David et Absalom, méditation proposée par Jacques Sandoz

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Exemple

David et Absalom, méditation proposée par Jacques Sandoz

Publication mise en avant

Voici que le roi pleure et se lamente sur Absalom; le roi est très affecté à cause de son fils  (2 Samuel, 19, 2 – 3)

Lectures

– 2 Samuel 14, 25 – 15, 2-4, 7, 10, 17  – 18, 9, 31-33  David & Absalom

– Luc 15, 11-24 : Le fils prodigue  Mon fils était mort et il est revenu à la vie !

– Romains 11, 1, 13, 33, 36 :  Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non!

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Que savons-nous de la famille du roi David ? Combien avait-il de fils ?  Qui étaient-ils ? Et ses filles ?  En parle-t-on dans la Bible ?

C’était ces questions que je me posais un matin d’été il y a 30 ans, en tombant sur le 2ème livre de Samuel dans une de ces vieilles bibles familiales, dont les pages de papier rugueux nous amènent loin du papier-bible de nos livres d’aujourd’hui.

Et je m’étais plongé dans ce II Samuel. Il débute par l’annonce à David, oint du Seigneur, mais qui était pourchassé par le roi Saül, l’annonce de la mort de Saül et de son fils Jonathan, que David aimait beaucoup. 

Elle ne donne pourtant pas lieu à réjouissance de sa part : il a perdu un ami et Saül, le roi d’Israël a trouvé la mort avec beaucoup d’Israélites avec lui. David et ses amis prennent donc le deuil et David fait même mettre à mort le messager amalécite qui lui a pourtant apporté les insignes de la royauté que portait Saül, mais qui a été aussi celui qui a porté la main sur l’oint du Seigneur, tuant Saül sur la propre requête de ce dernier.

David nous apparaît donc comme un homme capable de grandeur dans ses attitudes et ses décisions. Nous le retrouverons souvent ainsi au cours de la relation de son règne faite dans le 2ème livre de Samuel. Et elle est faite de bien des luttes avec ses fils.

Il a fallu d’abord que David reste seul maître d’Israêl, face à un fils de Saül qui avait mobilisé les tribus de l’autre côté du Jourdain. Finalement, son rival est assassiné. David s’empare alors de Jérusalem et y fait conduire l’arche, en dansant lui-même au devant, tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur.

Devenu ainsi, autour de l’an 1000 avant J.C., le roi incontesté et aimé du peuple d’Israël, David consolide son empire en livrant combat aux peuples sur lesquels Israël avait conquis son territoire, brisant la domination des Philistins et soumettant les Ammonites, Moabites, Amoréens, Edomites…

C’est au cours d’une de ces campagnes que David, tombé amoureux de Bethsabée, envoie Uri (son mari), un officier valeureux, se faire tuer au plus fort du combat. David est très sévèrement réprimandé par Nathan, le prophète, au nom du Dieu tout-puissant, qui promet à la lignée de David le châtiment de l’épée.

David, puni par la mort de l’enfant qu’il avait eu de Bethsabée, se repent et de cette union naîtra un peu plus tard Salomon.

Le livre de Samuel nous détaille les noms des enfants de David : comme en Islam, il ne s’agit que de ses fils. Les filles n’apparaissent qu’au détour d’un récit.

Ces enfants, ces fils sont de mères différentes : l’aîné est Amon, puis vient Kiléav ; le troisième est Absalom, dont je vais vous inviter à suivre l’évolution de sa relation avec David, son père. Puis Adonias, Scheftayua, Yitréam, tous alors avant que David soit à Jérusalem. Là il prit encore des concubines et des femmes, onze, dont Bethsabée, la mère de Salomon.

La bonne entente, vous l’imaginez aisément, n’était pas le fort de ces enfants de lits et d’âges si différents.  Ainsi l’aîné sera massacré par Absalom, parce qu’Amon avait abusé de Tamar, sœur d’Absalom. Ainsi d’Adonias, le quatrième, plus tard évincé du trône par Salomon, et exécuté sur l’ordre de ce dernier.

Pour l’heure, nous allons suivre rapidement le parcours d’Absalom. C’était un garçon de sang bouillant, qui dût passer quelques années d’exil passés auprès de son grand-père maternel. Il rentré en grâce finalement auprès du roi David, en tant que nouvel héritier présomptif.

Appuyé par Joab, le général de l’armée de David, Absalom fait tout pour plaire au peuple d’Israël et, vous l’avez entendu tout à l’heure, devient aussi populaire que David, ne cachant même pas qu’il pourrait faire aussi bien que le roi. A 40 ans, il est normal qu’il aspire à régner, surtout qu’à l’époque c’était un âge vu une maturité assez proche de la vieillesse.

