Pourquoi un livre sur le Credo ? Explications de l’auteur

Publié le 3 janvier 2018

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Pourquoi un livre sur le Credo ? Explications de l’auteur

Introduction

Pourquoi ce livre ?

Sans que les individus en aient vraiment eu conscience, l’Occident est passé en deux siècles d’un modèle de société de « type traditionnel » à un nouveau type de civilisation qui se démarque tout particulièrement par la place qu’il attribue au réel et au rationnel. Ce passage ne s’est pas fait en douceur, notamment vis-à-vis de la religion chrétienne qui structurait jusqu’alors la société occidentale.

La progression des connaissances et des technologies dans tous les domaines a cependant peu à peu transformé le monde et déplacé tous les curseurs.

Concernant l’Histoire, des pans entiers furent redécouverts par les chercheurs qui ont fait ressurgir le passé et revisité les savoirs. Des civilisations perdues ont été redécouvertes par l’archéologie. Des cités sont sorties des sables. Le monde des dinosaures lui-même – disparu soixante millions d’années avant les premiers hommes – a été exhumé de l’oubli du temps. Les roches, les fossiles, les traces, ont parlé. La redécouverte de ces mondes par les hommes de science a transformé radicalement notre vision des origines de l’humanité et a bouleversé durablement la lecture que les docteurs de l’Église et les réformateurs faisaient du livre de la Genèse.

Face aux bouleversements provoqués par l’avancée des connaissances, nos grands-parents étaient souvent incrédules, voire hostiles. Avant que la reconstitution du crétacé et du jurassique soit établie et que la réalité de l’évolution des espèces entre dans les mentalités, les scientifiques durent affronter bien des sarcasmes. Une conférence célèbre opposa en juin 1860 le biologiste Thomas Henry Huxley à l’évêque d’Oxford Samuel Wilberforce. Ce dernier s’adressant à Huxley lui demanda : « Dites-nous est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe ? » Huxley lui rétorqua : « Si j’avais à choisir un ancêtre entre le singe et un universitaire s’opposant à des thèses, non par des arguments, mais par la dérision, alors sans aucun doute je choisirais le singe. » Cette passe d’arme rappelle l’âpreté des débats entre les gardiens de la tradition et du dogme et les novateurs qui s’ouvraient aux savoirs nouveaux. L’Histoire a montré par la suite que les institutions religieuses et les croyants ne cesseraient plus d’être interpellés et remis en cause au sujet des fondements mêmes de leur vision des origines et donc sur leur conception de la Création et du Créateur.

Avec le recul, et pour prendre une image, on peut dire que la modernité scientifique a produit sur la société occidentale chrétienne l’effet d’un véritable séisme. Les édifices théologiques, jadis majestueux, se sont fissurés, des pans entiers sont tombés et les fondements ont été ébranlés. Face au désastre, certains ont tenté de colmater les brèches, d’édifier des murs de soutènement et de faire comme si l’on pouvait reconstruire à l’identique en dépit des répliques. D’autres ont compris qu’il fallait au contraire faire tomber tout ce qui ne tenait plus debout et reconstruire sur des bases sûres. C’est ainsi que s’affrontent depuis des décennies, au sein de toutes les Églises chrétiennes, des « conservateurs » et des « progressistes », pour la plus grande perturbation des chrétiens qui ne savent souvent pas à qui donner raison. Les premiers, craignant de perdre la foi avec la réforme de leurs dogmes, refusent catégoriquement de s’ouvrir aux savoirs modernes et glissent soit dans la dichotomie entre foi et connaissances, soit dans diverses formes de mysticisme. Les seconds, plus attentifs aux révolutions et aux avancées des sciences, n’arrivent cependant pas toujours à relier la foi avec les connaissances de la culture moderne et s’installent souvent dans l’éloignement de leur Église – ou tout du moins au sein d’une pratique religieuse minimale – voire dans le scepticisme et l’agnosticisme. Un certain nombre finit même par se dire athées.

L’avancée des sciences dans tous les domaines, y compris en matière de sciences littéraires et de sciences religieuses, a bouleversé les connaissances et transformé en profondeur notre vision du passé, ainsi que notre type de rationalité. La foi chrétienne, qui est née et s’est construite dans l’antiquité tardive, puis durant le millénaire de chrétienté, est touchée de plein fouet par les éclairages et les déconstructions de la modernité. S’enfoncer la tête dans le sable et se déconnecter du monde moderne n’est évidemment pas la solution. L’ignorance n’est bonne pour personne. Elle est à la base, en religion comme ailleurs, de l’idéologie et de l’endoctrinement. Moins on est cultivé, plus on est sensible aux discours absolus qui ont la vérité contre tout le monde et surtout contre les faits qui restent malgré tout têtus, comme le disait le sombre Lénine.

