Jésus et le Christ de la foi

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Jésus et le Christ de la foi

Publication mise en avant

Il est étonnant de constater qu’en ce début du XXIe siècle, il est encore des gens pour affirmer que Jésus de Nazareth n’a jamais existé. Certes, il s’agit la plupart du temps d’auteurs à quatre sous, de populistes vivant de la presse à sensation ou d’idéologues patentés. Il n’est pas utile de réfuter leurs argurmentations tendancieuces, mais il importe de relever qu’il n’y a bien longtemps que les universitaires ont réfuté cette thèse réputée depuis lors irrecevable. L’historicité de Jésus de Nazareth n’est pas moins attestée que celle de Jules César ou de Vercingétorix, tout au contraire. 

1 – Jésus de l’histoire et Christ de la foi

En revanche, il est vrai que les historiens et les théologiens modernes, distinguent entre le Jésus historique et le Christ de la foi. Les évangiles, tous rédigés entre 40 et 65 ans après Jésus, ne sont pas des biographies ou des chroniques journalistiques qui nous mettraient directement en présence de Jésus de Nazareth, mais des récits catéchétiques. Ils ont été écrits à partir d’une certaine mémoire du rabbi galiléen, mais ils constituent surtout des portraits théologiques du Christ tel qu’il était perçu et cru dans les milieux chrétiens depuis la Pâques des années 30.

La vie spirituelle des communautés chrétiennes du premier siècle éclaire ce point. En effet, que ce soit dans les années 70 où Marc a été écrit, dans les années 80-85 pour Luc et Matthieu, ou encore vers la fin du Ier siècle où l’évangile selon Jean a été rédigé, les chrétiens ne concevaient pas Jésus comme un héros du passé qui avait vécu 40 ou 60 ans avant eux, mais comme le Messie qui s’était assis à la droite de Dieu et que l’Esprit de Dieu rendait présent au sein des églises chrétiennes ; notamment lors des moments cultuels. Jésus n’était plus perçu tel qu’il avait pu être sur les chemins de Galilée, mais comme les chrétiens le voyaient dans sa Gloire auprès du Père.

C’est la raison pour laquelle les évangiles le présentent comme revêtu de puissance miraculeuse. Le Christ des évangiles qui guéritles malades, chasse des démons et accomplit des miracles, est en somme le Christ de la foi d’après Pâques, non le rabbi galiléen qui protestait à la manière des anciens prophètes d’Israël contre le formalisme et le légalisme religieux de son temps, et contre la représentation de Dieu que donnait la religion des prêtres et qui était un véritable maître de sagesse hébraïque.

 

2 – Y a-t-il opposition entre le Jésus historique et le Christ de la foi ?

Faut-il opposer le Jésus historique au Christ de la foi ?

• C’est ce qu’ont cru les premiers théologiens de la modernité il y a deux siècles dans ce que l’on a appelé « la première quête du Jésus historique ». S’efforçant de reconstituer la figure du Jésus de l’histoire en éliminant tous les traits miraculeux et en la dégageant de l’image qu’en donne la théologie dogmatique traditionnelle, les théologiens tentaient de reconstituer la figure et la vie historique de Jésus. La pluralité des reconstitutions – toutes étonnamment ressemblantes à leurs promoteurs – en disait toutefois davantage sur les préjugés et les idées des exégètes que sur Jésus lui-même.

• Une seconde quête du Jésus historique, plus modeste dans ses ambitions, s’est mise en place dans les années 50. Son but visait moins à reconstruire une vie de Jésus, qu’à essayer d’identifier les « milieux » d’où ressortaient les récits des évangiles et de dégager les « paroles authentiques » et les « faits bruts » qui remontaient au Jésus historique. Cette critique des « formes » traditionnelles se heurta finalement au fait que les évangiles sont d’un bout à l’autre des compositions catéchétiques. Ils comportent certes des matériaux traditionnels en provenance de différents milieux que la critique des formes a permis parfois d’identifier, mais ces matériaux sont toujours interprétés par les évangélistes. La piste des « paroles » ou « faits » bruts, comme chemin remontant directement au Jésus historique, fut progressivement abandonnée.

• Une troisième quête du Jésus historique lui a succédé il y a maintenant une trentaine d’années, avec pour visée nonplus la tentative de distinguer au sein des évangiles les milieux de productions communautaires et les paroles ou les faits bruts remontant à Jésus, mais de retrouver la spécificité de Jésus dans la diversité du Judaïsme de son temps. Les résultats sont cependant de nouveaux mitigés. Les différents portraits de Jésus qui ressortent ne sont pas moins conjecturaux que ceux des tenants de la première quête. Certains voient Jésus comme un rabbi pharisien, d’autres comme un prophète de la restauration d’Israël, d’autres encore comme un initié charismatique, certains en font un guérisseur populaire, quelques-uns un philosophe itinérant, d’autres un réformateur social et d’autres encore un révolutionnaire pacifique. Bref, encore une fois, on sent bien que ces différents portraits de Jésus dépendent surtout des préjugés et des centres d’intérêt des chercheurs, plutôt que de l’histoire réelle.

