L’acte décisif de Jésus

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L’acte décisif de Jésus

Publication mise en avant

 

L’auteur de Marc assurait jusqu’ici que Jésus s’était fortement opposé à ce que ses disciples ou d’autres lui donnent le titre « Messie » (en grec « Christos »). Tout récemment encore, à Césarée, Jésus recommandait « sévèrement » à ses disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Pourquoi cette prescription ?

Pourquoi ce « secret messianique » ?

Il semble que Jésus ne voulait pas être assimilé au Messie attendu par les couches populaires influencées par le mouvement zélote. Les foules espéraient en effet, alors, un Messie guerrier capable de lever une armée pour chasser l’occupant romain et rétablir la royauté et les frontières d’Israël. Jésus se voulait, lui, le Héraut d’un autre royaume, le Royaume des Cieux !

Jésus est-il dès lors vraiment entré à Jérusalem sous les acclamations messianiques ou est-ce un effet narratif en Marc ?

Même si nous avons affaire à un récit catéchétique, il n’est pas impossible qu’en montant à Jérusalem le prophète galiléen se soit décidé à donner à son ministère public une dimension plus incisive. D’où le choix pesé d’actions symboliques destinées à marquer les esprits et à dire à quel royaume et à quel Dieu lui s’attendait.

L’entrée symbolique à Jérusalem indique de fait un tournant dans la narration de Marc et introduit l’autre grande et décisive action symbolique de Jésus au lendemain de son entrée à Jérusalem. Cette action décisive, traditionnellement appelé « la purification du temple » (Mc 11.15-19), résume à elle seule le sens profond de la réforme théologique et religieuse que Jésus tentait d’insuffler en Israël.

Ce n’est pas au commerce, bien sûr, que Jésus s’en prend au temple, mais au culte sacrificiel.

Les pèlerins de toute la diaspora, comme d’Israël, venaient, ne l’oublions pas, au temple pour offrir des sacrifices divers. La plupart des monnaies païennes étant frappées d’effigies, il fallait, si on voulait acheter un animal destiné aux sacrifices rituels, changer son argent contre celui qui était en cours au temple.

En faisant obstruction pendant un cours moment aux rites sacrificiels et en empêchant même la circulation des objets du culte (v.16), Jésus affirmait symboliquement que Dieu n’est pas un Dieu méchant assoiffé de vengeance et de punition qui réclame du sang pour pardonner, mais au contraire un Dieu gracieux.

Le temple, maison du Père Céleste, devait être considéré comme une maison de prière et non plus comme une « caverne » où l’on négocie la grâce de Dieu au moyen de sacrifices (v. 17).

L’acte symbolique de Jésus au temple était ainsi un manifeste pour l’abolition du culte sacrificiel et de l’image du Dieu vengeur. Jésus appelait en somme une réforme de la religion juive du second temple, au nom même de la bonté et de la hauteur de Dieu qui s’opposent aux représentations du Dieu méchant de la mauvaise conscience humaine, ainsi qu’à toutes les pastorales religieuses de la peur.

Décryptage

L’exégèse moderne a montré que les évangiles ne donnent pas un accès direct au Jésus historique. Même si ceux-ci sont composés à partir de matériaux authentiques, c’est toujours au prisme des visées théologiques des évangélistes que Jésus est dépeint.
Tels nos scénaristes modernes, les évangélistes ont mis en scène Jésus selon leurs visées interprétatives et surtout selon la foi qui les animait. Distinguer quelles paroles du Jésus des évangiles remontent au Jésus historique (les fameuses logia) et quelles paroles ont été placées sur ses lèvres par les évangélistes pour faire sens ou pour présenter les convictions des auteurs, est un débat ancien, mais non encore résolu.

L’action décisive de Jésus au temple offre-t-elle un repère sûr concernant le Jésus de l’histoire ?

C’est ce qui ressort de l’ensemble des évangiles.
Jésus a été exécuté parce qu’il voulait « détruire » le temple (Mc 15.58). La prédication de Jésus relative à l’abrogation du Dieu-Juge au profit du Dieu-Père qui accueille gratuitement ses enfants, se présente dès lors comme un critère herméneutique de premier ordre pour entendre l’enseignement du Jésus de l’Histoire au sein des évangiles.

 Bruno Gaudelet