Les débuts de la Réforme en France

Accueil Activités Articles Les débuts de la Réforme en France

Exemple

Les débuts de la Réforme en France

Publication mise en avant

Les débuts de la Réforme en France

La Réforme française (1)

Le roi de France, François 1er (1517-1547), ami des lettres et des arts, n’avait aucune compréhension pour les problèmes de conscience soulevés par la Réforme. Un concordat lui donnait un réel pouvoir sur l’Eglise de France, ce qui plaisait à son caractère autoritaire et l’incitait à maintenir le catholicisme. D’autre part, il n’aimait pas les tendances scolastiques arriérées de la majorité des sorbonnistes et protégeait les humanistes.

L’un d’eux, Lefèvre d’Etaples, professeur à la Sorbonne, se mit, après avoir enseigné les lettres profanes, à étudier les Ecritures. Dans un commentaire sur les épîtres de Paul, il affirma, avant Luther, la suffisance de la Bible et la justification par la foi. Plus tard, il traduisit le Nouveau Testament et ensuite l’Ancien Testament en français.

Ce n’était pas un lutteur, prêt à rompre avec le passé, mais un savant doux et modeste ; il mérite cependant le titre de Père de la Réforme française qui lui a été donné. Il bénéficiait de la protection de la sœur du roi, Marguerite de Navarre.

Son disciple et ami, Briçonnet, évêque de Meaux, résolut de faire prévaloir ses idées dans son diocèse. Il réprima les abus et répandit le Nouveau Testament de Lefèvre. Mais devant l’opposition qu’il rencontra à la Sorbonne, et inquiet de voir ses adeptes pencher vers le luthéranisme, il revint en arrière et finit par interdire la lecture des Ecritures en langue populaire.

Entre temps, le luthéranisme avait fait quelques recrues en France, et dès le début les luthériens furent persécutés. Le premier martyre dont on connaisse le nom était un moine, Jean Vallière, brûlé vif à Paris. Le traducteur des œuvres de Luther, Louis de Berquin, eut le même sort.

Quelques protestants exaltés eurent la maladresse de publier des affiches violentes contre la messe, et d’en apposer sur la chambre à coucher du roi François 1er. Après cette « affaire des placards », le roi, jusqu’alors hésitant, acheva d’être indisposé contre la Réforme. Il ordonna une procession expiatoire en l’honneur du sacrement sur le parcours de laquelle six protestants furent brûlés vifs.

Guillaume Farel (1489-1565) originaire de Gap en Dauphiné, disciple de Lefèvre d’Etaples et chassé de Meaux, se rendit en Suisse où, sous la protection de Berne, il évangélisa le pays de Vaud et le Jura. Sous l’action de sa prédication, un village après l’autre se détachait du catholicisme. C’est Farel qui introduisit la Réforme à Genève en soutenant une discussion publique avec les théologiens catholiques.

Jean Calvin (1509-1564) est né à Noyon en Picardie, d’une bonne famille bourgeoise. Il fit des études de théologie, de droit et de lettres à Paris, Orléans et Bourges. Il fut initié aux idées nouvelles par son cousin Olivétan (2). Il se convertit subitement, on ne sait au juste ni à quel moment, ni dans quelles circonstances. Ses progrès dans la foi furent si rapides que très vite après sa conversion, on se mit à le considérer comme un maître et à le consulter de tous côtés.

Il rédigea pour son ami, Nicolas Cop, recteur de l’université, un discours très évangélique, qui provoqua une immense sensation et l’obligea à quitter Paris précipitamment.

Réfugié à Bâle, après diverses pérégrinations, il entreprit la publication en 1535-1536 d’un traité de doctrine, destiné à éclairer et à affermir les croyants, l’Institution chrétienne. Il a utilisé les travaux de ses devanciers ; mais la clarté et la logique de l’exposition lui appartiennent.

Dans une magnifique préface, il dédia cet ouvrage au roi François 1er, dans l’espoir de calmer sa colère excitée par l’affaire des placards.  Il espérait pouvoir vaquer tranquillement à ses études, quand, au cours d’un voyage, il fut adjuré par Farel de s’arrêter à Genève. Bientôt Farel laissa à Calvin la première place dans l’Eglise. Une confession de foi fut rédigée et tous les citoyens durent la signer.

Les Genevois dont la piété, à ce moment, consistait surtout à haïr les prêtres et à enfreindre le carême, furent mécontents de la discipline que Calvin voulut introduire dans la célébration de la Cène(3). En conséquence, les deux réformateurs furent bannis.

