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 Bienvenue sur le site de

l'Eglise Protestante 
Unie de France
 
à Neuilly-sur-Seine,

Temple 18 Bd d'Inkermann

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  2017 année du 500e

anniversaire de la Réforme

Calendrier : 

 

Jeudi 4 mai à 20h30 au temple


Disputatio entre le Père Yvon Aybram et le Pasteur Bruno Gaudelet

thème : Le sacerdoce universel pour Martin Luther et pour Vatican II
 
 

Dimanche 14 mai : à 10h30 au temple

 « Fécondité de la Bible traduite pour les peuples : de Luther
à la littérature mondiale
»

 Sylvie Parizet, Maître de conférences en Littérature comparée à l’Université Paris Ouest Nanterre

 Mélanie Adda, Professeur agrégée de Lettres

 

Dimanche 4 juin : à 10h30 au temple

 Culte de Pentecôte

 Accueil des catéchumènes à la Cène

 

Samedi 10 juin : de 18h à 23h, au temple

Fête pour les 150 ans du temple de Neuilly

Soirées festive et concerts


Dimanche 11 juin : 10h30, au temple

Culte du cent-cinquantième anniversaire du temple de Neuilly

  

 Dimanche 18 juin : à 10h30 au temple

 « Les protestants et le nouveau monde »

Laurence Nardon, Chercheur à l’IFRI
Maître de conférences à Sciences-Po

Marc Boss, Professeur à l’IPT de Paris
Directeur du Fond Ricœur

 

 Activités et RDV de la paroisse :

(cliquez sur les liens pour accéder aux calendriers)


1) Les cultes ont lieu chaque dimanche à 10h30 au temple, 18 Bd d'Inkermann. 

                                                                                                                  

2) Catéchèse des collégiens et des enfants du primaire:  

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 - Un samedi matin par mois pour les 6ème, 5ème et 4ème

  - Tous les mardis (hors vacances scolaires) pour les primaires 

    Voir : http://www.erf-neuilly.com/catechismes


3) Etudes bibliques : 1 jeudi sur 2 à 14h30, au temple

Programme : http://www.erf-neuilly.com/approfondir


4) Catéchisme pour adultes :  un jeudi par mois à 20h30, au temple.

   Méthode : Lecture suivi du  livre Le Credo revisité. 

   Programme : http://www.erf-neuilly.com/soirees-thematiques-debats


5) Cercle du quartier Centre http://www.erf-neuilly.com/cercles-de-quartier

Rythme : un mercredi par mois dans les foyers à 20h30.   

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Programmes :

 

 

6) Dimanches thématiques :

Programme http://www.erf-neuilly.com/dimanches-thematiques


7) Parution du livre du Pasteur 

Bruno Gaudelet Le Credo revisité, Lyon, Olivetan, 2015. 

Voir le site de l'éditeur : http://www.editions-olivetan.com/actualites/1_le-credo-revisite.html

Médias : http://bit.ly/21G4eeW

CIDOC - Credo, Credis, Credit! 

 LIBRESENS: Bruno Gaudelet : LE CREDO REVISITÉ 

http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc599.htm 

 

Le mot du Pasteur 


DIEU EST-IL TOUT PUISSANT ?

Genèse 1

 

Introduction

 

La Genèse célèbre et magnifie la puissance de Dieu en son premier récit à la beauté lyrique inimitable. Dieu crée le ciel et la terre et tout ce qui s’y trouve, sa puissance  embrasse le monde et le cosmos.

La grandeur du créateur est de même célébrée en différents lieux de la Bible. Dans les Psaumes, où la poésie, le lyrisme, mais aussi la ferveur religieuse, s’expriment sur le mode de la grandeur divine dont dépendent tout être et toute chose. Egalement au sein des livres des prophètes où Dieu apparaît comme celui qui conduit de l’histoire des hommes et du monde.

Le Jésus des évangiles s’inscrit pareillement dans cette perception sapientielle, poétique et prophétique de Dieu. « Qu’est-il impossible à Dieu ? » demande-t-il à ses disciples médusés par les signes accomplis par le Père au travers lui.

Paul reprend davantage la vision vétéro-testamentaire de la surpuissance divine à laquelle il associe le Christ ressuscité, qu’il présente, à l’instar de Jean, comme le « pantocrator », l’image de la puissance divine (Col 1).

