Les choses cachées et les choses révélées

Accueil Activités Articles Les choses cachées et les choses révélées

Les choses cachées et les choses révélées

« Les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos fls, à perpétuité. » (Deutéronome 29.29) déclare celui du Ps 42. «  Pourquoi, se lamente Jérémie, pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle incurable, ne veut-elle pas se guérir ? Serais-tu vraiment pour moi comme une source de déception, comme une eau dont on n’est pas sûr ? » ose-t-il demander à Dieu (Jér 15.18).

I.  Les choses cachées

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi le monde ? Et pourquoi ce modèle de monde ? Y a-t-il un sens à l’histoire humaine ?

Comment se fait-il qu’au vingt-et-unième siècle l’humanité n’ait pas encore pu éradiquer la faim, les inégalités, la guerre, les extrémismes politiques et religieux ? Pourquoi les choses sont-elles ainsi ? Et pourquoi certaines de nos prières semblent-elles ne pas être entendues ?

Ces questions, et beaucoup d’autres encore, taraudent les auteurs bibliques. Tellement de choses nous sont cachées, inaccessibles. Le savoir humain augmente de génération en génération, et il a fait des bonds extraordinaires avec le développement des sciences de la modernité, mais comprendre le monde, voire même notre seul parcours, nous reste imperméable. Nos « pourquoi » les plus essentiels et les plus existentiels restent sans réponse. Nous n’ignorons pas simplement l’avenir, c’est le sens de notre présent qui nous échappe. Le recul du temps ne nous éclaire, d’ailleurs, pas toujours suffisamment sur ce qui nous est arrivé, sur ce que nous avons vécu.

 

II. Dans les difficultés et les épreuves

Dans les difficultés et les épreuves, le sentiment de « ne rien y comprendre » devient souvent une peine supplémentaire. « Pourquoi, Éternel te tiens-tu éloigné ? Pourquoi te caches-tu dans les temps de détresse ? » demande le Psalmiste au Ps 10. «  Je dis à Dieu, mon roc, pourquoi m’as-tu oublié  ? Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse, sous l’oppression de l’ennemi ? »

déclare celui du Ps 42. «  Pourquoi, se lamente Jérémie, pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle incurable, ne veut-elle pas se guérir ? Serais-tu vraiment pour moi comme une source de déception, comme une eau dont on n’est pas sûr ? » ose-t-il demander à Dieu (Jér 15.18).

L’actualité récente nous oblige à nous interroger nous aussi en ces termes. Jusqu’à quand la violence, la haine, les victimes innocentes, le mal ? Jusqu’à quand ? «  Pour- quoi le méchant outrage-t-il Dieu  » poursuit le psalmiste au Ps 10 ? « Nul ne sait ce qu’un jour peut enfanter » rap- pelle pour sa part l’auteur de Proverbe 27. « Personne ne connaît le jour de sa mort » ajoute le vieil Isaac (Gn 27.2). Nous demeurons tous avec des « pourquoi » non résolus concernant des choses qui nous regardent pourtant intimement.

Cet état de fait conduit certains à la déprime ou à l’amertume, d’autres au désenchantement, d’autres encore vers la fuite en avant. Le croyant, lui, s’efforce de faire la part des choses. Tel le narrateur de Deutéronome 29.29, il reconnaît qu’il y a des choses cachées que Dieu seul peut connaître.

 

III. Le symbole du tohu bohu

Parmi ces choses «  cachées  », il y a tout d’abord l’œuvre que Dieu accomplit. C’est ce que défend l’Ecclésiaste au chapitre 11.5 : « Comme tu ne connais point le mouvement du vent, ni de l’embryon dans le ventre de la femme enceinte, tu ne connais pas non plus l’œuvre de Dieu qui fait tout. » L’homme appartient à la Création, il n’a pas le pouvoir de s’en extraire pour l’étudier du point de vue du Créateur.

Parmi les choses qui nous sont cachées, il y a aussi, évidemment, les méandres de nos existences prises entre les millions de possibles qui peuvent survenir de la créativité, bonne ou mauvaise, que génère la Création. La Création n’est en effet nullement comparable à une «  machine  »

réglée une fois pour toute, comme on pouvait l’imaginer au début de l’ère industrielle. Elle est bien plutôt comparable à un « organisme vivant » produisant sans cesse une infinité de possibles à chaque instant.

