Edito : Les deux rentrées, par Heiko Carrie

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Edito : Les deux rentrées, par Heiko Carrie

Publication mise en avant

C’est la rentrée. Comme chaque année, pourrait-on dire ! Toujours la même folie à la fin des mois d’été, du doux farniente des vacances. Pour les familles, cela signifie : acheter des fournitures, organiser les rencontres scolaires, réaliser les inscriptions aux sports pour les enfants. Pour tout le monde : l’Ile de France endormie redevient l’endroit trépidant avec les embouteillages sans fin, le début de la chute des températures, l’arrivée des feuilles en automne et la dynamique de la vie dans une métropole.

Mais cette année, tout est différent. Parce que cette année, nous n’avons pas qu’une rentrée, mais nous en avons deux. Deux ?  Oui, deux, car cette année il y a aussi une rentrée après la quarantaine de confinement, une rentrée à la vie dite « normale ». La pandémie n’est pas encore terminée, mais nous nous attendons à ce qu’une normalité revienne à un moment donné. Pas complètement comme avant, mais une normalité quand même. Nous voyons les premiers signes. Le nombre d’infections diminue, les évolutions de maladie sévères aussi, et la vaccination fait son effet.

Quelle merveille, c’est peut-être notre première réaction. Quelle chance nous avons de pouvoir enfin sentir cette liberté de pouvoir bouger comme avant. Aller au restaurant, aller au théâtre et au cinéma, se promener, parler aux autres, à l’intérieur comme à l’extérieur. Et peut-être bientôt même sans masque, avec les mêmes embrassades et les mêmes rites d’accueil qui sont si caractéristiques de la culture française. 

Mais est-ce que cela est vrai ? Est-ce que nous pouvons, est-ce que nous souhaitons revenir en arrière, comme avant ? Cela n’est pas si certain. D’abord, parce que le bonheur de cette rentrée sanitaire n’est pas sans tristesse. Au premier plan, cela affecte ceux qui ont été touchés par la pandémie. Ceux qui pleurent des membres de la famille ou des amis. Ceux qui sont tombés malades et ne se sont pas complètement rétablis à ce jour. Ils sont les tous premiers à souffrir de cette crise et la nouvelle liberté ne pourra pas les libérer de leur douleur.

Et parmi nous la plupart  doit aussi retrouver le chemin de la vie normale avec un effort considérable après cette longue phase d’isolement et de passivité forcée : car la liberté retrouvée, c’est aussi l’obligation de retrouver son chemin dans la vie, de s’organiser, de décider, de se déplacer, de retourner sur les lieux de travail.

Évidemment, ce phénomène nous affecte différemment. Certains ne voient pas tant le stress, pour d’autres il est présent. Certes, le confinement était épuisant et le soulagement d’un déconfinement est grand. Du coup, il n’y a plus d’excuse pour renoncer aux efforts indésirables, reporter des décisions, simplement mettre de côté les choses ennuyeuses, être autorisé à rester à la maison, peut-être même être parfois paresseux, un peu comme en vacances. Le retour à la vie est la devise, avec toutes les conséquences, y compris toutes les difficultés.

Je l’ai dit, deux rentrées au lieu d’une. Très peu d’entre nous ont vécu cela. Les personnes âgées connaissent encore les épreuves des années difficiles d’après-guerre. Mais la plupart d’entre nous n’ont jamais vécu directement une crise mondiale. Alors si nous sommes accablés par cette période, si nous ressentons de la peur, de la fatigue ou de l’insécurité, ce n’est pas anormal. Au contraire, c’est tout à fait normal et naturel, et nous pouvons nous l’autoriser. Peur de la maladie, de la vaccination, de l’avenir, de l’incertitude.

Notre temple est un endroit pour cela. Voici un lieu où nous pouvons formuler nos peurs et nos angoisses, dans la prière, en conversation avec notre pasteur ou avec des tiers. Profitons de cette proposition.

Mais la rentrée sanitaire va nous apporter encore autre chose. Nous ne voulons pas rester bloqués dans l’inquiétude et les peurs pour toujours, nous voulons aller de l’avant. Oui, pas de retour à l’ancienne normalité, mais un nouveau départ vers une nouvelle vie (juste une suggestion pour éviter la répétition).

Car bien sûr ce temps de confinement était aussi un temps de réflexion, peut-être aussi de réorientation et de purification. Et nous ne voulons pas oublier ces expériences, nous voulons les façonner. Peut-être expérimenter une nouvelle façon de vivre ou apporter des changements plus ou moins importants dans notre vie. Peut-être même prendre des décisions importantes, innover. Quelle chance ! Gardons un œil sur  ces découvertes comme une boussole et mettons-les en place lentement mais résolument.

Bien sûr, vous l’avez deviné : notre paroisse est aussi un bon endroit pour cela. Peut-être qu’une conversation ou une prière donneront l’élan final et le soutien nécessaire pour que nous puissions repartir dans notre nouvelle normalité. Essayons ! Et à la fin, peut-être nous fêterons ensemble cette nouvelle normalité dans un culte de joie et de gratitude.