Maximes pour notre « avenir » en 2019

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Exemple

Maximes pour notre « avenir » en 2019

La saint sylvestre et tout le mois de janvier nous donnent l’occasion d’échanger nos vœux de bonheur et de bonne santé. Nous nous souhaitons plein de bonnes choses pour cet inconnu qui est devant nous que nous appelons « l’avenir ».

Certains l’affrontent vaillamment, prêts à tous les rebondissements et à toutes les adaptations. D’autres le redoutent : « Et si cette année était la dernière de ma courte existence ? » Les voyantes et les devins établissent depuis toujours leurs fonds de commerce sur la crainte que suscite l’avenir pour beaucoup.

 

Et nous, les croyants, que dit-on face à l’avenir ?

 

Il y a des refrains ou des maximes qui circulent au sein des églises et dans la société qu’il est utile d’interroger et de mettre en regard avec la Bible. J’en ai retenu particulièrement deux pour cette réflexion : 1) Celui où nous fredonnons « j’ai tout remis entre tes mains » ou encore : « mon avenir est dans ta sûre main (Dieu) ». 2) Et le très fameux adage : « aide-toi et le ciel t’aidera ». Le refrain répond assurément à l’angoisse de l’avenir par un saut de la foi : « notre avenir est dans les mains de Dieu ». L’adage exprime pour sa part l’optimisme ou le sursaut devant les difficultés ou l’angoisse de l’avenir. L’un et l’autre expriment-ils cependant véritablement la sagesse et la foi monothéiste et chrétienne ? Regardons les choses d’un peu plus près.

 

I. « Mon avenir est dans les mains de Dieu »

 

A ma grande surprise la maxime : « mon avenir est dans les mains de Dieu », ne se retrouve pas dans la Bible. J’ai utilisé plusieurs logiciels bibliques avec moteurs de recherches intégrés, regardé de près les textes qui me venaient à l’esprit, or cette idée selon laquelle notre avenir serait entre les mains de Dieu n’est pas biblique. Dieu dit bien en Jérémie 29:8-14 qu’il « forme des projets » pour son peuple et qu’il va lui donner « un avenir » après l’exil à Babylone, mais il ne dit pas que l’avenir du peuple est entre ses mains. De même les psalmistes assurent qu’ils se confient en Dieu, qu’il est leur rocher, leur haute forteresse, mais ils sont conscients que rien n’est écrit d’avance (Ps 25.2, 26.1, 28.7, etc).

 

L’idée selon laquelle notre avenir est « entre les mains de Dieu » n’est pas biblique. Ce qui est biblique c’est d’affirmer que notre avenir est « entre nos mains ». C’est ce que dit Dieu en Deutéronome 30.19-20 : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui: car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c’est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. »

 

« Choisis la vie », recommande Dieu, de cela « dépend » la vie et la prolongation de tes jours. C’est la théorie des « deux voies » qui revient au Psaume 1 et dans le livre des Proverbes. Rien n’est acquis. Si le juste se détourne de Dieu, dit Ezéchiel 18.21-29, il perd son statut de juste. Et c’est précisément ce qui arrive lorsque Salomon (se) abandonne la voie de Dieu, son avenir est soudain compromis (1 Rois 11.9). De ce point de vue, c’est donc plutôt l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera » qui semble mieux s’accorder avec la Bible.

 

II. Aide-toi et le ciel t’aidera

 

Oui, sauf que cette formulation – qui n’est pas non plus biblique – a le grand défaut de contredire l’Evangile lui-même. L’idée que la faveur ou la bienveillance divine sont conditionnées à notre action s’inscrit, en effet, en contradiction de la prédication de Jésus et des apôtres concernant la grâce divine. S’il est vrai que Paul nous invite à travailler avec Dieu, à devenir ouvrier avec lui et pour lui, et même à « travailler » à notre salut (1Co 3.5-10, 2Co 6.1-10, Phil 2.12), l’apôtre des gentils insiste cependant, plus que tout autre dans la Bible, pour affirmer que la « grâce » ne peut, par définition, dépendre de nos mérites ou de notre « œuvre personnelle » (Gal 3-4, Rom 4-8, Eph 2). Là où grâce est méritée ce n’est plus de la grâce, mais de la rétribution. Dire que le Dieu est le « Dieu de la grâce » signifie précisément qu’il n’agit pas pour nous en fonction de nos mérites ou de nos démérites, mais en fonction de sa nature bienveillante et gracieuse. Au reste, se demande Martin Luther, si la grâce dépend de nos œuvres qui peut espérer l’obtenir vu l’inclinaison de notre nature vers l’égoïsme, l’égocentrisme et la volonté de domination des autres ? C’est ici la grande redécouverte de la Réforme.