L’image du tohu bohu de Genèse 1 est particulièrement parlante pour nous qui connaissons maintenant les sciences de l’évolution. Dans ce grandiose premier chapitre du livre de la Genèse Dieu ne crée nullement le monde à partir de rien (ex nihilo), mais il « met en ordre » le tohu bohu, le chaos primordial, par sa Parole convaincante et ses ordonnances, afin de le faire évoluer en cosmos. Cette image du tohu bohu mis en ordre par Dieu évoque deux idées :

D’abord le fait que Dieu doit dompter le chaos par nature rétif à l’ordre, laisse entendre que rien n’est définitif pour la Création. Tout ce qui n’est pas éternel étant par nature construit, tend naturellement vers sa destruction. Ce qui est créé à partir du chaos ne peut être que rétif, imparfait, sujet à la déliquescence et à la destruction.

Mais l’image du tohu bohu dompté évoque aussi, la fragilité des équilibres internes à la Création. Le philosophe Alfred North Whitehead donne du problème du mal une vue éclairante. Il explique que ce que nous appelons « le mal dans les différents ordres du monde et de l’expérience humaine, pro- vient de la concurrence et de l’obstruction que les choses et les êtres se livrent mutuellement, constamment et même naturellement. Il est vrai qu’à tous les niveaux, de la sélection naturelle à la vie sociale, de la vie biologique à la vie morale, nous rencontrons partout la concurrence de choses qui se font mutuellement obstruction, et que de là survient un périr perpétuel dans le process des choses et des individus. C’est pourquoi, même si la propension et le penchant humains au mal restent sans explication, ni légitimation possible, il est vrai qu’une grande part du mal social découle effectivement de la concurrence et de l’obstruction que les humains se livrent constamment les uns et les autres.outre, plutôt que de se désespérer de ce qui reste caché le croyant sait se réjouir de ce qui est révélé. « Les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos fils, à perpétuité. »

La joie ne vient pas de la considération de ce qui manque, mais de ce que l’on est et de ce que l’on a. Or, si la Création et son cours restent pour nous bien mystérieux, le Créateur, lui, s’est fait et se fait encore connaître. Certes dans une mesure accessible à notre niveau de capacité, et qui ne répond assurément pas à tous nos « pourquoi » ou à nos «  comment  » sur Dieu lui-même. Mais c’est la grande affirmation biblique que Dieu se révèle en partie. Il dévoile sa Présence au monde et au cœur même de notre for intérieur.

La Bible n’est rien d’autre qu’une succession de témoignages de cette autorévélation de Dieu au monde et à l’humain. Aussi, bien qu’elle soit fondamentale pour nous aider à repérer la révélation de Dieu dans le monde et dans nos vies, la révélation de Dieu ne se limite pas à la Bible. Dieu est Esprit, dit Jésus, et il se dévoile directe- ment à l’esprit humain. Paul et les réformateurs parlaient ici du témoignage intérieur du Saint-Esprit. Les choses cachées appartiennent à Dieu, et l’humain ne peut pas tout connaître, mais Dieu, en se dévoilant, dévoile quelques-unes de ces choses cachées. C’est ce dont témoigne Jérémie lorsqu’il fait dire à Dieu au chapitre 33 : « Invoque-moi, et je te répondrai ; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, que tu ne connaissais pas.  » Et c’est aussi ce que laisse entendre Matthieu 13 qui relie le langage parabolique de Jésus au Ps 78.2 : « J’ouvrirai la bouche pour parler en paraboles, Je proclamerai des choses cachées depuis la création. »

 

En conclusion

Nous n’aurons jamais accès aux choses cachées qui sont à l’Éternel. Nos «  pourquoi  » les plus essentiels ne trouveront probablement jamais, dans leur grande majorité, de réponses. Dieu se révélant cependant à nos esprits, nous pouvons nous réjouir de ce qui nous est donné à connaître et à vivre à nous et nos enfants. Peut-être qu’entrés dans le Royaume de Dieu « nous connaîtrons comme nous avons été connus » comme le croit Paul en 1 Corinthiens 13. Re- connaissons, quoi qu’il en soit, que les choses révélées ne sont pas insignifiantes et qu’elles suffisent pour notre foi qui n’a finalement pas besoin de tout connaître pour se fer à Dieu.