Faut-il baptiser les enfants ?

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Exemple

Faut-il baptiser les enfants ?

Lecture : Actes 2.22-24 et 32-39 / 16.11-15 et 22-34

Introduction

Pourquoi baptiser les enfants ? Telle est l’interrogation qui divise parfois les chrétiens.
L’Eglise réformée ne fait pas du baptême des enfants un cheval de bataille. Elle laisse le libre choix aux parents de baptiser ou non leurs enfants. Elle croit cependant que le baptême des enfants comporte une cohérence et une promesse qui se révèlent porteuses de sens et de bénédiction pour les enfants baptisés et leurs familles. C’est ce que je vous propose d’aborder maintenant.
Quels sont les arguments que l’on avance à l’encontre du baptême des enfants ?

Considérons quelques unes des plus fameuses objections au baptême des enfants. J’en ai relevé quatre qui reviennent de façon récurrente dans les entretiens :

  1. Le baptême des enfants est devenu un rituel de passage à côté du mariage et du service funèbre. Les gens baptisent leurs enfants et on ne les revoit plus au temple.
  2. Il vaut mieux laisser le choix aux enfants qui pourront décider plus tard de leur religion.
  3. Le baptême est le signe de l’engagement avec Dieu, or, un enfant ne peut pas s’engager comme un adulte.
  4. La Bible ne donne que des exemples d’adultes baptisés.

Reprenons ces quatre objections.

1) Première objection : « Le baptême des enfants est devenu un rituel de passage à côté du mariage et du service funèbre. Les gens baptisent leurs enfants et on ne les revoit plus au temple ».

C’est le problème des protestants « à roulettes » comme on les appelle dans nos milieux synodaux. Ils viennent au temple en berceau pour le baptême, en voiture de mariés, puis en corbillard.

Il est vrai que la notion d’alliance qui est liée au baptême peut sembler réduite lorsque le baptême prend des allures d’un rituel de passage.

Nous devons toutefois nous méfier de ce genre de jugement préconçu. En effet, qui peut juger la foi ou la conscience d’autrui ? Qui se trouve à la place de Dieu pour sonder les reins et les cœurs ? Et qui peut dire ce que sera demain ou après-demain le cheminement spirituel de telle personne aujourd’hui engagée, mais non peut-être demain. Ou de telle autre, qui ne l’est pas aujourd’hui, mais qui le sera peut-être dans quelques années ?

L’Eglise réformée entend respecter les consciences et ne pas préjuger de l’avenir. D’autant que nous ne sommes pas une église de « pratiquants ». En effet, cette classification des chrétiens en « croyants pratiquants » ou « croyants non-pratiquants », n’est pas conforme à l’idée que les protestants se font de la spiritualité. La foi est pour eux une question de relation avec Dieu, et non l’affaire d’une « pratique cultuelle » régulière. Nous pensons qu’il est utile pour le développement spirituel de s’engager dans une église et d’y recevoir tout ce qui est utile pour l’épanouissement spirituel. Mais nous sommes aussi convaincus que la foi déborde le cadre du temple et qu’elle peut même s’en passer. Certes, c’est très dommage de se passer du temple et  l’on perd assurément beaucoup à se priver de sa famille spirituelle, mais la relation des hommes et des femmes avec Dieu dépasse la fréquentation régulière des lieux de culte. C’est pourquoi on ne peut pas lier les signes de l’alliance à la notion, non réformée, de « croyants pratiquants » ou « non pratiquants ».

Par ailleurs, sur le plan de la logique, si l’on rejette le baptême des enfants au motif qu’il devient un rituel de passage comme le mariage et l’enterrement, il faut alors rejeter aussi la cérémonie de mariage et celle du service funèbre. Supprimer le premier et conserver les deux autres n’a pas beaucoup de sens. Certes, d’aucuns allègueront qu’à la différence du mariage et du service funèbre, le baptême est un sacrement. Mais qui a dit que les sacrements ne pouvaient pas aussi être des actes de passage ? En quoi est-ce gênant ? La première communion n’est-elle pas valablement, elle aussi, un acte de passage ?