La puissance de Dieu est donc un fait célébré par l’ensemble de la Bible. Il est toutefois nécessaire de ne pas confondre les genres littéraires. La poésie, la liturgie, ou la beauté lyrique de la ferveur religieuse, ne sont pas du même ordre que la systématisation théologique ou philosophique. Or, comme tous les dogmes venus des premiers siècles de l’Eglise, celui de la Toute Puissance divine est un développement qui vient par définition après la Bible. Il constitue une interprétation de la Bible conditionnée par les représentations religieuses et philosophiques des premiers Pères et Docteurs de l’Eglise. Ces conditionnements sont-ils fidèles à la Bible ? Le dogme de la Toute Puissance divine est-il lui-même une aide ou un obstacle à la foi ? C’est ce que je vous propose de méditer à présent.

 

I – El Shaddaï

 

Le poids des mots n’est pas anodin pour l’interprète des Ecritures. Dieu est nommé à soixante et une reprises « El Shaddaï » dans la Bible. « El » est un nom commun qui apparaît dans d’autres langues sémitiques anciennes, notamment dans les dialectes cananéens, pour dire  « dieu ». Littéralement « El » évoque la « force », la « puissance ». Les hommes de la Bible ont donc utilisé le même mot que leurs contemporains mésopotamiens pour désigner leur « Dieu ». Ils adjoignent toutefois un certain nombre de qualificatifs qui permet à la fois de mieux le présenter, mais aussi de mieux lui rendre hommage : El Elyon signifie ainsi « Dieu très Haut », El Olam signifie « Dieu Eternel », El Haï signifie « Dieu Vivant », El Ro’i signifie « Dieu Voyant », El Guibor signifie « Dieu le Fort ». A cette liste de qualificatifs s’ajoute « El Shaddaï », que l’on traduit à tort par « Dieu Tout-Puissant » ; à tort, parce que le « tout » de « Tout puissant » ne se trouve pas dans les mots hébraïques. « Shaddaï » évoque, soit la dévastation, d’où l’idée de « puissance », soit les seins maternels qui nourrissent l’enfant, d’où encore l’idée de « force » prendre des forces, et de « puissance ». On peut donc très certainement traduire « El Shaddaï » par « Dieu Puissant » ou « Puissant, Puissant », soit « Dieu très puissant », mais certainement pas par « Dieu Tout-puissant » qui implique philosophiquement que Dieu soit responsable de tout ce qui existe ou arrive dans le monde.

 

II – La théologie classique

 

C’est en effet l’écueil philosophique sur lequel se heurte la théologie classique depuis des siècles. Si Dieu est « Tout-Puissant », alors comment imaginer qu’il ait créé un monde qui aille aussi mal.

Avant que les sciences modernes révolutionnent la connaissance du passé, la théologie chrétienne se sortait de la difficulté en expliquant que le mal était entré dans le monde par la libre volonté des hommes qui avaient péché.

Dieu avait créé un monde parfait, mais Adam et Eve s’étaient détournés de Dieu entraînant avec eux toute l’humanité dans le mal et la mort. Cette théologie - qui culpabilisait finalement l’homme pour disculper Dieu du soupçon d’avoir créé un monde imparfait -, s’est effondrée avec l’avènement des sciences modernes de l’histoire et de l’évolution des espèces.

La biologie nous a appris que la mort est, non seulement une constance de tout être biologique, mais encore une condition du renouvellement du vivant. L’hypothèse d’une faute qui aurait abîmé la création et dégradé l’être humain s’est trouvé ainsi doucement, mais sûrement, rangé parmi les grands mythes de l’humanité.

Peu à peu il est apparu aux théologiens que le récit d’Adam et Eve était une parabole (ou plutôt un midrash) qui ne racontait pas les débuts réels de l’humanité, mais qui dépeignait les traits caractéristiques de l’existence humaine.

Chacun sait aujourd’hui que ce que l’on appelle le mal de la nature est en fait la contrepartie du fonctionnement de la planète et la condition de l’écosystème. Quant au mal moral - que la Bible désigne sous le terme « péché »-, si l’homme est pleinement responsable de ses fautes, il n’en est pas moins vrai que ce mal ne provient pas d’une faute historique originelle, mais de notre égoïsme et de notre tendance à tendre vers l’animalité d’où nous sommes issus plus que vers l’humain vers lequel nous sommes en devenir.

