LE « NOUS » DU NOTRE PERE

Publié le 3 janvier 2018

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Exemple

LE « NOUS » DU NOTRE PERE

Article du Bulletin juin-septembre 2018

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Introduction

 

Comme chaque lecteur assidu des évangiles le sait, nous disposons de deux versions du Notre Père. La version de Luc est plus courte que celle de Matthieu. Les contextes dans lesquels les deux versions sont incluses varient aussi : 1) En Luc Jésus répond à la demande des disciples : « Seigneur enseigne-nous à prier » (Luc 11.1). 2) En Matthieu la prière de Jésus est insérée dans le discours sur la montagne, juste après sa critique à l’égard de la prière « ostentatoire » de ceux qui aiment « se montrer aux hommes » (Mt 6.5). Plutôt que de se demander laquelle des versions de Luc ou de Matthieu est la plus originelle, il vaut mieux considérer que l’un et l’autre ont adapté ce morceau d’anthologie pour leur propre composition littéraire. Les différences entre les deux évangiles suggèrent que la prière de Jésus circulait assez librement. Les convergences signalent un « noyau dur » commun à Luc et Matthieu dont il n’y a pas de raison de douter qu’il remonte au Maître de Nazareth ; tout comme la majorité des enseignements développés théologiquement et narrativement par les évangélistes d’ailleurs.

 

I. Notre Père

 

Le Notre Père a une place particulière dans toutes les églises chrétiennes. Modèle de prière qui résume et exprime tout ce que nous ne savons pas dire, la prière de Jésus constitue aussi un concentré théologique d’une très grande richesse, à commencer par les deux premiers mots : « Notre Père ! »  En effet, si l’invocation de Dieu comme Père était courante dans le judaïsme du second temple, il reste que cet usage prend avec Jésus une intensité particulière (192 mentions du mot « Père » dans les évangiles, pour sept occurrences dans le Premier Testament). Pour Jésus, Dieu est « Notre Père », non plus seulement en raison de son œuvre créatrice par laquelle nous sommes engendrés selon sa ressemblance, mais également en vertu du dévoilement par l’Evangile de ses sentiments pour nous.  Cette proximité du Père, Jésus la décline dans ses paraboles – notamment dans la parabole du fils prodigue où Dieu apparaît comme un Père bienveillant -, mais également par sa recommandation de nous adresser à Dieu comme à « Notre Père ». Il s’agit là, évidemment, d’un langage figuratif, anthropomorphique. Et c’est pourquoi, au contraire de Luc, Matthieu renvoie immédiatement son lecteur à la transcendance de Dieu en lui rappelant que si l’Eternel est un Père, c’est un Père qui est « dans les cieux ».

II. Le « nous » du « Notre Père

 

L’utilisation de la première personne du pluriel pour la formulation du Notre Père ne manque pas d’étonner en Matthieu puisque c’est dans le prolongement de la recommandation de Jésus à rejoindre le Père dans le secret de la chambre que l’évangéliste insère le Notre Père. En effet, s’il s’agit de retrouver Dieu à l’écart, pourquoi utiliser la première personne du pluriel plutôt que la première personne du singulier ?  Pourquoi dire « notre Père » et non « mon Père » ? Dans la version de Luc il n’est pas question de mise à l’écart et la prière de Jésus commence simplement par le mot « Père ». Toutefois un « nous » communautaire apparait également à partir de la demande du pain quotidien. Qu’en déduire ?

 

Assurément la prière se vit d’abord dans le secret du Père, comme une relation personnelle et privilégiée avec Dieu. Prier c’est parler avec Dieu dans l’intimité de sa chambre ou en tout autre lieu où nous pouvons nous isoler en sa présence et communier avec lui. Toutefois nul croyant n’a vocation à faire cavalier seul. Le fidèle individualiste, détaché de la communauté des croyants et qui n’a besoin que de Dieu seul, n’est pas une figure évangélique. Le « nous » du « Notre Père » rappelle que le chrétien a besoin de la communauté, tout comme celle-ci a besoin de chacun des siens. La première question n’est d’ailleurs pas « qu’est-ce que la communauté peut m’apporter ? », mais « qu’est-ce que je peux moi apporter à la communauté ? » « Qu’est-ce que Dieu me demande de faire pour son église ? » Le croyant distancié de son assemblée retourne insensiblement à ses pensées, à sa propre compréhension des Ecritures, selon ses seules lumières. Sa prière tourne souvent sur les mêmes préoccupations, exprimées avec les mêmes mots. Le risque de la vaine répétition, l’aridité spirituelle, l’ennui même, le guettent assurément. La pensée magique étant plus ou moins latente en chacun, l’esprit détaché de la communauté réemprunte peu à peu des sentiers où l’image de Dieu se brouille et retrouve les traits du « Dieu magicien » des mythologies religieuses, du « Bon Dieu » de la religion populaire ou du « Génie qui exauce les souhaits » de la superstition.