2) La deuxième objection est moins superficielle : « Il vaut mieux laisser le choix aux enfants afin qu’ils décident eux-mêmes plus tard de leur religion ».

Il est évident que nos enfants feront ce qu’ils voudront en matière religieuse lorsqu’ils seront adultes. La modernité a d’ailleurs pour caractéristique d’offrir à chacun la liberté de conscience et le libre choix ou non d’une religion. Les gens ne s’en privent plus de nos jours et nos enfants, qu’ils aient été baptisés ou non, catéchisés ou non, décideront, heureusement, eux aussi, plus tard, de leur spiritualité.

Il me semble cependant que les parents qui omettent la transmission religieuse n’assument pas une large part de leur responsabilité. Le rôle des parents est en effet d’éduquer les enfants qui leurs sont confiés.

Ils ne sont pas infaillibles. Ils se trompent parfois. Parvenus à l’adolescence leurs enfants ne se gênent, d’ailleurs pas, de le leur faire remarquer. Pourtant, s’il y a une chose que les enfants comprennent et apprécient, au milieu même des reproches qu’ils peuvent formuler, c’est que leurs parents aient assumé leur responsabilité de parents. Le rôle des parents est d’orienter leurs enfants vers ce qu’ils estiment être le mieux et le meilleur pour l’enfant qui ne peut pas encore choisir. Les parents font ainsi des choix importants qui marqueront la vie future de leurs petits :

  • Ils décident du milieu culturel qui marquera leur progéniture en choisissant de vivre à la campagne, en ville, en France ou à l’étranger.
  • Ils décident du milieu public ou privé, qui équipera l’enfant et façonnera sa personnalité.
  • Ils décident ou non de l’éveiller aux arts, ou aux disciplines sportives, ce qui n’ira pas toujours de soi et nécessitera de la ténacité, voire de la rigueur. Mais plus tard les enfants sauront gré à leurs parents de les avoir poussés à travailler ces matières.
  • Les parents ont aussi le devoir d’inculquer des valeurs morales et un certain niveau de sociabilité sans lesquels leurs enfants ne pourraient pas s’intégrer et s’épanouir dans la société.
  • Ils communiquent aussi à leurs enfants une vision du monde, une compréhension de l’expérience humaine et une philosophie de l’existence que l’enfant ratifiera ou non, mais qui lui serviront de base.

Or, la spiritualité et la religion font entière partie du système de valeurs et de la vision du monde. Ne pas éduquer spirituellement ses enfants, ne pas les sensibiliser aux questions spirituelles, c’est les laisser se dépêtrer comme ils le peuvent, pour une part importante de la réflexion et de l’expérience humaine. Pire, c’est abandonner ses responsabilités à d’autres personnes qui ne seront pas forcément très équilibrées en matière de spiritualité. Je pense particulièrement à ces jeunes en « manque de Dieu » qui se jettent dans la première secte venue, par manque d’éducation religieuse et absence de famille spirituelle.

L’avantage du baptême, c’est qu’il est le signe d’une alliance avec Dieu qui témoigne d’une certaine identité et d’un certain héritage spirituel. Etre au nombre des baptisés, c’est se savoir membre du peuple qui se réclame du Christ et de l’Evangile. Ce n’est pas de Salut éternel dont il est question ici. Le baptême ne sauve pas et il n’est en aucun cas un passeport pour le ciel. Le baptême est un signe d’alliance et d’identité chrétienne, ne lui donnons pas plus que ce qu’il représente.

3) C’est à ce moment qu’il faut reprendre la troisième objection : « Le baptême, dit-on, est le signe de l’engagement avec Dieu. Engagement qu’un enfant n’est pas censé pouvoir assumer ».