Le mal de la nature (catastrophes naturelles, mort, maladie, virus, bactéries, accidents), ainsi que la lutte pour la survie, les conflits d’intérêts et la guerre, ont toujours constitué la condition humaine. L’idée d’un avant et d’un après « péché originel » relève de la mythologie chrétienne initié par Paul, mais essentiellement conceptualisée par saint Augustin.

 

III – Repenser Dieu

 

La question de Dieu et du mal réclame du coup d’autres réponses que celles de la théologie classique. En effet, affirmer la « toute puissance » de Dieu, c’est affirmer que Dieu aurait pu créer une humanité différente. Indemne de mal, de souffrance, et de mort. S’il pouvait le faire et qu’il ne l’a pas fait, c’est qu’il est insensible à l’immensité, pourtant incalculable, de la souffrance humaine.

Imaginer que Dieu ait préféré que les humains le choisissent en toute liberté, dans la précarité du présent et l’incertitude du futur, c’est réduire Dieu au déisme de Voltaire qui place la liberté au-dessus de tout. Comme si la vie des créatures, leur bien être et leurs souffrances, n’avaient pas d’importance primordiale pour celui qui leur donne l’être.

Si Dieu est amour, il est contradictoire de penser qu’il ait créé un monde où la somme horrible de souffrances lui soit apparue secondaire par rapport à la liberté d’être honoré ou non selon le bon vouloir de la créature. S’efforcer de faire du mal qui frappe les hommes un « mal nécessaire », comme par exemple pour que les hommes soient portés à rechercher Dieu ou à développer leur spiritualité, est une insulte à la bonté et à la sainteté de Dieu.

Ainsi les alternatives ne sont pas multiples :

1) Ou bien, Dieu est « tout puissant », mais en ce cas, vu l’état du monde, il ne peut pas être amour et bonté.

2) Ou bien, Dieu est amour et bonté. Il s’émeut et s’attriste de nos peines et de nos souffrances, mais il subit lui aussi des contraintes et des états de fait qui limitent sa marge de manœuvre. Il n’est donc pas de mise de parler de « Toute puissance divine ».

 

IV – Puissance divine et ex nihilo

 

Certes, entendons-nous bien, dire que Dieu n’est pas « Tout puissant » ne signifie pas qu’il est « impuissant ». Sa puissance peut nous sembler immense et je crois qu’elle l’est. Toutefois, Dieu n’est pas un magicien ou un génie de dessin animé qui n’a qu’à claquer les doigts pour créer ou transformer les choses.

Trop longtemps on s’est arrêté au premier verset de la Bible au détriment du second royalement ignoré. On s’est focalisé sur : « au commencement Dieu créa le ciel et la terre », mais on a négligé « la terre était informe et vide », « tohu-bohu » dit le texte hébreu original. « Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, mais l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ».

Les auteurs de la Genèse n’envisageaient pas une création du monde à partir de rien, « ex nihilo ». Selon eux, le tohu-bohu existait avant l’action créatrice de Dieu, de même que l’abîme, les ténèbres, et les eaux sur lesquels planait l’Esprit de Dieu !

L’idée de la Genèse que l’on a évacuée pendant des siècles, c’est que Dieu doit être compris davantage comme un grand ordonnateur, qui met de l’ordre et de la forme dans une réalité déjà existante, plutôt que comme le créateur qui créé à partir de rien.

Dieu met de l’ordre dans ce qui existe. L’image de la séparation des eaux, afin de laisser apparaître la terre sèche et l’atmosphère, met en évidence que Dieu travaille ce qui existe déjà. En outre, plus encore que celui qui met en ordre, la Genèse nous présente Dieu comme celui qui appelle le monde et les choses à s’organiser et se structurer pour former un cosmos. Dieu parle aux éléments du tohu-bohu, il leur adresse une vocation.

L’image poétique du premier chapitre de la Genèse qui dépeint la terre comme se recouvrant de verdure lorsque Dieu appelle le monde végétal à l’être, met en scène la réponse d’un quelque chose qui existe déjà et qui acquiesce au projet créateur.

Pour les auteurs de la Genèse, Dieu créé le monde par persuasion. Il persuade les éléments et les êtres  d’entrer dans la cohérence, la beauté, et l’harmonie d’un cosmos. Il ne parvient pas à ses fins par la contrainte ou la violence, mais par les seules armes de sa persuasion et de l’intelligence de son projet.

