En quête d’identité

Publié le 22 avril 2017

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Exemple
date 2015-09-03
prédicateur Pasteur Bruno Gaudelet
Lieu France, Neuilly-sur-Seine

En quête d’identité

Qui suis-je ? Réflexion sur l’identité

Introduction

Qui suis-je ?  Quelle est mon identité ?

Tel est le thème proposé ici à notre méditation.

Les différents niveaux où se situe notre identité

Notre identité se situe sur au moins quatre niveaux :

1 – L’identité génétique :

Je suis un homme ou une femme,

avec un patrimoine génétique particulier,

une certaine taille,

une couleur de peau et de cheveux,

des traits de caractère ou de morphologie identifiables,

et d’autres choses encore qui sont liées au code génétique

2 – L’identité sociale :

Je suis né(e) quelque part,

mes origines se situent au sein d’un peuple ou au croisement de plusieurs,

je possède une ou plusieurs nationalités,

j’ai été élevé(e) dans tel milieu,

Je parle telle(s) langue(s),

J’exerce ou j’ai exercé telle profession, ou telle activité,

je suis marié(e), célibataire, divorcé(e), veuf ou veuve,

je n’ai pas d’enfants, j’en ai un ou plusieurs, j’en ai adoptés,

… d’autres points liés à ma condition, à mon âge, à mes héritages et à ma façon de vivre dans la société peuvent être mentionnés ici.

3 – L’identité personnelle

Un troisième niveau d’identité se situe sur le plan existentiel et psychologique. C’est le niveau du ressenti et de la façon dont j’habite mon existence :

Je me ressens de tel groupe social,

de telle orientation sexuelle,

de telles convictions religieuses, philosophiques ou politiques,

de telle ou telle appartenance culturelle,

de telle affinité idéologique,

c’est ici aussi que je me confronte avec mon histoire et mon vécu et que se forge ma personnalité.

4 – L’identité absolue

Enfin discernons un quatrième niveau qui relève de la conscience humaniste et peut être désigné sous le nom « d’identité absolue ».

L’être humain possède en lui-même une valeur inaliénable et des droits fondamentaux. Nul ne se réduit ainsi à ses œuvres, bonnes ou mauvaises, à ses origines ou sa condition sociale. La personne humaine reste toujours plus grande que ses réalisations sociales, historiques et existentielles.

Permanence et changements

Sur le plan de l’analyse, il est manifeste que le premier et le quatrième niveau d’identité, relèvent de la permanence. L’identité génétique et l’identité absolue ne sont nullement susceptibles de variations. Mon patrimoine génétique reste ce qu’il est. Je suis homme avec deux chromosomes XY ou une femme avec les chromosomes XX. L’hérédité génétique qui m’a été transmise est permanente tout comme l’identité absolue qui assure qu’un être humain reste indéniablement un être humain avec une dignité, des droits et des devoirs.

Au contraire, les niveaux deux et trois comportent des éléments permanents et des éléments variables et changeants :

  • Sur le plan de l’identité sociale mes lieu et date de naissance, mes origines, relèveront de la permanence, mais je peux acquérir une nouvelle nationalité, changer de statut social, professionnel, matrimonial, parental, etc.
  • De même sur le plan de l’identité personnelle, un certain nombre de traits de caractères et d’éléments de ma personnalité resteront permanents tout au long de ma vie. Ils contribueront à l’unité de ma personne et me rendront identifiable pour moi-même et les autres.

En revanche, d’autres traits de caractères évolueront, se durciront ou s’affineront. Ma personnalité pourra ainsi connaître des évolutions au point que certains diront ne pas me reconnaître. Mes orientations et appartenances politiques, religieuses, philosophiques, culturelles, idéologiques, sexuelles, comporteront des traits permanents, mais peut-être également de la nouveauté et du changement.

Pour évoquer la permanence et le changement concernant l’identité, le philosophe Paul Ricoeur fait intervenir les catégories de l’identité idem (mêmeté) et de l’identité ipse (soi) – (Cf. : Soi-même comme un autre, Paris, 1997, Seuil) –.

L’identité idem correspond aux caractères qui me sont donnés dès ma naissance et qui ne changent pas tout au long de ma vie.

L’identité ispe, désigne l’ego, le soi, qui évolue dans le temps, mais se reconnait cependant lui-même comme soi (ipséité).

L’identité idem, permet de s’identifier au fur et à mesure des temps et des époques et de se reconnaître comme étant le « même » au fur et à mesure des âges (mêmeté).

L’identité ipse, renvoie au soi qui se construit peu à peu à la faveur des rencontres, des événements, du vécu, et qui se situe au milieu des autres et du monde.

Par l’identité idem je me reconnais comme même. Par l’identité ipse je m’identifie comme moi-même au travers des changements que j’intègre et de la découverte des autres qui m’aident à me percevoir moi-même. La réponse à la question « qui suis-je ? » passe par la rencontre de l’autre, le prochain, miroir de soi-même. Nul ne se connait soi-même par l’isolement des autres. C’est dans la rencontre du prochain comme un autre soi que je découvre mon identité.