Le Credo revisité s’adresse aux chrétiens « en » ou « hors » les murs qui ne peuvent plus adhérer immédiatement aux doctrines traditionnelles et qui sont en quête d’une nouvelle intelligence de la foi, tout en se voulant fidèles à l’Evangile prêché par Jésus de Nazareth. Ce livre ambitionne ainsi de mettre à la portée du non spécialiste de la théologie, les repositionnements que l’histoire, l’exégèse*, la théologie et la critique philosophique (notamment l’herméneutique*), apportent pour le renouvellement et la reformulation de la foi aujourd’hui. Dans cette perspective, le terme « vulgarisation », pris en son sens étymologique, convient tout à fait pour qualifier la visée de cet ouvrage[1].

Il ne s’agit certes pas d’une entreprise révolutionnaire ou très originale. Elle constitue depuis longtemps une préoccupation constante chez les théologiens de la modernité. Le nom de Rudolf Bultmann et son projet de démythologisation* ou celui de Paul Tillich et sa théologie de la culture, restent emblématiques de cette préoccupation pour notre génération, indépendamment des distanciations critiques dont les deux théologiens peuvent être l’objet.

Il faut cependant reconnaître que s’il est devenu commun, presque classique, de renouveler l’intelligence de la foi en regard des connaissances nouvelles en tous domaines, notamment en exégèse, les repositionnements de la théologie restent largement à la seule portée des spécialistes et d’un rang ténu de fidèles férus de théologie. Dans un livre récent, l’exégète Daniel Marguerat remarque tristement que les ministres des cultes dérogent le plus souvent à la transmission des savoirs de l’exégèsemoderne : « Comment se fait-il, écrit-il, que n’importe quelle théorie sur Jésus, surtout la plus farfelue, se transforme presque à coup sûr en coup médiatique ? J’incrimine l’ignorance du public, à commencer par celui des Églises. Le plus sûr allié des manipulateurs d’opinion est le non-savoir sur la recherche du Jésus de l’histoire. J’invoque donc la responsabilité des formateurs en Église : il y a un savoir à communiquer, une intelligence à transmettre, une attention à éveiller, pour éviter que la foi dégénère en naïveté et la conviction en obscurantisme. Force est de constater que, jusqu’ici, les agents de pastorale ont – partiellement du moins – failli à leur tâche de formation. Il est urgent qu’ils surmontent leurs appréhensions et prennent leur place dans le débat sur le Jésus de l’histoire ; il serait paradoxal que les croyants en soient, par dédain, les seuls absents. »[2]

Les chiffres de la sociologie religieuse témoignent de l’urgence de revisiter et de reformuler pour notre époque le corpus de la foi chrétienne. En effet, alors que 70% de la population française se réclamaient en 1981 du catholicisme, tous types de pratiques confondus, on ne comptait plus en 2008 que 42% des Français à se dire catholiques[3]. Plus précisément encore, les chiffres se sont carrément inversés en 27 ans entre les catholiques pratiquants réguliers et les athées convaincus. Les premiers représentaient en effet 17 % de la population française en 1981, les seconds 9 %. Or, les statistiques de 2008 révèlent que les athées convaincus constituent à présent 17% de la population française, pour 9% de catholiques pratiquants[4]. La chute vertigineuse des vocations est aussi un signe distinctif. 41.000 prêtres exerçaient un ministère en 1960, mais on en recensait plus que 15.000 en 2010, dont la moitié dépasse l’âge de 75 ans[5]. Concernant les protestants, s’ils connaissent une légère progression, leur nombre ne dépasse pas en France les 3% de la population[6]. L’Église Réformée de France[7] qui restait en 2013 la première dénomination protestante sur le plan numérique a elle-même perdu un tiers de ses pasteurs dans la période de 1970 à 2013[8]. La décroissance des Églises chrétiennes en Europe est certes multifactorielle, mais il est manifeste que la formulation des contenus de la foi constitue un obstacle pour les populations modernes façonnées par la rationalité moderne.

Le Credo revisité se propose de reprendre les différents articles du Symbole des apôtres non pour démontrer leur caducité ou effectuer un tri entre ce qui est acceptable pour les modernes et ce qui serait dépassé, mais tout contraire pour y retrouver la sève spirituelle de la foi chrétienne et la redire à l’homme et à la femme d’aujourd’hui qui sont inévitablement façonnés par la culture scientifique et la rationalité moderne.