Dans cette perspective, on le comprend, Dieu doit faire avec des puissances qui lui sont contraires. Je dis bien des puissances et non des êtres personnels. Hormis les hommes qui s’opposent le plus souvent à son projet créateur, il n’y a pas d’autres êtres spirituels ou divins dans notre monde. En revanche, il y a des puissances contraires au projet créateur de Dieu.

Mentionnons par exemple la puissance du chaos, ou si vous préférez le fameux Tohu-bohu de Genèse 1 ;2. Chacun sait que toute construction tend vers sa destruction. Même les pyramides finiront un jour par tomber. La création tirée du Tohu-bohu ne fait pas exception. Et de fait, tout ce que Dieu appelle à s’organiser, à se structurer, est sujet à retourner au chaos.

La créativité du vivant, celle du cosmos, ou encore celle des hommes peut également s’orienter dans des directions opposées au projet de Dieu. Dieu est créateur, mais il n’est pas la seule force créatrice dans l’univers. Identifier Dieu à la créativité reviendrait, en effet, à le rendre responsable de toutes les créations du mal, et donc, de nouveau, à en faire l’auteur du mal. Les hommes sont capables de créativité positive, mais ils sont aussi capables de création maligne. Il en va de même pour le Vivant qui se complexifie, évolue et se développe indépendamment de Dieu et créé à l’occasion du monstrueux.

Le cosmos aussi développe une créativité dans son évolution, les astrophysiciens suggèrent que sa complexification lui ouvre des possibilités déterminées par ses propres nécessités (voir Trinh Xuan Than : Origines - La nostalgie des commencements – Fayard 2003 p.420ss).

Que Dieu agisse avec ces puissances qu’Il s’efforce de canaliser, qu’Il les persuade d’entrer dans son projet, pour utiliser une image poétique, voilà ce que suggère la Bible. Mais qu’Il subisse leurs contraintes, qu’elles résistent à son projet, qu’elles se ré-inclinent vers le Tohu-bohu, que le monde soit toujours et encore en processus de création, que cette machine infiniment complexe, en perpétuel mouvement, survienne de l’imperfection et du mal, voilà aussi ce que suggère l’existence du Tohu-bohu de la Genèse ; de même que toute réflexion théologique qui prend au sérieux aussi bien la réalité écrasante du mal sur la terre, que l’affirmation du Christ quant à l’amour et à la  bonté de Dieu.

 

Conclusion

 

Pour la Bible et Jésus, Dieu est Esprit. Ses capacités, son intelligence, sa puissance, dépassent bien évidemment notre entendement. Il travaille sans relâche au perfectionnement du monde. Il s’intéresse aussi à nous, créatures singulières, soumises aux contraintes de la complexité du monde et de notre condition biologique. Il ne peut pas toujours nous soustraire à ces contraintes dont dépend aussi l’existence du Vivant. Cela arrive cependant, souvent à notre insu, car Dieu est le grand compagnon qui chemine avec nous.

Celui ou celle qui en prend conscience, ou qui découvre l’action de Dieu qui nous aide à surmonter le mal, lui rend grâce et célèbre sa puissance. Certes, la ferveur religieuse et le lyrisme poétique se laissent par nature aller aux superlatifs. Un cœur débordant de joie et de reconnaissance pour Dieu louera volontiers sa Toute-puissance et sa magnificence.

Mais si le cœur a ses raisons que la raison ignore, la raison ne doit pas être ignorée du cœur.

Comment le cœur pourrait-il communier pleinement avec Dieu, si la raison éclairée par le Christ, ne relevait pas le défi de dire Dieu dans la réalité du monde tel qu’il est ?

Comment pourrait-on dire Dieu, sans prendre au sérieux la réalité du mal ?

On ne peut magnifier sa puissance, sans dire en même temps sa faiblesse. Une faiblesse qui déconstruit certes l’image du génie ou du magicien, mais qui nous permet de trouver enfin l’ami sincère et proche de nous que Jésus nous a dévoilé.1

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1 Pour approfondir ce thème on lira avec grand profit les ouvrages magistraux du professeur André Gounelle :  « Le dynamisme créateur de Dieu »,  essai sur la théologie du Process, Paris Van Dieren Editeur, 2000 - Et : « Parler de Dieu », Paris Van Dieren Editeur, 2004.