Alors, il ne fait pas qu’aspirer, Absalom ! Il conspire, et le voilà qui entraîne la plus grande partie du peuple à l’insurrection, depuis Hébron, l’ancienne ville royale située à une journée de marche à peine de Jérusalem.

David, menacé, n’hésite pas. Il connaît le caractère de son fils, il sait qu’il peut y aller de sa vie dans cette révolte. Il quitte donc Jérusalem et avec les quelques fidèles qui lui restent, emportant l’arche, pour laquelle Dieu avait refusé qu’un temple soit bâti.

David pleure, se voile la tête et autour de lui le peuple gémit à grands cris. De touchants témoignages de fidélité lui sont rendus par ceux-là même qui auraient pu profiter de sa situation devenue précaire pour se retourner contre lui : rois vassaux peuples subjugués par Israël, par exemple.

Sur le chemin, la montée vers le Mont des Oliviers est rude. Aussi David ordonne-t-il aux prêtres qui portent l’arche de retourner à Jérusalem et d’y attendre les événements ou la manifestation d’un signe de Dieu.

Pendant ce temps, David et les siens gravissent le mont et voient arriver vers eux un personnage aux vêtements déchirés et la tête couverte de terre. C’est Houschaï, l’Arkite, un des fidèles conseillers de David qui se désole de la débâcle de son maître.

Celui-ci, David, a pourtant repris ses esprits et combine une ruse : il va infiltrer l’entourage de son fils Absalom en demandant à Houschaï de rester à Jérusalem et d’y attendre l’arrivée d’Absalom, puis de prétendre vouloir faire allégeance au nouveau roi, gagner sa confiance et contrebalancer les conseils pernicieux d’Ahitofel, un ancien conseiller de David déjà passé dans le camp d’Absalom et dont David craint l’intelligence maligne.

Absalom entre à Jérusalem et prend possession du palais royal et s’empare du harem de David sur le conseil d’Ahitofel : un signe cuisant de l’évincement de David.

Mais si Absalom a conquis pratiquement tout le territoire de l’empire de son père, il ne lui a pas fait déposer les armes et ce père s’avère plus redoutable absent que présent : le prestige du vainqueur de Goliath impressionne le peuple encore et toujours.

*Que peut faire Absalom ?

Ahitofel lui conseille de courir sus à David sans tarder, avant que ce dernier n’ait pu refaire ses forces.

Houshaï, au contraire, faisant valoir la valeur militaire de David comme guérillero et chef de bande, dit qu’une embuscade meurtrière par David serait un désastre psychologique pour le prestige d’Absalom. Il conseille donc plutôt de mobiliser le peuple de façon bien visible et d’aller cueillir David dans la ville où il finira par échouer.

Cette stratégie d’Houshaï paraît bien meilleure à Absalom, qui ignorait que, derrière son dos, David était informé de ce qui se tramait contre lui.

Et David avait traversé le Jourdain et se trouvait sur la rive gauche (la Transjordanie d’aujourd’hui). Il y avait été reçu avec honneur et recevait tout le ravitaillement dont ses partisans affamés avaient le plus grand besoin.

*

Voilà donc David prêt à combattre Absalom. Il divise ses forces en trois, chacune confiée à un de ses appuis militaires de toujours : Joab, un de ses frères, et un de ses vassaux qui ne l’a pas abandonné : Ittaï le Guittite. Tous trois conseillent à David de rester en dehors de la mêlée, bien que le roi aurait souhaité partir avec ses hommes. Désappointé, mais soucieux de ne pas porter la division parmi ses partisans, David accepte et reste donc dans la ville de Mahanaïm.

Et c’est assis sous le proche de la porte de cette ville par laquelle les soldats partent au combat qu’il les regarde défiler et salue leurs chefs en leur recommandant de ne pas faire de mal à son fils. Tout le peuple l’entend donner cet ordre à tous les chefs : “Par égard pour moi, doucement avec le jeune Absalom”.

La suite, vous la connaissez : dans la forêt d’Ephraïm, c’est la rencontre avec les armées d’Absalom et c’est leur déroute, laissant Absalom seul, pris par les cheveux aux branches d’un térébinthe, à la merci des serviteurs de David. Ceux-ci veulent respecter l’ordre du roi d’épargner Absalom, mais Joab passe outre et tue froidement le fils du roi.

Ce dernier attend anxieusement des nouvelles. On lui annonce des messagers au loin. Il espère que ce sont de bonnes nouvelles qu’ils apportent, et c’est bien le cas pour l’avenir de son règne, maintenant conforté par la défaite de l’insurrection.

Mais elles sont terribles pour son cœur de père : le fils qu’il aimait malgré ses entreprises parricides, ce fils est mort et ses partenaires autour de lui se réjouissent qu’il ne puisse plus nuire au roi.