Sommes-nous condamnés à ne pas pouvoir distinguer le Jésus historique ?

Certainement pas ! Nous sommes d’ailleurs peut-être au seuil d’une quatrième quête, car nombre de chercheurs sont de plus en plus conscients que : si les évangiles présentent le Christ de la foi, c’est cependant à partir de la mémoire du Jésus historique que les évangiles ont construit leurs portraits de Jésus. Dans cette perspective plutôt que d’opposer le Jésus historique au Christ de la foi, il faut se demander si le Christ de la foi ne symboliserait pas, ou n’illustrerait pas, quelque chose de précis de la prédication du Jésus historique ?

 

3 – La symbolique de la Résurrection, lien entre le Jésus historique et Christ de la foi

Cette question nous ramène aux portraits du rabbi galiléen que brossent les évangiles. Ceux-ci présentent Jésus comme un maître de sagesse hébraïque ayant élaboré une théologie originale à partir d’une réinterprétation de la foi pharisienne par trop centrée sur l’observance stricte de la Loi de Moïse. L’Évangile de Jésus est ainsi, avant tout, une protestation de la bonté de Dieu et de la prééminence de l’humain devant lui, par rapport à la Loi et aux rituels. Tel un prophète, Jésus rejette l’image du Dieu-Juge que donnent les religieux et les prêtres de son temps, au profit de l’image du Père bienveillant. Ce faisant, il offre une réinterprétation de la Loi qui implique son intériori-sation par le croyant.

C’est parce que la relation fidèle-Dieu est bienveillante et affectueuse, que le fidèle s’efforce de tendre vers le bien dans sa vie personnelle comme dans la vie sociale. Celui ou celle qui aime Dieu et s’efforce de faire le bien du prochain, accomplit ainsi la Loi mieux que par la stricte observance des lois et des règles. Les différentes implications individuelles et sociales que la recherche de l’amour de Dieu et du prochain comme soi-même comporte pour celui ou celle qui veut le suivre sur le chemin de l’Alliance avec Dieu ressortent des nombreuses paraboles de Jésus que les évangiles présentent unanimement comme un Maître de sagesse.

Cependant le message de Jésus ne se limite pas à la proclamation prophétique de la bonté de Dieu et à la réinterprétation de la Loi dans une perspective de sagesse et de piété. Jésus croit aussi fermement que Dieu n’a pas créé les humains pour les abandonner ensuite à la poussière et au néant ! Jésus prêche l’espérance de la Résurrection comme aboutissement de la venue du Royaume de Dieu en l’humain. Le Royaume de Dieu commence en nous comme une petite graine de moutarde, dit le Jésus des évangiles, et il ne cesse de grandir jusqu’à son complet épanouissement.

Certes, la résurrection ne correspond pas pour Jésus à un retour à la vie du corps d’avant la mort. Le récit de sa dispute avec les sadducéens à ce sujet en garde le souvenir (Luc 20.27-34). De même que Paul le premier auteur chrétien (1 Co 15.50). Les mots grecs que nous traduisons par « résurrection » signifient « lever » « faire lever », ils sont liés à la notion d’élévation et d’ascension à la droite de Dieu. La foi en Résurrection que Jésus a prêchée, c’est la foi que Dieu n’abandonne pas notre être à la poussière, mais qu’il accueille ses enfants dans sa communion. Or, chacun peut le constater : c’est précisément cette foi que le Christ de la foi représente. Le Christ de la foi illustre de façon métaphorique la foi en la Résurrection crue et annoncée par Jésus de Nazareth.

 

Conclusion

Il n’y a d’opposition entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi que lorsqu’on ne distingue pas que le Christ de la foi est l’illustration même d’une partie de la prédication du Jésus de l’histoire : celle de son espérance de la Résurrection-Ascension auprès du Père. Dès lors nous avons autant besoin du dévoilement de Dieu comme Père et de la libération spirituelle que le Jésus de l’Histoire nous a enseignée, que de l’espérance du salut de la mort qu’il a prêchée sur les routes de Galilée et de Judée, et que présente et représente le Christ de la foi pascale des premiers chrétiens. Croire en Jésus-Christ, implique, en somme, autant de se mettre à l’école du rabbi de Nazareth que d’accueillir l’espérance de la vie que signifie et récapitule le Christ de la foi.