L’espérance, par Jean-Gabriel Bliek

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Exemple

L’espérance, par Jean-Gabriel Bliek

Publication mise en avant

Lectures : Romains 4 v 18-21, Hebreux 6 v 11-15, Pierre 1 v 13

Mes chers Amis,

Les textes qui nous ont été lus nous parlent de l’espérance mais cette notion nous parle-t-elle vraiment ? Comme disait le Maréchal Foch de quoi s’agit-il ?


Si on se tourne vers l’étymologie du mot pour mieux en comprendre la signification on est déçu car espoir et espérance ont la même origine. Voilà qui ne nous avance pas beaucoup ! Pourtant, s’il y a deux termes il doit y avoir deux significations différentes.

Essayons de distinguer l’espoir de l’espérance.

Tournons nous alors vers l’usage des mots. Dans notre vie de tous les jours, on dit souvent qu’on a l’espoir de gagner au loto ; qu’on a bon espoir de réussir un examen ou un concours ou qu’on a l’espoir d’avoir un enfant. A chaque fois on évalue la chance d’avoir ce qu’on envisage en fonction de critères objectifs. Et on se dit on peut y arriver avec plus ou moins de chance. Un ticket de loto peut être gagnant. Si on travaille bien on peut estimer réussir un examen. A bien connaître le calendrier, l’enfantement est chose probable. L’espoir, c’est en quelque sorte une probabilité. Cela se mesure ! L’espoir c’est ce qui meurt en dernier selon un proverbe russe célèbre : l’espoir, c’est la vie avec ses calculs et ses envies.

En va-t -il de même pour l’espérance ? Si on interroge deux penseurs qui ont écrit sur l’espérance l’un existentialiste catholique Gabriel Marcel et l’autre théologien protestant Jacques Ellul nous obtenons deux visions concordantes et complémentaires de l’espérance.

A la base de l’espérance, il y a d’abord l’absence d’espoir. Il n’y a plus de probabilité à calculer car il n’y a plus aucun espoir. Dans Romains 4, Abraham pris entre son andropose et la stérilité de sa femme n’a plus d’espoir d’avoir un enfant.

Gabriel Marcel nous le dit dans « Homo viator », l’homme en marche, c’est au moment où on a la tentation du désespoir qu’apparaît l’espérance. Le désespoir, c’est la capitulation devant une situation prise comme immuable, c’est une sorte de juin 40 sans l’appel du général de Gaulle.
Il y a dans le désespoir l’acceptation d’une sorte de cercle Popilius dans lequel « il n’y pas à sortir de là ». Popilius ambassadeur romain envoyé auprés du roi Antiochus IV lui demande de répondre immédiatement au message du Sénat romain lui intimant l’ordre de ne pas entrer en guerre contre le roi d’Egypte ; le roi Antiochus demande un délai de réflexion et Popilius trace un cercle sur le sol avec un verge de licteur et lui dit qu’avant de sortir de ce cercle il doit lui donner sa réponse. Face à la menace, le roi capitule et accepte l’ordre romain.

L’espérance, c’est une autre conception du temps. C’est voir le temps sous son aspect dynamique comme une trouée : on considère que les données qui semblent nous condamner vont changer sans savoir ni quand ni pourquoi.

C’est pourquoi pour G Marcel, l’espérance c’est rester fidèle à ce qu’on est même aux heures les plus sombres et il prend comme exemple frappant le cas de ces résistants français de la première heure au moment où l’espoir de voir libérer le pays n’existait pas et que seul existait le risque de finir d’une rafale de mitraillette contre un mauvais mur. L’espérance, c’est une « conscience prophétique » qui anticipe sur un avenir incertain.

Même interprétation chez Ellul : « l’espérance est la contestation d’une situation concrète tenu pour évidente et certaine, et affirme une issue en dépit de toutes les fermetures ». J Ellul dans « l’espérance oubliée » apporte un autre éclairage complémentaire. Il nous dit qu’en plus de l’absence d’espoir, ce qui caractérise l’apparition de l’espérance, c’est aussi le silence de Dieu. Certes Abraham n’avait plus d’espoir mais Dieu lui a fait une promesse : il ne douta pas et sa foi le fortifia. Il n’était pas désespéré.

Qu’en est-il pour nous si Dieu reste pour nous silencieux ? Eh bien pour J Ellul, l’espérance est la réponse de l’homme au silence de Dieu. C’est un élément dynamique qui nous propulse vers l’avenir. Si l’espérance existe elle ne peut être que puissance en action. Il y a aussi intervention dans le concret et suppose un changement effectif. « L’espérance a une valeur parfaitement positive, constructive, exigeante et virile » nous dit-il.

Pour vivre l’espérance faut-il être désespéré ? Il faut aussi avoir la foi comme le dit Hébreux 6 et la persévérance . « La prière est la certitude de la possibilité de l’intervention de Dieu, sans laquelle il n’y a pas d’espérance » écrit Ellul. Et dans le même temps comme il le dit, il n’y a pas de recette pour susciter l’espérance.

Alors que faire comme disait Lénine. Se ceindre les reins nous enjoint l’évangile de Pierre ; nous voilà donc toujours dans le coup de rein ? Pourquoi se ceindre les reins si ce n ‘est pour se libérer de ses vêtements en les nouant autour de ses reins pour passer à l’action. Et dans l’espérance, c’est bien l’action, dont il est question. Ellul fait le parallèle avec le peuple juif et les protestants. Les protestant français ont toujours vu entre eux et nous comme une sorte de double. Les zones rurales françaises dreyfusardes ont été toutes des régions protestantes et les protestants ont massivement cachés les juifs pendant la deuxième guerre mondiale.
Comme le peuple juif qui au temps les terribles de son histoire n’a jamais perdu la foi ni l’espérance, Ellul nous invite à nous engager dans cette démarche incertaine en terrain inconnu qu’est l’espérance, attitude de conquête et décision de combat.

Eh bien, mes chers amis, au terme de notre parcours sur l’espérance nourrie de foi, de persévérance et d’action il est temps de se retourner sur notre passé pour mieux aller de l’avant

Aussi au nom des martyrs de la Saint Barthelemy, au nom des exilés de la révocation de l’édit de Nantes, au nom des persécutés et des galériens du protestantisme, au nom des exilés de l’intérieur dans le désert cévenol, au nom de tous ceux qui n’ont jamais renié leur foi, et au nom aujourd’hui de tous ceux qui se retrouve devant une croix sans Christ grimaçant de souffrance car il est ressuscité et que tout est pardonné par avance, trouvons en nous la force de la foi et de l’espérance Amen !