Là encore, il faut se méfier de ce genre d’argument. Quelle notion se fait-on ici de l’engagement et plus particulièrement de l’engagement des adultes ? Avec 43% de mariages qui aboutissent à un divorce (1 sur 2 à Paris et 1 sur 3 en province), sans compter les divers cas de ruptures de contrats en tout genre, il me semble difficile de présenter l’engagement des adultes comme beaucoup plus solide que celui des enfants.

Contrairement à cette logique, la Bible donne des exemples d’enfants consacrés à Dieu dès leur plus jeune âge et dont la foi et la ferveur n’ont rien à envier à celles des adultes. Qui peut oublier Samuel, David, Josias, Jean-Baptiste ou Jésus lui-même ? Qui peut oublier que face aux prêtres qui reprochaient aux enfants de crier et de chanter « Hosanna » lors de son entrée à Jérusalem, Jésus cita le Psaume 8 : « Tu as tiré les louanges de ceux qui sont à la mamelle ». Qui peut prétendre que les enfants ne peuvent pas avoir la foi authentique ? A quelles fins Jésus nous demande-t-il alors de considérer et d’imiter l’exemple des enfants (Mt 18) ? Pourquoi devrions-nous redevenir comme de petits enfants ? Qui peut dire, Bible en main, que les enfants ne sont pas aussi proche de Dieu que les adultes ?

Le véritable problème que pose toutefois cette troisième objection, c’est sa compréhension du baptême. Elle considère que le baptême est le signe de l’engagement du croyant avec Dieu, ce qui est une erreur de perspective. En effet, le baptême n’est pas le signe de l’engagement du croyant, mais le signe de l’engagement de Dieu envers le croyant. Si l’on en croit Paul en Romain 6, le baptême représente l’incorporation du croyant au Christ. Or, personne ne s’incorpore lui-même, de sa propre volonté ou de son propre engagement, mais c’est Dieu qui nous incorpore au Christ pour faire corps avec lui en son église. Le baptême symbolise l’action salvatrice, régénérante, que Dieu accomplit en faveur de chacun. Il est le signe de l’alliance renouvelée par Jésus Christ, mais non le signe de notre engagement envers Dieu.

Pour symboliser notre engagement envers Dieu, Jésus nous a laissé un autre symbole : celui de la Cène.

En nous proposant de nous approprier le pain et le vin, symbole du Christ, la Cène nous invite à nous engager pour le Christ et à vivre de son message. Donner au baptême le sens de l’engagement, c’est confondre entre baptême et Cène. Le baptême marque l’œuvre d’incorporation de Dieu à son peuple. La Cène marque notre engagement pour Dieu au sein de son peuple car elle comporte un geste intime : l’appropriation du pain et du vin, signe du Christ et de son message pour en vivre, puisque manger c’est vivre. Voilà pourquoi nous attendons généralement que les enfants fassent quelques années de catéchisme avant de les recevoir à la table du Christ.

Certes, c’est une pure convention. Nous pourrions les recevoir plus tôt, comme l’a établi le synode de Soisson. Mais puisque la Cène représente notre engagement avec Dieu, nous pensons légitime de les instruire auparavant avec un catéchisme qui les éclaire sur le sens et les implications de l’engagement à la suite du Christ.

4) Reste alors la dernière objection, sans doute la plus facile à résoudre : “La Bible ne donne que des exemples d’adultes baptisés, affirme-t-on en dernier recours”.

Cette dernière objection méconnaît non seulement la structure familiale juive et antique en général, mais elle ignore encore certains versets importants du Livre des Actes. Certes, il est vrai que les apôtres et les premiers disciples s’adressaient dans leurs prédications aux adultes et que les exemples types de baptême dans le Livre des Actes concernent des adultes comme l’eunuque éthiopien. On ne voit pas, d’ailleurs, comment les premiers ministres chrétiens auraient pu faire différemment, vu  la place que la structure familiale de l’époque donnait au chef de famille. Le père décidait en effet de tout pour sa femme et ses enfants, ainsi que pour ses serviteurs et ses esclaves.

