Le jeune homme riche, par Denis Bataille

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Exemple

Le jeune homme riche, par Denis Bataille

Publication mise en avant

Introduction avant les lectures.

Les textes dits « du jour » ont pour sujet l’appel des disciples. J’aime bien les retenir quand ils restent simples, à mon niveau, car nous sommes en communion avec les autres chrétiens francophones. En faisant un petit peu de recherche, je suis tombé sur ce passage un peu compliqué de l’évangile

de Marc au chapitre 10, où Jésus explique que les disciples qui l’ont suivi seraient en quelque sorte mieux rétribués … Pas vraiment à l’aise avec un tel sujet : nos conseillers presbytéraux auront-ils la priorité dans la vie éternelle ? et quid des conseillers régionaux ou nationaux ? de nos pasteurs ? Bref, je préfère laisser cette question complexe à notre pasteur, qui saura trouver les éclairages pour de tels textes.

Mais, dans ce même chapitre 10, se trouve juste avant, l’épisode dit de l’homme riche.

Voilà un sujet qui nous interpelle, et sur lequel je vous propose de méditer ce matin.

Pour être tout à fait honnête, la compréhension que je vous propose aujourd’hui m’a été fournie par le souvenir d’une prédication que j’avais entendue il y a une quinzaine d’années de la bouche de mon pasteur de l’époque, Christian Baccuet.

Lectures.

Ro 12 8-18 & 21

Quelqu’un a-t-il le don d’encourager les autres ? Qu’il les encourage.

Que celui qui donne ses biens le fasse avec une entière générosité.

Que celui qui dirige le fasse avec soin.

Que celui qui aide les malheureux le fasse avec joie.

Que l’amour soit sincère. Détestez le mal, attachez-vous au bien :

Comme les membres d’une même famille, aimez-vous d’une affection profonde ;

mettez un point d’honneur à vous respecter les uns les autres.

Ayez un esprit plein d’ardeur. Ici et maintenant soyez prêts à servir.

Servez le Seigneur avec un cœur plein d’ardeur.

Réjouissez-vous à cause de votre espérance.

Soyez patients dans la détresse.

Priez avec fidélité.

Venez en aide à vos frères et vos sœurs dans le besoin.

Pratiquez sans cesse l’hospitalité.

Demandez la bénédiction de Dieu pour ceux qui vous persécutent ; demandez-lui de les bénir et non de les maudire.

Réjouissez-vous avec les personnes qui sont dans la joie, pleurez avec celles qui pleurent.

Vivez en bon accord les uns avec les autres.

N’ayez pas la folie des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages.

Ne rendez à personne le mal pour le mal.

Efforcez-vous de faire le bien aux yeux de tous.

S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous.

……

Ne te laisse pas vaincre par le mal. Sois au contraire vainqueur du mal par le bien.

Ps 14 1-3

L’insensé se dit : « Il n’y a pas de Dieu ! »

Ces gens sont corrompus, ce qu’ils font est abominable,

aucun d’eux n’agit comme il faut.

Du haut des cieux, le Seigneur se penche et observe les humains,

pour voir s’il y a quelqu’un de sensé qui cherche Dieu.

Tous ont quitté le bon chemin,

sans exception tous sont corrompus.

Aucun n’agit comme il faut, pas même un seul.

Mc 10 17/27

Comme Jésus se mettait en route, un homme vint en courant, se jeta à genoux devant lui et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? »

Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, à part Dieu seul.

Tu connais les commandements : “Tu ne commettras pas de meurtre ; tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne voleras pas ; tu ne prononceras pas de faux témoignage contre quelqu’un ; tu ne feras de tort à personne ; tu respecteras ton père et ta mère.” »

L’homme lui répondit : « Maître, j’ai mis en pratique tous ces commandements depuis ma jeunesse. »

Jésus le regarda avec amour et lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne l’argent aux pauvres ; ainsi tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi. »

Mais lui, à ces mots, s’assombrit et il s’en alla tout triste parce qu’il avait de grands biens.

Jésus regarda ses disciples qui l’entouraient et leur dit : « Comme il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le règne de Dieu ! »

Les disciples étaient troublés par ces paroles. Jésus leur dit encore : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le règne de Dieu !

Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour une personne riche d’entrer dans le règne de Dieu. »

De plus en plus étonnés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

Jésus les regarda et leur dit : « Pour les êtres humains, c’est impossible, mais non pour Dieu, car tout est possible pour Dieu. »

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Comme disent les américains ou les anglais, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle  … Pour tempérer mon optimisme chronique, j’aime bien d’abord entendre la mauvaise nouvelle….

On peut lire ce passage de façon « primaire et fondamentale » …. Alors, en fait il ne reste qu’à fermer sa Bible et tout arrêter.

Nous allons commencer par vendre nos livres de chants et nos bibles sur « gens de confiance, section parpaillots », les superbes boiseries derrière moi feront le bonheur d’antiquaires du marché aux puces, puis trouver un promoteur pour ce magnifique ensemble immobilier, cela devrait rapporter gros ! Nous demanderons au trésorier de vider les comptes en banque et nous donnerons tout au Casp, à l’Armée du Salut … J’oubliais, notre bel orgue et le piano : il y aura bien des amateurs !

Nous vendons notre appartement ou notre maison, notre voiture, nos meubles …

Car peut-on tout quitter ? Même celles et ceux qui font « vœu » de pauvreté sont assurés d’un minimum finalement assez confortable et restent tellement plus riches que bien d’autres hommes, femmes et enfants de pays vulnérables. Il n’y a pas de limite à la pauvreté, au dénuement total…. Même une paroisse (malgré les appels parfois désespérés de ceux qui sont en charge des finances), même une église, sont matériellement riches.