Alors David pleure, il va et vient dans la chambre où il s’est retiré, en criant : “Mon fils Absalom, mon fils Absalom, que ne suis-je mort à ta place !…”

Le peuple, surpris par la réaction du roi à laquelle il ne s’attendait pas, le peuple passe de la joie de la victoire au deuil de la tristesse du roi. Il ne comprend pas bien et se tourne vers Joab, l’un de ses chefs de guerre : “Le roi est très affecté à cause de son fils”.

Et chacun rentre chez soi furtivement, comme le ferait un peuple honteux d’avoir fui au combat, entendant le roi qui, du palais, criait à pleine voix : “Mon fils Absalom!  Mon fils Absalom! Mon fils! Mon fils !”

Finalement, Joab fera entendre raison à David et ce dernier acceptera, malgré son deuil, de rendre gloire au peuple  vainqueur en le faisant défiler devant lui.

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Il m’a semblé, à la lecture de cette passionnante histoire, qu’elle avait un sens au-delà de la victoire d’un roi-chevalier sur les entreprises de ses adversaires.

C’est cette lecture au premier degré qui est la nôtre, lorsque nous chantons “C’est un rempart que notre Dieu : Si l’on nous fait injure, Son bras puissant nous tiendra lieu Et de fort et d’armure. L’ennemi contre nous redouble de courroux : Vaine colère, que pourrait l’adversaire ? L’Eternel détourne ses coups.” Oui, c’est bien ainsi que nous entendons ce récit exemplaire : “David a gagné grâce à l’appui de l’Eternel, avec le peuple qui lui est resté fidèle.”

Mais j’y vois aussi l’annonce de la bonté paternelle qui plane sur tout ce récit – cette bonté, cet amour qui, en dépit de tout, “rend service, ne fait rien de laid, ne cherche pas son intérêt, n’entretient pas de rancune” – cet amour qui “excuse tout, croit tout, endure tout”, comme l’apôtre Paul l’écrivait si bien aux Corinthiens.[13, 5-7]

C’est l’amour du père, de la mère pour leur fille, pour leur fils, qui espèrent tellement que les différends et les malentendus vont s’apaiser, que le châtiment que méritent les actions méchantes de leur petiot ou leur petiote, que ce châtiment n’aura pas à s’exercer et qu’un revoir va devenir possible, qu’une grande fête pourra rassembler tous ceux qui voudraient se réjouir autour de l’enfant prodigue : mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé. [Luc 15, 20]

Alors, oui ! Par égard pour ce père, faisons doucement avec le jeune Absalom, nous qui partons pour rétablir l’ordre et la paix, là où sont installés la guerre et le carnage. Car, sommes-nous si sûrs de ne pas être nous-mêmes un Absalom, un fils qui aura bien besoin lui aussi du pardon de son père ?

Alors, oui, c’est l’amour de Dieu pour son peuple, pour ses enfants qui transparaît dans le récit de David et Absalom. Nous sommes nous-mêmes bien souvent comme le peuple qui ne comprenait pas la douleur du roi – alors que la victoire acquise appelait apparemment à de grandes réjouissances – et nous avons du mal à accepter que la grâce de Dieu puisse être accordée aux bons comme aux très méchants.

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Nous sommes peut-être nous aussi placés, comme David, devant des actions de nos proches qui nous attaquent, nous révoltent. C’est vrai entre jeunes et parents, avec l’évolution de la morale sociale qui prend de court plus d’un, qui se lamentera en disant : “de mon temps, jamais on n’aurait conduit sa vie de cette façon !”

Paille et poutre ont vite fait de se mélanger et nous nous retrouvons censeurs alors que nous devions être une aide disponible : “partage ton pain avec l’affamé, recueille dans ta maison les malheureux sans asile, revêts ceux qui sont nus, mais aussi ne te détourne jamais de ceux qui sont ta propre chair”, nous commande Dieu à travers le prophète Esaïe, nous le rappelions au début de ce culte.

Car la bonté de Dieu s’applique aussi à chacun de nous. Malgré nos péchés, il nous aime, il nous pardonne, il nous accueille et nous revêt de la robe neuve des rachetés. “O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables !” [Rom. 11, 33]

Réjouissons-nous de cette ouverture magnifique et manifestons-la nous-mêmes auprès de ceux qui nous entourent. Ne soyons plus sur-affectés à cause d’un fils, d’une fille ou d’un proche !

Lorsque nous les verrons lever leurs yeux vers nous, faisons comme le père de la parabole ! Souvenez-vous : “Comme son enfant était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et couvrit son enfant de baisers…

                                                                                                                                                                    [Luc 15,24]

Avec la grâce du Dieu de Jésus-Christ, par Son Fils et par Son Esprit, tout est possible. Car tout est de lui, et par lui et pour lui.

A Lui la gloire éternelle !  Amen.

Jacques Sandoz fait partie de

l’équipe des prédicateurs laïcs

de l’Eglise réformée de Neuilly