Repenser la Révélation

Publié le 12 juin 2017

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Repenser la Révélation

(Extrait de Bruno Gaudelet, Le Credo revisité, Lyon, Olivetan, 2015, p. 331ss)

L’exégèse moderne a mis en question la doctrine de l’inspiration des Ecritures et la méthode théologique qui consistait à établir « la bonne doctrine » en rassemblant les différentes affirmations de la Bible sur un sujet, puis en élaborant une synthèse harmonieuse (analogie de la foi). Comme l’explique le philosophe Paul Ricoeur, la « naïveté » des chrétiens du christianisme classique – qui croyaient accéder directement à la Révélation de Dieu en ouvrant la Bible – est irrémédiablement perdue[1]. Refuser l’exégèse moderne pour sauvegarder la doctrine de l’inspiration et l’interprétation traditionnelle de l’Ecriture, revient inévitablement à sacrifier l’intelligence (sacrificiumintellectus)[2]. L’exégèse moderne implique – ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle – que la notion de Révélation soit repensée.

Penser la Révélation implique au minimum de relever que le langage chrétien parle de Révélation au singulier,

– que la notion de Révélation suppose un révélateur,

– de même qu’un message originellement caché, mais finalement dévoilé,

– un bénéficiaire de ce qui est révélé,

– un ou plusieurs modes de Révélation,

– et enfin des « lieux » où la Révélation se donne.

Si nous suivons cet itinéraire plusieurs perspectives se détachent :

Le fait que nous ayons affaire à une Révélation au singulier montre que la Révélation n’est pas un ensemble de vérités propositionnelles collectées dans la Bible ou établies de façon dogmatique. Autrement dit, la Révélation n’est pas un catalogue de vérités inspirées prélevées dans les Ecritures ou élaborées par les conciles ou les synodes. Les écrits bibliques participent ensemble au dévoilement de quelque chose qui est caché. Les traditions théologiques s’efforcent de penser la foi en rapport avec la Révélation, mais la Révélation ne doit être confondue, ni avec la richesse de sens que les textes apportent par le travail de l’exégèse et de l’interprétation, ni avec la richesse de sens et les enseignements synthétisés par les traditions théologiques.

La Révélation biblique n’a, en fait, nul autre objet que le dévoilement de Dieu lui-même. C’est l’idée de Dieu qui est travaillée au fil des récits bibliques, dans les textes de lois en quête de justice et d’équité, au sein des écrits de sagesse et de poésie, tout comme dans les Evangiles et les épitres. Cette idée de Dieu rebondit de chapitre en chapitre, explore des pistes multiples, se mêle tantôt avec les plus hautes aspirations humaines, tantôt avec la partie la plus sombre de l’humain (comme le fantasme de la toute-puissance, l’intolérance, la cruauté, la guerre sainte, etc.), elle se raffine chemin faisant, progresse vers l’abstraction, se déploie, raisonne, tire des conséquences logiques concernant Dieu, des conséquences pratiques et éthiques concernant les humains, ainsi que des imaginaires eschatologiques exprimant ce que l’humain espère au tréfonds de lui. La condition humaine, le bien, le mal, la vie, la mort, l’amour, la haine, le sens, le non-sens, la sagesse, la folie, toutes les faces de l’existence et la multiplicité des façons d’exister, donnent aux auteurs bibliques l’occasion de travailler l’idée de Dieu. En d’autres termes, c’est le dévoilement progressif du monothéisme qui constitue la Révélation au cœur des livres bibliques. Certes, aucun texte n’est directement lui-même Révélation. C’est par la médiation de l’exégèse et de l’interprétation, d’une part, et par l’action éclairante de l’Esprit de Dieu, que les textes nous dévoilent la Révélation monothéiste dont ils sont porteurs et à laquelle ils participent.

Ceci nous amène à distinguer entre la Révélation biblique et l’auto-Révélation de Dieu. Si la Révélation biblique est un lieu historique et langagier de la Révélation de Dieu, la Révélation de Dieu dépasse la Révélation biblique. Dieu se révèle, en effet, aussi, évidemment, en d’autres lieux. Par exemple dans la contemplation des perfections invisibles de la création, comme la Bible le suggère elle-même (Ps 8, Ps 19, Rom 1.28). Dieu se révèle au travers du beau qui transcende toutes les beautés. Il se révèle à la conscience inquiète de sa finitude ou face aux aliénations existentielles. Il se révèle à quiconque écoute ce qui le préoccupe ultimement. Il se révèle à celui qui s’ouvre à la transcendance et à la pensée de l’éternité qui l’habite. Il parle à l’humain sur sa couche, voire dans son sommeil (Ps 63.6, Nb 12.6). Dieu est Esprit, dit Jésus, il n’est donc pas limité pour se révéler à l’esprit humain. Le fait, cependant, que le Créateur soit discernable dans les perfections de la création souligne bien que Dieu est essentiellement « épiphanie », c’est-à-dire « manifestation ». Dieu se manifeste « s’auto-manifeste » à la conscience humaine, il lui parle, l’interpelle, se communique à l’esprit humain. C’est pourquoi nombre de théologiens évoquent la Révélation directe de Dieu – qui est l’objet et le Révélateur de sa Révélation – en recourant au langage de l’auto-Révélation, de l’auto-manifestation ou encore de l’auto-communication.

Certes, l’autorévélation de Dieu ne consiste pas en une somme ou une série d’oracles ou de connaissances. Comme l’affirmait à juste titre Martin Luther, Dieu se révèle toujours comme un Dieu caché. Sa Révélation conserve donc toujours un côté paradoxal. Dieu reste toujours, en lui-même, au-delà de ce que l’homme peut envisager ou connaître. La Révélation n’est pas connaissance « sur » Dieu, mais autorévélation « de » Dieu. Dieu reste lui-même toujours un mystère au-delà de nos mots et de nos concepts. La Révélation de Dieu est bien davantage « prise de conscience » de sa Présence, « dévoilement » de sa Souveraineté et « appel » à la conversion. Tel le prophète Esaïe du chapitre 6, le bénéficiaire de la Révélation peut être tout à fait terrorisé et saisi par la culpabilité en raison de la sainteté de la Présence qui se dévoile. Il peut aussi exulter en louange comme le psalmiste du Ps 8 ou manifester de la curiosité comme le Moïse du buisson ardent. Ces récits bibliques et bien d’autres « travaillent » et nous aident à « travailler » l’idée de Dieu en regard de notre aliénation existentielle et de notre condition humaine habitée par le « péché ».

[1] Voir la Préface de Paul Ricoeur au livre de Rudolf Bultmann, Jésus mythologie et démythologisation, Paris, Seuil, 1968. Ainsi que, Paul Ricoeur, Finitude et Culpabilité. La symbolique du mal, Paris, Aubier, 1960, p. 224, 326.

[2] Ibid., p. 224 et 326.

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