Identité narrative

L’identité personnelle doit donc faire avec de la permanence et du changement en positif ou en négatif, ce qui induit des temps de crise pour l’identité. De fait, nos réussites, nos succès, mais aussi nos épreuves, nos échecs ou nos culpabilités, nous façonnent ; tout comme, il faut le relever, la manière de raconter notre histoire et de nous raconter. Paul Ricoeur fait émerger à ce sujet la catégorie de l’identité narrative qui joue un rôle considérable dans la dialectique de l’identité idem et de l’identité ipse.

C’est en effet par la narration de soi que se reconfigurent les éléments permanents et changeants. La façon dont nous nous racontons, ou racontons notre histoire, et les éléments que nous sélectionnons ne sont pas anodins. C’est en nous racontant que nous faisons émerger une certaine représentation de ce que nous sommes. Une représentation proche du réel ou plutôt éloignée.

Une personnalité équilibrée aura tendance à sélectionner des éléments positifs capables de renvoyer une image apte à assumer les échecs et les épreuves. Une personnalité pessimiste, ou affectée par une période dépressive, aura tendance à se focaliser sur les éléments négatifs ou éprouvants de l’existence (réels ou exagérés).

L’identité se construit aussi par la narration de soi, c’est pourquoi il importe d’apprendre à se raconter de façon équilibrée en évitant de sélectionner uniquement ses tares, ses malheurs, ses insuffisances et ses échecs, mais d’inclure, également, de façon proportionnée, ses capacités, ses talents, ses réussites et ses bonheurs. Une saine réforme de notre discours sur nous-même peut être salutaire et revivifiant sur le plan de l’esprit, comme de l’identité.

Envoi

La foi joue-t-elle un rôle concernant l’identité et la perception que nous avons de nous-mêmes au sein d’un monde qui déshumanise parfois l’individu et le réduit à ses réussites ou à ses échecs ?

Il est évident que la foi ou l’athéisme sont impliqués dans l’identité sociale et personnelle des personnes. Se ressentir croyant ou non-croyant, se raconter croyant ou non-croyant, compte dans la perception que nous avons de nous-mêmes, tout autant que dans l’affirmation sociale de soi. Du coup, s’ils ne relèvent pas de l’identité idem (car on peut devenir croyant ou incroyant) la foi et l’athéisme influent sur l’identité ipse, et d’autant plus, d’ailleurs, si nous appartenons à une communauté religieuse qui multiplie les occasions de rencontre avec ces autres, miroir de nous-même.

Mais précisément, se dévoile ici un autre niveau d’expérience cognitive de soi, celui du miroir de l’Autre. Si le soi se découvre et se dévoile tout particulièrement au travers de la rencontre des autres, que dire de la rencontre avec l’Autre, le Tout-Autre, Dieu ?

Le réformateur Jean Calvin commence son œuvre majeure, L’Institution de la religion chrétienne, par cette phrase devenue célèbre « Toute la somme presque de notre sagesse laquelle, à tout compter, mérite d’être réputée vraie et entière sagesse, est située en deux parties : c’est qu’en connaissant Dieu, chacun de nous aussi se connaisse ».

Pour Calvin – qui récapitule ici des siècles de pensée chrétienne de saint-Ambroise à Thomas d’Aquin en passant par saint Augustin et saint Bernard de Clairvaux -, on ne sait pas bien laquelle des deux connaissances produit l’autre. C’est par la contemplation des œuvres de Dieu, l’être humain inclus, que l’homme perçoit la révélation de Dieu dans le grand livre de la Création. Mais plus l’humain entrevoit l’Être qui lui a donné de l’être, plus il entrevoit sa différence, mais aussi sa ressemblance spirituelle avec cet Être que la tradition monothéiste appelle Dieu. Sa différence tient dans ses limites et ses imperfections. Sa ressemblance vient de sa spiritualité et de la grandeur que Dieu lui a donnée.

Que cette nouvelle année scolaire 2015-2016 soit pour chacun de nous l’occasion d’approfondir notre connaissance de Dieu afin de mieux nous connaitre nous-même, et qu’en nous connaissant davantage, Dieu nous soit davantage révélé.

Pasteur Bruno Gaudelet
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  1. Catéchisme des collégiens

    9 décembre 2017 @ 9 h 30 min - 9 mars 2018 @ 12 h 00 min
  2. Catéchisme pour adultes, séance 3

    20 décembre 2017 @ 20 h 30 min - 31 mars 2018 @ 22 h 00 min
  3. Veillée de Noël

    décembre 24 @ 19 h 30 min - 20 h 30 min
  4. Culte de Noël

    décembre 25 @ 10 h 30 min - 12 h 00 min
  5. Pas de culte dimanche 31 décembre

    décembre 31 @ 0 h 00 min

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