Quand l’Evangile se raconte, Interview pour le journal Réforme

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Quand l’Evangile se raconte, Interview pour le journal Réforme

Publication mise en avant

Recension et Interview de Bruno Gaudelet par Jean-Marie de Bourqueney pour le journal Réforme n°3810 du 11 juillet 2019

    (texte intégral)

 

  1. Vous êtes théologien et philosophe (post-doc à l’EPHE), comment est née l’idée de ce livre ?

Le présent livre est avant tout le recueil des émissions enregistrées pour le Carême protestant sur France Culture. L’idée de retravailler mes prédications narratives du vendredi saint – fruits de mes recherches en narratologie, mais aussi en écriture romanesque – a trouvé sa concrétisation à cette occasion.

 

  1. La démarche que vous nous proposez s’éloigne des formes classiques, comment la définir ?

 

L’exégèse narrative – initiée des travaux des sciences littéraires – n’est plus une nouveauté. La plupart des spécialistes de l’exégèse historique et critique lui ont consacré eux-mêmes plusieurs ouvrages théoriques ou pratiques ; notamment D. Marguerat et G. Theissen pour ne citer qu’eux.

 

  1. Quel est l’objectif de la lecture narrative ?

 

Elle permet de « sentir » le texte et de penser avec lui dans son horizon de sens. Elle nous fait redécouvrir que l’étude des textes bibliques ne se limite pas aux questions de dates, d’authenticité, de contextes ou « d’historicité ». Elle nous ouvre à ce que Ricoeur appelait le « monde du texte ».

 

  1. Raconter l’évangile, n’est-ce pas courir le risque d’un déficit d’exégèse au profit de l’imaginaire du prédicateur ?

 

Il ne faut pas confondre la prédication et l’écriture narrative avec l’exercice du conteur – qui n’est d’ailleurs pas dénué de valeur. Il n’y a pas de prédication narrative sans les res­sources de l’exégèse historique et littéraire et celles de l’exégèse narrative. Le genre littéraire romanesque est différent de l’exégèse savante, mais non moins expressif. Il n’y a pas en outre, d’un côté les travaux de l’étude critique qui ressortiraient de la pure « objectivité », et de l’autre ceux de la narratologie qui relèveraient de la « subjectivité » de l’interprète. Toute exégèse, savante ou narrative, dépend toujours de la compréhension – et donc de l’imaginaire sans lequel nul ne peut penser – de celui qui les produit.

 

  1. Peut-on se passer d’une explication analytique ?

 

La narratologie est une forme d’exégèse. La véritable question est « comment décider si une interprétation est recevable ou non ? » La question se pose pour tous types d’exégèse, critique ou narrative, comme pour tout système théologique. L’attache de l’interprétation avec le texte, la validité des présupposés de l’interprète, la cohésion des résultats avec les savoirs acquis, la cohérence de l’ensemble, sa plausibilité, … voilà quelques-uns des critères efficaces pour éprouver la valeur et la recevabilité d’une interprétation.

 

  1. Pensez-vous que cette méthode d’approche et de transmission du texte biblique peut intéresser un nouveau public ?

 

Tout est possible sous le soleil, mais il faut se garder d’opposer l’outil critique et l’outil narratif. Mieux vaut utiliser toute la palette des outils et combiner les méthodes, car le but n’est pas l’outil ou la méthode, mais la « fusion des horizons » entre textes et lecteurs en vue de la compréhension et de l’avènement du « penser avec le texte » qui est le gage d’une saine herméneutique.

 

  1. Vous êtes spécialisé en herméneutique, c’est-à-dire dans l’étude des conditions et des processus de l’interprétation, est-ce une mise en pratique de vos recherches en la matière que vous présentez en ce livre ?

 

Bien vue ! L’herméneutique n’est pas un outil ou un auxiliaire de la théologie ou de l’exégèse – comme le croit à tort nombre de gens – mais toute théologie et toute exégèse sont herméneutique. Quand l’Evangile se raconte est un essai d’herméneutique pratique.