Difficile également de trouver dans la Bible une condamnation ferme de la richesse. Dans le premier testament, la richesse est plutôt un signe de la bienveillance de Dieu. C’est un des sujets du livre de Job. Et si Jésus, dans le nouveau testament, condamne parfois les riches, c’est plus leur « addiction » au pouvoir et à l’argent, que la richesse elle-même. « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » Mat 6, 24. Nous y reviendrons.

Cette parole d’évangile serait donc finalement une …mauvaise nouvelle ! Nous voilà dans une impasse. Nous sommes dans l’absurde. « Mais alors qui peut être sauvé ? » demandent fort justement les disciples !

Serions-nous face à un effet de style : une formule théâtrale, excessive, pour mieux nous marquer ? Comme le disait le pasteur que j’ai nommé, cherchons la « bonne nouvelle », car dans chaque texte il faut trouver la « bonne nouvelle ».

Alors reprenons la lecture. Nous y voyons que l’homme en question assure qu’il fait tout ce qu’il faut pour son salut, pour la vie éternelle. Il appelle Jésus « bon maître », qui lui rappelle que « Dieu seul est bon ». Et justement il a une vraie bonne nouvelle : il ne fait que lui démontrer qu’il ne pourra y arriver par lui-même, par ses actes, par son comportement aussi bon soit-il. La Loi, les commandements que Jésus rappelle et que l’homme dit avoir suivis ne suffisent pas. Dieu lui accorde sa grâce, son Amour, et lui, Jésus-Christ est venu l’annoncer et le réaliser.

« Tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu. Mais Dieu, par sa grâce, les rend justes, gratuitement, par Jésus-Christ qui les délivre de leur esclavage. », nous dit Paul également dans cette lettre aux Romains (chapitre 3 23-24).

« Jésus le regarda avec amour » autre traduction « il le regarda et l’aima ». v 21.

« Qui peut donc être sauvé ? » demandent les disciples. « Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible »

Histoire simple, assez loin de l’interprétation littérale.

Ensuite, cela devient une très bonne nouvelle : sur terre, parce que nous reconnaissons que Dieu nous aime (et non pas pour être reconnus !), nous devenons ses ouvriers, celles et ceux qui sont chargés de ses œuvres.  Encore une autre bonne nouvelle : nous sommes tous « ministres » ! Oh, pas vraiment celles et ceux des ors de la République, mais toutes et tous nous avons un ministère, un service, sur cette terre. C’est ce que l’on retrouve dans cet extrait de la lettre de Paul aux Romains que nous avons également entendu.

Dans la prière qu’il nous a enseignée, le Seigneur nous propose, en parlant au Père, « Que ta volonté soit faite, sur terre, comme au ciel. » Nous, les humains, sommes chargés de « sur terre ». Et cela veut dire – entre autres – la paix entre tous, le bien-être de chacun, le partage, l’accueil et l’ouverture.

Nous venons donc de voir que la mauvaise nouvelle apparente se transforme en bonne nouvelle.

Cependant, de toute évidence le sujet d’arrière-plan n’a pas été choisi par hasard. Nous ne pouvons évacuer en quelque sorte cette histoire sans y revenir.

Dans une précédente prédication, à propos d’éthique, de « ce qu’il vaut mieux pour nous », notre pasteur nous avait rappelé les multiples passages des livres de sagesse, où il nous est clairement demandé de choisir : 

  • « Mieux vaut un maigre salaire gagné honnêtement que de gros revenus tirés d’affaires louches. » (Pro 16 – 8),
  • ou encore « Mieux vaut être pauvre et se conduire avec intégrité qu’être riche et avoir une conduite tortueuse. » (Pro 28 – 6).

 Jésus vient ici rappeler ce qui doit faire autorité : « Nul ne peut servir deux maîtres … Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », nous dit-il par la voix de Marc, de Matthieu et de Luc.

« Dieu et Mamon » est certainement une expression qui nous est plus familière, et qui est sans doute plus juste, Jésus voulant bien signifier l’aspect spirituel, quasi-divin, l’idolâtrie que peut représenter l’argent pour certaines personnes.

Certains manuscrits de Mc 10 24 ajoutent d’ailleurs :  « …. Difficile à ceux qui se confient

dans leurs richesses ».

Ce n’est donc pas la « richesse » en soi qui est condamnée, mais l’addiction, l’idolâtrie de l’argent.

Comment aussi ne pas se souvenir de l’épisode de la veuve du temple, deux chapitres plus loin, dans le même évangile ? Tandis que certains, de façon ostentatoire, donnent leur superflu, avec quelques maigres piécettes, elle donne « sa vie ».

Conclusion

Chaque dimanche, comme nous l’avons fait au début de ce culte, nous redisons la volonté de Dieu, nous reconnaissons notre faiblesse, notre incapacité à la suivre, et nous proclamons que Dieu nous aime, nous pardonne. Tout lui est possible.

C’est ce que ce passage de l’évangile de Marc (que l’on trouve également chez Matthieu et Luc) nous rappelle. Il nous dit aussi que parce qu’il nous aime (et non pas pour qu’il nous aime) il nous faut choisir où nous plaçons notre foi, à qui, à quoi accordons-nous notre confiance.

Nous pouvons repartir de ce culte, heureux, confiants car nous n’avons qu’un seul maître : oui tout est possible à Dieu.

1 Jn 3 – 20… « En effet même si notre cœur nous accuse, nous savons que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il connaît tout. », ce qui se traduit aussi plus simplement : « car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur. »

Amen