Eglise présentielle, Eglise virtuelle, où est l’Eglise réelle ?

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Exemple

Eglise présentielle, Eglise virtuelle, où est l’Eglise réelle ?

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Introduction

La pandémie a obligé les Eglises locales à recourir aux diffusions virtuelles des cultes, aussi bien en direct qu’en différé. Du coup le jargon utilisé en entreprises pour les vidéo-conférences, s’est popularisé dans toutes les communautés qui ne parlent plus aujourd’hui qu’en termes de « présentiel » et de « virtuel ». Outre que le mot « présentiel » est un anglicisme qui déplait aux défenseurs de la langue française, des questions se posent aux fidèles et aux ministres du culte. Où se situe la vraie Eglise, demande-t-on ? En assemblée concrète, physique, ou en personnes éparpillées aux quatre vents qui se connectent ? Suivre un culte en virtuel » est-il équivalent de « suivre un culte en présentiel » ? Et que dire de la célébration de la Cène en virtuel ? La Cène n’est-elle pas précisément une communion des fidèles au même pain et au même vin,  comme le dit Paul en 1Co 11 ? Ne faut-il pas tenir que l’Eglise réelle correspond à l’Eglise « en présentiel », et que le « virtuel » doit simplement être rangé parmi les outils de communication et d’évangélisation ?

Je vous propose d’essayer de reprendre une à une ces questions, mais en rappelant avant tout quelques points de doctrines essentiels en protestantisme concernant : la distinction entre « Eglise visible » et « Eglise invisible », la notion de « communion des saints » et celle relative à la « présence spirituelle », mais « réelle » du Seigneur parmi nous, comme le signifie la Cène et comme en témoigne l’Esprit-Saint dans nos cœurs, nous dit Paul et l’ensemble du Nouveau Testament.

Lectures bibliques :

Matthieu 18.20, Jean 4.24, 1 Corinthiens 10:15-22, Ephésiens 4.1-15, 2 Pierre 1:1-8,

I. Je crois que l’Eglise est visible et invisible

Premier point donc : le rappel de la distinction essentielle et efficace  entre « Eglise visible » et « Eglise invisible ». Théologiquement parlant, l’Eglise chrétienne s’est toujours comprise comme comportant une dimension « virtuelle » – non au sens classique où virtuel désigne « ce qui est en puissance et non en acte », mais au sens informatique de « transdimensionnel » où de « réalité dématérialisée » – comme en témoigne la distinction entre « Eglise visible » et « Eglise invisible », que les réformateurs ont réaffirmée en leur temps.

Puisque l’Eglise « corps de Christ » est constituée de l’ensemble de ceux qui sont « en Christ », toutes traditions ecclésiales confondues, et qu’aucune Eglise-institution ne peut, dès lors,  légitimement prétendre être « l’Eglise corps du Christ » à elle seule, il va de soi que « l’Eglise corps du Christ » déborde et dépasse toutes les institutions ecclésiales, culturellement et historiquement marquées « L’Eglise corps du Christ » est la somme de tous ceux qui sont « en Christ » aussi forme-t-elle une réalité qui dépasse les dimensions d’une organisation humaine. C’est la raison pour laquelle on la dit : « universelle » – en latin « catholicam », mot qui inclut l’idée de totalité – de même qu’« invisible ». La dimension de l’Eglise universelle n’est connue que de Dieu seul. La reconnaissance de l’universalité et de la transdimensionnalité de l’Eglise « corps du Christ  » ne diminue ni la valeur, ni le rôle essentiel de chaque Eglise locale et institutions ecclésiales. Les Eglises « visibles » manifestent et incarnent « l’Eglise invisible » qui les déborde. Cette réalité comporte un élément d’humilité pour elles et un grand honneur : un élément d’humilité car elles ne sont pas « l’Eglise du Christ » à elle seules, ni toute l’Eglise du Christ qu’elles ne pourraient contenir. Et un grand honneur, car elles sont et manifestent l’Eglise du Christ là où elles se trouvent. Ceci étant rappelé, il faut réveiller nos souvenirs au sujet de ce que l’on désigne sous les termes « communion des saints ». C’est notre deuxième point.

