Hier était-il mieux ? – La Réforme et les jeunes

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Exemple

Hier était-il mieux ? – La Réforme et les jeunes

Introduction : De mon temps !

S’interroger sur l’histoire, c’est aussi s’interroger sur sa propre époque. Or, pour qualifier notre société, d’aucuns ont forgé le terme « sinistrose » ! Le moral des français est effectivement en baisse.

– Le manque de croissance et la précarité.

– Les mutations de notre système social, imposées par la mondialisation.

– L’inquiétude des jeunes pour leur avenir professionnel.

– Les problèmes des banlieues, l’insécurité, l’effilochage du tissu social.

– La menace nucléaire qui refait surface avec l’Iran.

– Sans oublier la pollution de l’air et de l’eau et les menaces de pandémies mondiales telle la grippe aviaire, …

Comment voulez-vous ne pas être démoralisé ?

Devant de telles difficultés et de telles inquiétudes, il n’est pas rare que fleurisse la nostalgie des temps passés. C’est vrai pour certains mouvements politiques et pour certains courants religieux ou philosophiques, rétrogrades et conservateurs, mais c’est vrai aussi pour bon nombre de personnes qui n’appartiennent pas toutes d’ailleurs au troisième âge. « De mon temps les jours étaient meilleurs » entend-on parfois, « Hier c’était mieux ».

Certes, on ne peut nier la réalité de nos problèmes et de nos défis. Peut-on toutefois affirmer objectivement qu’hier était mieux qu’aujourd’hui ?

 

II – Survol d’hier

A bien y regarder le début du vingtième siècle n’était pas si idyllique que cela.

1)  Le niveau de vie moyen était plutôt bas.

2)  L’industrialisation intensive était génératrice de pollution, de maladie, de vieillissement précoce, de morts subites et donc de misère.

3)  Les conditions sanitaires étaient archaïques, la santé publique avait peu de ressource, sans compter le manque d’hygiène, la mortalité infantile, la faible émancipation de la femme et le fort taux d’analphabétisme.

4)  Cependant, le pire allait venir. L’effroyable tribulation de la grande guerre déferla sur l’Europe avec ses horreurs, ses centaines de milliers de morts, un million selon les statistiques. Mais également des contingents de mutilés et de gueules cassées. Et d’innombrables veuves et orphelins.

5)  S’en suivit-il une période de prospérité et de quiétude ? Certes non, mais des temps encore agités, générant des extrémismes et des nationalismes qui menacèrent bientôt la république des années Trente.

6)  Finalement, c’est une seconde tribulation qui fondit sur l’Europe, seulement vingt et un an après la première. De nouveau, se fut la guerre avec ses cortèges de jeunes mobilisés, doutant pour le coup de leur avenir et laissant derrière eux :  fiancées, femmes, enfants ou parents dans l’appréhension de ne plus les revoir. Durant six ans ce fut de nouveau l’horreur, les tueries, les victimes, l’occupation, les camps de concentration et la Shoah.

De quel « hier » s’agit-il donc lorsqu’on nous dit qu’hier était mieux ?

Certainement pas l’époque du dix-neuvième siècle qui connut pratiquement le même sort que le vingtième siècle, excepté peut-être l’ampleur de ses guerres.

Serait-ce celle du dix-huitième siècle ou du dix-septième siècle ou celles des siècles précédents ? Mais vu la condition humaine, le niveau de vie, l’insécurité des routes et des villes, la misère, le degré sanitaire, les guerres, les injustices sociales et pour finir la durée de la vie moyenne par habitant, je ne pense pas que l’on puisse trouver dans ces siècles une période qui la fasse regretter aujourd’hui.

Alors quel « hier » trouver comme référence pour aujourd’hui ?

Celui des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale ? Mais c’est durant cette période qu’on a construit les cités ghettos des banlieues, vidé le monde rural, établi l’individualisme comme modèle social et creusé le fossé entre les nantis et les défavorisés. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est au fond que l’héritage du meilleur et du pire des « trente glorieuses » et des temps qui ont suivi.

 

III –  Faire confiance aux jeunes

La sagesse de l’Ecclésiaste nous éclaire :« Ne dis pas – écrit-il – Comment se fait-il que les jours anciens aient été meilleurs que ceux-ci ? car ce n’est pas la sagesse qui te fait poser cette question ». Les temps d’aujourd’hui ne sont pas pires que ceux d’hier, peut-être sont-ils même meilleurs en certains domaines, en regard des progrès réalisés et l’amélioration du niveau et des conditions de vie de la majorité des gens dans notre pays et en Europe. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de sérieux problèmes à résoudre et de vraies inégalités à faire reculer. Mais cela signifie que la nostalgie du passé se fonde sur une vue partiale et partielle de l’histoire véritable. Notre société a connu un progrès social, humain, indéniable, et ce, grâce au développement sans précédent de nos sciences et de nos technologies. Mais qui dit développement technologique, dit aussi augmentation de nos capacités d’imposer nos égoïsmes et nos mégalomanies et donc, augmentation de nos capacités de nuire  et de destruction !

C’est ici que se situe le défi pour notre génération et celles à venir : saurons-nous humaniser le progrès et préserver le monde ?

Là encore, je crois qu’il faut faire confiance aux jeunes et les équiper spirituellement pour qu’ils relèvent le défi. Or, trop souvent nous renvoyons aux jeunes une image négative. « Que voulez-vous Monsieur le pasteur – me dit-on parfois – il n’y a plus de jeunesse ! » Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas aussi vertueux que ceux d’hier, c’est bien connu.