Calvin fut appelé à Strasbourg par Bucer pour diriger la communauté allemande d’Alsace. Il fit imprimer un premier petit recueil de psaumes et cantiques, mis en vers par Clément Marot et lui-même. Il se maria avec la veuve d’un anabaptiste, Idelette de Bure. Ce séjour à Strasbourg fut très important pour l’organisation ultérieure des Eglises réformées.

Cependant, à Genève, les désordres se multipliaient et faisaient regretter le régime ordonné de Calvin. Aussi se décida-t-on à rappeler le réformateur et celui-ci, y voyant un appel de Dieu, ne crut pas devoir refuser.

C’est pendant les 23 ans de son second séjour à Genève que Calvin travailla à organiser les Eglises réformées. Il venait au moment propice, assez tard pour profiter des expériences de ses devanciers, assez tôt pour ne pas être en face d’une organisation déjà réalisée et par conséquent difficile à corriger (4).

En France, malgré son alliance avec les princes protestants d’Allemagne contre son ennemi, Charles V, François 1er persécuta plus ou moins violemment les réformés pendant toute la fin de son règne (massacre des Vaudois de Provence).

Son fils, Henri II (1547-1559) institua une chambre spéciale au Parlement, pour juger les hérétiques. Elle envoya tant d’hommes et de femmes au bûcher qu’on la surnomma la chambre ardente.

Parmi les victimes d’Henri II, citons le conseiller Anne du Bourg qui avait eu le courage, en plein Parlement et en présence du roi, de protester contre les persécutions. Le récit de la mort de ces multiples martyrs est conservé dans le Martyrologe de l’imprimeur Jean Crespin, lequel avait assisté, place Maubert, au supplice du réformé Claude le Peintre.

Les persécutions n’arrêtaient guère les progrès du protestantisme. Les colporteurs ou porte-balles préparaient le terrain, puis des pasteurs formés à Genève « dressaient » les Eglises. A la mort d’Henri II, il y en avait 2000.

C’est aussi à ce moment, en 1559, que se réunit le premier Synode national, au milieu des bûchers à Paris. Il adopta la confession de foi, dite de la Rochelle (5), et une organisation ecclésiastique qui assurait l’ordre dans l’Eglise, en même temps que son indépendance.

Chaque paroisse nommait son Conseil Presbytéral qui envoyait des délégués, pasteurs et laïcs, à un Colloque ou Consistoire. Plusieurs Consistoires se réunissaient occasionnellement en Synodes provinciaux, et ceux-ci envoyaient des députés au synode national qui prenait des décisions valables pour toutes les églises d’un pays.

Devant l’exemple de ces héros de la foi, nous devons bien admettre que l’Esprit de la Pentecôte soufflait en eux et au travers d’eux puisque malgré la difficulté du temps, l’Evangile se répandait et les disciples du Christ se multipliaient. C’est la démonstration que la moisson du Seigneur démarrée à Jérusalem il y a vingt siècles se poursuit au long des âges. Prions pour être trouvé fidèle aujourd’hui.

 

Notes :

1) Le texte qui suit est tiré du Précis d’histoire de l’Eglise de J. M. Nicole (Editions de l’IBN de Nogent, 1982, p.147ss) et adapté aux dimensions du site. Les notes en bas de page sont de Bruno Gaudelet.

2) Traducteur et rédacteur de la Bible d’Olivétan qui, de révision en révision, a été en usage dans les églises de langue française jusqu’au XIXe siècle.

3) Calvin ne voulait pas accueillir à la table sainte les gens débauchés ou jugés  scandaleux pour l’époque, d’où la réputation d’austérité du calviniste.

4) Calvin s’éteint en 1564 à l’âge de 55 ans, en laissant une œuvre littéraire colossale (50 gros volumes) on ignore où il fut enterré.

5) Les réformés français avaient demandé à Calvin de rédiger pour l’Eglise de France une confession de foi. Malgré ses réticences à ajouter un texte confessionnel à ceux qui existaient déjà, Calvin fit tout de même parvenir à ses compatriotes un texte comportant 35 articles reprenant plusieurs éléments de la confession de l’église de Paris de 1557 et de la « confession des escholiers » rédigée à l’occasion de l’ouverture de l’Académie de Genève en juin 1559. Le synode de Paris de 1559 y ajoutera cinq articles, mais les deux versions circulèrent dans le pays. En 1571 le synode de la Rochelle ratifia la version comprenant les 40 articles comme confession de foi officielle des Eglises réformées françaises, d’où son nom usuel de confession de foi de la Rochelle (Confessions et catéchismes de la foi réformée, Genève, Labor et Fides, 1986, p.111).