II. La communion et présence spirituelle, mais réelle, de Dieu

Le discernement entre « Eglise visible » et « Eglise invisible » invite à mettre des mots sur le mode de notre participation au « corps » visible et invisible du Christ. « Les plus grandes et les plus précieuses promesses, nous dit l’épitre de Pierre que nous avons lue, nous assurent que nous sommes appelés à être « participants de la nature divine » (2P 1.1-8) Comment devient-on un « participant » de la nature divine ? Certes par la volonté sincère de s’éloigner du mal pour s’approcher de Dieu, répond en substance l’épitre de Pierre. Mais surtout par le moyen de la Communion avec Dieu et avec l’ensemble du corps du Christ, dont Jésus est la tête, répond Paul (Eph 4.1s et 1 Co 12.1s) ; ce qui est rendu possible par l’action de l’Esprit de Dieu qui incorpore les chrétiens dans l’Eglise « corps universelle ». Le mot « communion » contient le mot « union » et inclut les notions de « relation intime », de « participation », de « réunion » et de « communication ». « Communier » c’est être « en relation », « en union », « en participation », « en communication » avec un ou des tiers. En terrain chrétien la communion avec Dieu, passe par « Christ » qui est la « tête » du « corps » de son l’Eglise universelle. Mais c’est Dieu, qui est Esprit, qui nous donne communion à lui-même, au Christ assis à sa droite et à l’ensemble des membres de son Eglise totale. La réalité de cette communion spirituelle de l’Eglise universelle avec Dieu, avec Christ, et entre membres de l’Eglise totale dépasse, nous l’avons dit, toute assemblée locale. Elle nous ouvre à toutes les possibilités œcuméniques de fraternité, de communication, de prière, de méditation, d’actions d’évangélisation ou de diaconie.

III. Retour aux questions

C’est à partir de cette conception de l’Eglise visible et invisible que nous pouvons maintenant reprendre les questions posées en introduction :

1) Où se situe la vraie Eglise ? En assemblée géographiquement locales, ou en personnes éparpillées aux quatre vents qui se connectent ?

La réponse est bien entendu : les deux. L’Eglise a une dimension invisible qui déborde n’importe quelle de ses dimensions visibles. L’opposition entre « virtuelle » et « présentielle » rapportée à l’Eglise n’est au reste pas très heureuse. D’abord, cela a été dit plus haut, au sens philosophique classique « virtuel » désigne ce qui est « en puissance et non en acte », ce qui ne correspond pas à la situation des internautes pour lesquels le culte est bien actuel, et non en puissance de l’être. Surtout, vu que les internautes ne sont pas « absents » mais bel et bien « rendus présents avec nous au temple » on peut bien dire aussi qu’il sont « en présentiel ». Un présentiel numérique d’un mode différent des présentiels physiques, mais un présentiel évidemment bien réel. Quant au mot « réel » qui vient parfois à l’esprit pour distinguer les physiquement-présents des numériquement-présents, il est encore moins judicieux. Tout simplement parce que la présence numérique n’est, ni factice, ni imaginaire, mais tout aussi réelle que la présence physique dans un lieu géographique. Ces remarques soulignent les limites de la terminologie usitée, mais quels autres mots utiliser pour dire la situation et la chose ? Les propositions de rectification sont souvent trop longues et/ou elles-mêmes problématiques. Sans doute faut-il admettre qu’au-delà des défauts du vocabulaire le plus important reste que la technologie moderne nous permet, non seulement de mieux apercevoir ce qu’est l’Eglise en ses deux dimensions visible et invisible, mais aussi de faire communier ensemble, comme cela ne s’est jamais produit auparavant dans l’histoire les présents d’un lieu physique, avec les présents numériques.