Le choix de partir du Credo est venu autant de la valeur historique et spirituelle qu’offre ce texte vénérable, que de l’usage instauré à la Réforme de commenter le Credo pour actualiser la foi des chrétiens. À la veille de l’année 2017 qui verra la célébration des cinq cent ans de la Réforme[9], j’ai plaisir à offrir cette contribution, pénétrée, je l’espère, par l’esprit de réformation perpétuel qui est au cœur de la Réforme, comme l’indique l’adage protestant Semper reformanda est[10].

Concernant la structure de ce livre, j’avais envisagé de faire précéder la reprise des articles du Credo par une introduction historique et théologique. Vu cependant l’espace que réclamait le traitement de chaque article, je me suis résolu à insérer mes notes sur les origines et le développement du Credo, puis une reprise théologique du concept de Révélation, en annexes 1 et 2.

Pour alléger l’ouvrage, j’ai par ailleurs réduit à l’essentiel l’usage des citations et des références en bas de page. Le lecteur désireux d’aller plus avant trouvera néanmoins à la fin du livre une petite bibliographie sélective rassemblant les ouvrages qui ont nourri, chapitre par chapitre, mes recherches et ma réflexion.

Sachant enfin que le langage théologique – indispensable pour comprendre la théologie classique comme les théologiens modernes – a besoin d’être « décodé », le lecteur trouvera dans les notes de bas de page la signification des mots théologiques lorsqu’ils seront utilisés pour la première fois, ainsi qu’un petit glossaire en fin de volume qui rassemble les mots marqués d’un astérisque dans le texte.

La plupart des articles du Credo pouvant se lire sans ordre chronologique, le lecteur pourra aborder les différents chapitres selon ses pôles d’intérêt.

Si Le Credo revisité stimule la réflexion de ceux qui « en les murs » ou « hors les murs » des Églises me font l’honneur de le lire, il aura atteint son but.

Bruno Gaudelet, Neuilly-sur-Seine, 2015.

 

 

 

[1] Le mot « vulgarisation » – tiré du latin vulgaris, « qui concerne la foule » – signifie : « répandre des connaissances en les mettant à la portée du grand public ».

[2] Daniel Marguerat, L’Aube du christianisme, Genève, Labor et fides, Paris, Bayard, 2008, p. 153.

[3] Collectif, La nouvelle France protestante, Essor et recomposition au XXIe siècle, Sous la direction de Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime, Genève, Labor et fides, 2011, p. 371.

[4] Collectif, La nouvelle France protestante, Essor et recomposition au XXIe siècle, op. cit., p.  371.

[5] Cf. Henri Tincq (journaliste spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008) article consulté en ligne le 26 décembre 2014 sur le site : http://www.slate.fr/story/23805/eglise-crise-vocation.

[6] Collectif, La nouvelle France protestante, Essor et recomposition au XXIe siècle, op. cit., p. 371.

[7] Devenue en 2013 Église Protestante Unie de France par sa fusion avec l’Église Evangélique Luthérienne de France.

[8] Les archives synodales révèlent que l’ERF rémunéraient 547 pasteurs en 1970 (rapport de la Commission des ministères p.121), soit 477 ministres exerçant un « ministère de type pastoral paroissial » et environ 70 assumant un ministère dit « spécialisé sur poste ERF ». Au 1er octobre 2013 le Secrétaire Général comptabilisait 363 ministres rémunérés par l’ERF, 320 affectés sur les postes paroissiaux et 43 sur les postes régionaux ou nationaux (74 ministres issus de l’ERF exerçaient par ailleurs leur ministère en 2013 au sein d’une œuvre, d’un mouvement ou d’une Église sœur, 21 étaient déclarés en « congés » et 2 « hors cadre » soit un total de 97 ministres ou ex-ministres ERF n’assumant plus un ministère en son sein). Ainsi entre les 547 pasteurs ERF de 1970 et les 363 pasteurs de 2013 ce ne sont pas moins de 184 postes rémunérés qui ont disparu, soit quasiment 35% de ministres en moins en 40 ans. Ce chiffre concerne la seule Église Réformée de France (ERF) et non l’ensemble du protestantisme français. Sur l’évolution du nombre des pasteurs et du protestantisme en France cf. Patrick Cabanel, Histoire des Protestants de France, XVIe-XXIe siècle, Paris, Fayard, 2012, p. 950ss et 1172ss.

[9] Le début de celle-ci est fixé le 31 octobre 1517, jour où Martin Luther afficha ses 95 thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. Cf. Marc Lienhard, Martin Luther, Genève, Labor et fides, 1991.

[10] « Ecclesia reformata semper reformanda est », « L’Église réformée est toujours à réformer ».

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