 

En outre le concept biblique de « foi » implique que l’on s’attende à Dieu pour chaque jour et pour demain. Une foi qui n’espère pas dans le secours et dans l’action providentielle de Dieu est-elle bien la foi dont nous parlent la Bible et Jésus-Christ ? On peut penser qu’il s’agit plutôt d’une vague croyance ou d’une simple métaphysique. Le Dieu des prophètes et de Jésus est l’Eternel auprès duquel nous espérons trouver de l’aide et la sagesse pour éclairer notre vie. Le Créateur que nous croyons capable de créer de nouveaux possibles lorsque nous sommes dans l’impasse. Espérer en ses seules forces humaines, en sa propre capacité de rebondir afin que Dieu nous vienne en aide, est vraiment une négation, et de la grâce de Dieu, et de la foi en sa Providence.

 

III. La voie moyenne

 

Que dire alors face à l’avenir si nos deux adages sont pareillement en contradiction avec la Bible ?

 

Comme toujours c’est la radicalisation de nos principes qui les rend inaptes. C’est pourquoi, plutôt que de choisir l’un contre l‘autre, l’équilibre consiste souvent à reconnaître la part de vérité (même minime) que les principes ou les théories comportent, puis à dégager de façon dialectique une synthèse qui s’efforce de tenir ensemble ce qui est juste de part et d’autre sans basculer dans l’amplification d’un seul son, au détriment des autres cloches. Se tenir sur une crête n’est jamais très confortable, mais c’est le défi de tout équilibre.

 

– Le croyant considère que Dieu est à l’œuvre dans le développement de la Création et que son action providentielle est créatrice de nouveaux possibles pour chacun comme pour le monde, aussi entrevoit-il que sa vie et son devenir ne dépendent pas uniquement de ses efforts et de ses choix. Il lui faut apprendre à s’attendre à la grâce de Dieu en tout et pour toute chose.

 

– Il sait cependant que rien n’est écrit d’avance et qu’il ne peut défausser sa responsabilité sur Dieu. S’il suit volontairement une mauvaise voie, fait de mauvais choix ou se détourne de l’Eternel, il devra assumer sa responsabilité et les conséquences de ses choix et non reprocher à Dieu de l’avoir abandonné à lui-même.

 

Comment réaliser l’équilibre ?

 

Une fois n’est pas coutume, c’est du côté de la tradition ignatienne que nous trouvons une maxime pleine de bon sens qui présente une synthèse éclairante de nos deux dictons du jour. On attribue, en effet, à saint Ignace de Loyola cet adage : « Prie car tout dépend de Dieu, mais agis comme si tout dépendait de toi ». Selon les spécialistes la paternité de l’adage serait à attribuer à Hevenesi (un jésuite hongrois du XVIème siècle) dont la maxime exacte serait : « Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul. » La première version inverse les propositions et rend plus explicite le sens de l’adage. Elle tient ensemble la foi en la Providence de Dieu et la conscience de la responsabilité humaine. La foi que Dieu agit, en même temps que la lucidité du fidèle qui admet que les voies du Seigneur sont élevées et assez difficiles, voire impossibles, à interpréter à partir de nos sphères propres. Elle dit à la fois la part mystérieuse de Dieu et l’indispensable part humaine. Il est possible que Martin Luther-King se soit lui-même inspiré de ces maximes lorsqu’il écrit : « Prier, c’est aller dans le monde et travailler comme si la vraie réponse à nos prières dépendait de nous et non de Dieu. »

 

Envoi pour 2019

 

Faut-il considérer, au seuil de cette nouvelle année, que « notre avenir est dans les mains de Dieu » ? Ou qu’il nous faut faire absolument nôtre le dicton « aide-toi et le ciel t’aidera » ?

 

Ni l’un ni l’autre, mais un peu des deux ! Ayons foi que Dieu nous accompagne et que sa Providence fait coopérer à notre bien même ce qui nous est parfois défavorable. Mais n’oublions cependant pas que notre avenir est avant tout entre nos mains. C’est à nous qu’il revient d’être avisé comme le serpent et prudent comme la colombe, nous dit Jésus (Mat 10.16). Tenons ensemble notre responsabilité de garder le bon cap et la foi que nous ne sommes pas seuls dans notre aventure sur la terre. « Prions comme si tout dépendait de Dieu, mais agissons comme si tout dépendait de nous ».

 

Pasteur Bruno Gaudelet