2) deuxième question : les cultes en virtuel sont-ils aussi « réels » que ceux suivis en présentiel ?

Tout dépend de notre concentration. On peut être présent de corps et absent ou distrait dans ses pensées, et réciproquement. Ce n’est en tous cas pas le présentiel qui garantit la réalité de la communion avec Dieu et avec l’assemblée, mais la foi et le lâcher-prise dans les mains du Saint-Esprit qui nous met en communion avec le Christ et l’Eglise universelle. Que les cultes soient en présentiel ou en virtuel, ou de façon mixte, ne change rien à l’œuvre de l’Esprit Saint qui nous fait participer au corps du Christ et à sa sainte nature, mais c’est à chacun d’être attentif et éveillé à la prière et à la méditation.

3) Que dire alors de la célébration de la Cène en virtuel ?

La Cène n’est-elle précisément pas la communion des fidèles au même pain et au même vin, comme le dit d’ailleurs Paul en 1 Corinthiens 10:15-22 ? C’est tout à fait vrai, mais le pain qui représente et nourrit la communion avec Dieu et en Eglise c’est le « pain de vie », c’est-à-dire le Christ-Jésus lui-même (Jn 6.35). De même, la coupe de bénédiction véritable est celle de l’Alliance nouvelle en Christ, à laquelle renvoient nos coupes eucharistiques (Luc 22). Le pain et le vin de la Cène sont signes et symboles du « pain de vie » et du « vin de la nouvelle Alliance ». Sans la foi et sans le Saint-Esprit qui nous donne communion à lui-même, au Christ et à l’Eglise totale, les signes visibles que sont le pain et le vin n’ont aucune efficacité et ne servent pas plus que la lumière aux yeux aveugles, dit Calvin, ou le son aux oreilles sourdes. C’est donc la communion spirituelle de Dieu – qui est Esprit – avec le Corps dont Christ est la tête que présente et représente la célébration de la Cène. Les signes visibles sont là pour orienter notre discernement et notre esprit, leur donner davantage que ce qu’ils présentent et représentent à la foi risque de faire perdre leur sens authentique ; voire de glisser dans la superstition ou la pensée magique.

En Conclusion

Ce serait une erreur de voir dans la participation virtuelle au culte une expérience spirituelle de seconde classe, ou de nature moins réelle que l’expérience en présentiel ; tout comme ce serait une erreur de penser que les fidèles du Christ pourraient se passer de la participation régulière en présentiel aux cultes dominicaux. Les deux modes sont équivalents sur le plan spirituel où se situe l’Esprit Saint qui nous donne communion à lui-même, à Christ et les uns aux autres. L’Eglise possède ces deux dimensions qu’évoquent le visible et l’invisible, le présentiel physique et le présentiel virtuel. Nous n’avons pas à choisir entre ces deux dimensions, mais à les vivre l’une et l’autre. Car c’est notre chance, à nous chrétiens du vingt-et-unième siècle, de posséder ces technologies modernes qui nous font mieux apercevoir, et la virtualité de l’Eglise dans sa dimension invisible et totale, et son incarnation concrète dans des assemblées locales.

N’abandonnons pas notre assemblée exhorte l’épitre aux Hébreux (10.25) mais fréquentons-là tout au contraire aussi bien localement, que virtuellement pour notre édification commune. Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, dit Jésus, je suis au milieu d’eux (Mt 18.20) Or, le « là » de cet appel à faire Eglise inclut tous les lieux possibles où des humains peuvent s’unir, ce qui comprend désormais la possibilité numérique de se rassembler à partir de différents lieux géographiques. Que l’outil moderne ne fasse perdre à personne le sens de l’Eglise visible. Mais que les Eglises visibles ne boudent pas leur chance de pouvoir aujourd’hui intégrer ceux qui rejoignent sa communion avec Dieu qui est Esprit, et dont la présence virtuelle ouvre comme jamais auparavant à la dimension universelle et invisible de l’Eglise corps mystique du Christ. Pasteur Bruno Gaudelet