananbadan au Népal, qui accepte de diriger un hôpital sans savoir qu’il soignera des lépreux, mais l’accepte sans avoir peur : pour lui, c’était le plan de Dieu, pour qu’il quitte son métier et entre dans sa vraie vocation.

Shovakahr épouse ensuite une femme d’une caste inférieure à la sienne, ce qui lui vaut deux ans d’ostracisme de la part de ses parents et six ans de ses amis, qui trouvaient que son poste était méprisable parce qu’il s’occupait de lépreux.
Mais sa détermination et son talent de manageur ont eu le dessus, les préventions se sont estompées et aujourd’hui l’hôpital d’Anandaban est une lumière dans cette région pauvre, relate le dernier numéro d’En action, revue de l’Action contre la Lèpre de notre Fédération protestante.

Une lumière dans cette région pauvre… Voici, moi et les enfants que l’Eternel m’a donnés, nous sommes des signes et des présages, de la part de l’Eternel ! s’écriait le prophète Esaïe.

Mais les ténèbres ne régneront pas toujours sur la terre où il y a maintenant des angoisses.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort une lumière resplendit.

Voilà ce que font les veilleurs selon l’évangile : ils accomplissent autour d’eux les promesses de vie et de réconciliation, là où ils le peuvent et comme ils le peuvent.

Ils ne dorment pas comme les autres, car ils sont affermis dans leurs fatigues par le Dieu de grâce qui les a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle.
Alors, veillons jusqu’au retour du Maître.

Jacques Sandoz