Si le chef de famille décidait de changer de religion ou de nationalité, tout son petit monde changeait avec lui, de religion ou de nationalité. C’est d’ailleurs ce qui se produisit avec l’Eglise primitive. En Actes 10, le centenier Corneille fut baptisé avec famille et amis, versets 24, 47 et 48. En Actes 16 c’est Lydie la marchande de pourpre qui se convertit à l’Evangile. Le texte ne parlant pas d’un éventuel mari, peut-être était-elle le « chef de famille » de la maison. « Lorsqu’elle fut baptisée avec toute sa famille » dit le texte au verset 15, elle pria instamment Paul et son équipe de venir demeurer chez elle. De même, toujours en Actes 16, le verset 33 signale que le geôlier de Philippe en Macédoine se fit baptiser « avec toute sa famille » et qu’il se réjouit « avec toute sa famille » d’avoir cru en Dieu. Enfin en Actes 18 verset 8, Paul baptise Crispus le chef de la synagogue de Corinthe « avec toute sa famille ». On le voit, le baptême était administré aux familles entières en raison de la foi du chef de la maisonnée.

Prétendre qu’il n’y avait que des adultes dans les familles mentionnées dans le Livre des Actes ferait la démonstration d’une bonne dose de mauvaise foi ou d’ignorance de la famille patriarcale des temps bibliques. En vérité, chacun admettait à l’époque, qu’il était de la responsabilité du chef de famille d’orienter toute sa maison dans ce qu’il estimait vrai et bon pour tous. C’est au reste dans ce sens que Pierre déclare le jour de la Pentecôte : «  Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de vos péchés et vous recevrez le don du Saint Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera ».

Conclusion

« La promesse est pour vous et pour vos enfants ! »

  • Les enfants ont-ils part à la grâce de Dieu ?
  • L’Esprit de Dieu les délaisse-t-il comme une quantité négligeable ?
  • Font-ils ou ne font-ils pas partie de l’Eglise ?

A ces trois questions essentielles on peut répondre par l’affirmative.

Oui la promesse de l’alliance est pour eux, ils ont part à la grâce divine.

Oui le don de l’Esprit est aussi pour eux, d’ailleurs Pierre cite dans son discours le passage du prophète Joël : « Dans les derniers jours – dit Dieu – je répandrai de mon Esprit sur TOUTE chair, vos fils et vos filles prophétiseront ».

Le baptême est le signe de l’alliance conclue en Jésus Christ.

Il n’est pas un passeport pour le ciel, mais le sceau de notre appartenance au peuple de l’Eglise.

Il n’est pas le symbole de notre engagement avec Dieu, mais le symbole de l’engagement de Dieu envers nous.

Il ne fait pas de nous un chrétien, mais il nous invite à marcher en nouveauté de vie, dans la perspective de la vie nouvelle inaugurée par le Christ Jésus.

Il est un sceau posé sur nous qui nous rappelle sans cesse dans nos tourments, dans nos chutes ou dans nos reniements, que Dieu nous aime toujours. Qu’il nous purifie comme une eau pure. Qu’il irrigue nos cœurs par son Esprit. Et que nous portons sur nous, le signe d’une alliance qu’il ne reniera jamais.

Ne privons pas nos enfants de la bénédiction qu’est le baptême !

Exhortons-les plutôt, comme c’est de notre responsabilité devant Dieu, à répondre par la foi aux promesses qui leur sont adressées et représentées par leur baptême. De cette sorte, ayant découvert l’amour de Dieu pour eux, dès leur plus jeune âge, ils pourront en toute liberté s’y investir si telle est leur volonté et s’approprier tout ce qui leur est donné et signifié sous le beau symbole de l’eau du renouvellement.