 

III. Le sens de la communauté

 

La communauté croyante nous est donnée comme une famille spirituelle afin que chacun soit accueilli, accepté comme il est, encouragé, édifié, réconforté, consolé, conseillé, accompagné. Mais l’église locale nous est donnée aussi comme le lieu par excellence de notre stimulation spirituelle, intellectuelle et humaine. L’enseignement théologique nous instruit et nous construit. La prédication nous nourrit, nous déplace, nous ouvre des perspectives. La prière en église nous donne des mots pour élargir l’espace de nos propres prières et nous ouvre une autre dimension de la communion avec Dieu : la communion du « corps de Christ » qui se concrétise durant le culte à l’écoute de la Parole et se fait signe autour de la table du Seigneur.

 

Tel est le sens profond du « nous » du « Notre Père » qui nous renvoie aux bienfaits de la communauté croyante et au rôle unique de l’assemblée locale pour l’édification et le renouvellement permanent de notre foi. C’est dans ce sens que l’épître aux hébreux exhorte ses lecteurs au chapitre 10.25 : « N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns, mais exhortons-nous mutuellement ». L’auteur de l’épître aux hébreux est parfois maladroit et quelque peu paternaliste, voire patriarcale, dans ses exhortations. Mais dans ce verset il ne fait que rappeler, tout comme Ephésiens 4, le rôle indispensable de l’église locale pour que la foi ressemble à l’eau vive et rafraîchissante du ruisseau, et non à l’eau stagnante du bassin fermé sur lui-même.

 

«  Christ, déclare Ephésiens 4, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints. »

Cela en vue de l’œuvre du service et de l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ. Ainsi nous ne serons plus des enfants, flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices, mais en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. De lui, le corps tout entier bien ordonné et cohérent, grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortement, tire son accroissement dans la mesure qui convient à chaque partie, et s’édifie lui-même dans l’amour. »

 

Pour illustrer le « perfectionnement des saints » et l’importance des « jointures » du corps de Christ que sont les croyants, j’aime comparer l’église locale, et son lieu le plus emblématique : le culte, avec une salle de sport. Un sportif qui ne s’entraine plus n’a aucune chance de gagner la course, ni même de prendre tout simplement plaisir à l’exercice corporel. Sans mettre la barre trop haute avec le modèle de l’athlète de haut niveau qui s’astreint à un entrainement rigoureux, l’exemple de ceux qui se maintiennent en forme, font de l’exercice afin d’abriter « un esprit saint dans un corps saint » (Juvénal) nous offre une très bonne comparaison pour la vie spirituelle. Tous les médecins de toutes les spécialités nous disent que l’exercice physique est le meilleur moyen d’entretenir une bonne santé et de faire reculer toutes sortes de pathologies dont les maladies cardiovasculaires. S’il en est ainsi du corps, pourquoi en irait-il différemment de l’âme ? L’église locale – et notamment le culte – est le lieu des haltérophilies et du jogging  spirituels, le lieu où l’on se forge cet « esprit saint » appelé à « habiter dans un corps saint ». Le « souffle » de l’âme s’y renforce, de même que le « cœur » qui irrigue la foi. L’âme du croyant qui ne s’entraine plus devient « molle », « amorphe », « apathique ». Celle de ceux qui s’y exercent est spirituellement « vive » et « dynamique ». Parole de coach spirituel !

 

Conclusion

 

Abandonner l’assemblée, se replier sur soi, sa foi, ses idées, ses interprétations, son auto-suffisance spirituelle, …  c’est à coup sûr opter pour le bassin fermé sur lui-même plutôt que la source qui court de renouvellement en renouvellement. « Que celui qui a des oreilles pour entendre, disait Jésus, entende ! »

 

Pasteur Bruno Gaudelet

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