Voici ce qu’il m’a été donné de lire récemment : «  De nos jours, le père redoute ses enfants. Le fils s’estime l’égal de son père et n’a pour ses parents ni respect, ni crainte. Ce qu’il veut c’est être libre. Le professeur a peur de ses élèves. Les élèves couvrent d’insultes le professeur. Les jeunes veulent de suite la place des aînés. Les aînés pour ne pas paraître retardataires ou despotiques consentent à cette démission. Et couronnant le tout, (on exige) au nom de la liberté et de l’égalité, l’affranchissement des sexes. »

 

Combien de gens aujourd’hui adhèrent à l’analyse de l’auteur de ce texte, probablement des millions. Or l’auteur de ce texte c’est Platon qui vivait il y a environ 2500 ans dans la Grèce Antique. Hier était-il vraiment mieux ? Les jeunes étaient-ils mieux considérés ?

Voici ce que déclarait Socrate, le maître de Platon : « Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et ils sont tout simplement mauvais. »

Pensez-vous que l’opinion de Socrate était nouvelle, alors écoutez ce que pensait Hésiode vers 758 av J-C : « Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays, si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible ».

La jeunesse des égyptiens était-elle meilleure ? Une inscription hiéroglyphique d’un prêtre datant d’environ 2000 avant J-C déclare : « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin ».

La palme de l’ancienneté de ce type de jugement sur la jeunesse revient à un quidam qui 1000 ans avant ce prêtre égyptien, c’est-à-dire 3000 avant J-C et 5000 avant nous, écrivait sur un fragment de poterie retrouvé dans la région de Babylone : « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. »

Y a-t-il une époque qui ne s’est pas plainte d’avoir la pire jeunesse ? Hier était-il vraiment mieux ?

 

III – Réforme et esprit de la Réforme

« Ne dis pas, comment se fait-il que les jours anciens aient été meilleurs que ceux-ci  – dit l’Ecclésiaste – ce n’est pas la sagesse qui te fait poser cette question ».

Hier n’était visiblement pas moins incertain qu’aujourd’hui et demain, et les jeunes n’y étaient pas à l’évidence beaucoup mieux appréciés !

Alors, pourrait-on dire, et la Réforme dans tout cela ? Et bien la Réforme pour sa part, elle est du côté des jeunes. C’est-à-dire qu’elle est du coté du renouveau, du tri et de la re-structuration. La Réforme n’est pas un moment de l’histoire de l’Eglise qu’il faudrait canoniser et reproduire comme si elle avait atteint l’expression parfaite de la foi et du modèle d’église. Faire de la Réforme l’aboutissement de la foi chrétienne, c’est la trahir et la dénaturer. La Réforme a commencé au seizième siècle, mais elle ne s’est pas arrêtée au seizième siècle ! Elle est un mouvement qui s’est poursuivi et qui a intégré les Lumières et les avancées scientifiques modernes. Un mouvement qui doit encore se poursuivre aujourd’hui. Car la foi chrétienne ne consiste pas à répéter ou adapter la Réforme du seizième siècle dans le monde où nous sommes. Mais la foi chrétienne consiste à transmettre et à traduire l’Evangile du Christ dans notre langue et notre culture maintenant. La Réforme a eu l’audace de faire cette adaptation pour son époque. Tel le scribe instruit du royaume dont parle Jésus, elle a fait le tri dans son bon trésor et dans son filet de pêche. Plus qu’un exemple, à répéter, la Réforme nous laisse un état d’esprit. « L’esprit de la Réforme » qui s’exprime précisément par la devise de notre Eglise : « ecclesia reformata semper reformanda est », c’est-à-dire : « l’église réformée est toujours à réformer ». Bien sûr qu’il est utile et stimulant d’approfondir la Réforme de Luther et de Calvin. Mais ne s’agit pas de « canoniser » Luther ou Calvin et encore moins faire de la Réforme du seizième siècle « l’expression la plus aboutie du christianisme » qu’il faudrait répéter en tout point à chaque époque.

Plus que la Réforme elle-même, c’est « l’esprit de la Réforme » qui devrait nous stimuler. Cet « état d’esprit » qui met en pratique l’invitation du Christ à faire le tri dans son trésor, son héritage entre « les choses nouvelles et les choses anciennes » !

Nous sommes loin ici de la nostalgie du passé. Loin aussi de la sempiternelle rengaine sur la méfiance des jeunes, ou sur la nouveauté. L’esprit de la Réforme nous dit qu’il y a du pain sur la planche, mais qu’il est possible de réformer, de re-former, de trier, d’améliorer, de performer, aussi bien l’Eglise, que la société, et même les rouages du monde. Seulement, pour cela, il faut l’optimisme et la bravoure des jeunes et leur intarissable capacité d’inventer et d’imaginer des solutions. Faisons-leur confiance et aidons-les à acquérir cet « esprit de la Réforme » qui déplace des montagnes !

 

Conclusion

Le créateur est toujours à l’œuvre dans le monde, sa création. Il crée toujours de nouveaux possibles et de l’inédit. Il stimule, il relance, il fait surgir de la nouveauté. Il n’abandonne pas sa création, ni ses créatures qu’il fait évoluer et devenir. Il n’est pas pessimiste. Quand tout semble bloqué, il suscite des conquérants, des stratèges, des créatifs, des réformateurs. Marcher avec lui, implique de refuser la « sinistrose », mais aussi de valoriser et d’équiper spirituellement la jeunesse d’où sortiront demain les réformes dont nous avons besoin et dont a besoin le devenir du monde auquel Dieu travaille.

Valorisons nos jeunes, faisons-leur confiance pour aujourd’hui et demain. Transmettons-leur « l’esprit de la Réforme ». Inscrivons ce grand défi parmi nos priorités.

 

Pasteur Bruno Gaudelet