Ce qu’il vaut mieux.

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Exemple

Ce qu’il vaut mieux.

Il est des questions de détail pour lesquelles les conséquences sont moindres. Mais il est des choix qui mettent en jeux nos relations sociales, ou notre avenir, et qui nous font à juste titre hésiter. Comment savoir « ce qu’il vaut mieux pour nous » ? Les livres sapientiaux de la Bible se révèlent ici de bons conseils. Que nous disent-ils sur le choix du conjoint et la vie conjugale, sur les relations sociales, l’éthique, la philosophie de vie ou la mort ?

I. Vie conjugale

Deux valent mieux qu’un, déclare Ecclésiaste 4.9, parce qu’ils ont un bon salaire de leur peine. Certes, mais à condition que les deux s’entendent car, « Mieux vaut un plat de verdure, là où règne l’amour, qu’un bœuf engraissé, si la haine est là », dit Proverbes 15.17. C’est aussi l’avis de Proverbes 17.1 « Mieux vaut un morceau de pain sec avec la tranquillité qu’une maison pleine de viandes avec la discorde ».

Le problème peut venir de l’épouse, comme le suggère Proverbes 21.9 et 19 : « Mieux vaut habiter à l’angle d’un toit, que de partager la demeure d’une femme querelleuse ». Et : « Mieux vaut habiter dans un pays désert, qu’avec une femme querelleuse et irritable ».

Mais le problème peut aussi venir de l’époux : « Ce qui fait le charme d’un homme, c’est sa bienveillance », et « Mieux vaut un pauvre qu’un menteur » (Pr 19.22). Ces sentences devraient être apprises par cœur dès le plus jeune âge.

 

II. Relations humaines

Mais la difficulté des relations humaines dépasse bien entendu, et heureusement, la relation conjugale. Comme l’affirme Proverbes 27.10 : « Mieux vaut un voisin proche qu’un frère éloigné ». Il est vrai que les amis peuvent être plus fiables que les proches. C’est irritant ou attristant, mais nous ne vivons pas au Paradis ! Mieux vaut donc un voisin proche qu’un frère éloigné. Attention toutefois au faux semblant. Le ou la véritable ami(e) est celui ou celle qui parle en vérité, même quand la vérité ne fait pas plaisir. C’est ce que déclarent Proverbes 27.5 et Ecclésiaste 7.5 : « Mieux vaut une réprimande ouverte que l’amour tenu caché ». Et : « Mieux vaut écouter le reproche du sage qu’être homme à écouter la chanson des insensés ».

Il est intéressant de remarquer que Proverbes 27.5 met la « réprimande ouverte » en parallèle de « l’amour caché ». Pourquoi ce parallèle ?
Parce que le livre des Proverbes tient que le véritable amour, la vraie amitié, ne cache pas son inquiétude, ni son indignation à l’être aimé. Les blessures d’un ami, dit Proverbes 27.6, sont dignes de confiance. Les baisers d’un ennemi sont trompeurs.

 

III. Éthique personnelle

Autre sujet important, où l’humain doit choisir ce qui vaut mieux pour lui, celui afférant aux questions d’argent et d’éthique personnelle. Plusieurs sentences rappellent que si l’abondance de bien ne nuit pas, tout ne se négocie cependant pas, à commencer par le bonheur et la conscience. « Mieux vaut peu avec justice que d’abondants revenus sans droiture », déclare le sage de Proverbes 16.8. « Mieux vaut le peu du juste que l’abondance de beaucoup de méchants » (Ps 37.16). « Mieux vaut le pauvre qui marche dans son intégrité que celui qui a des voies tortueuses et qui est riche » (Pr 28.6).

Dans tous ces cas, où l’on risque des problèmes avec la justice et avec sa conscience, mieux vaut s’abaisser avec les humbles, conseille Proverbes 16.19, que de partager le butin avec les orgueilleux.

Quant à la vanité Proverbes 12.9 avertit : « Mieux vaut être dédaigné, alors qu’on a un serviteur, que de faire le glorieux, alors qu’on manque de pain ». Puisque la valeur d’un individu ne dépend pas de ce qu’il possède, il n’y a aucun intérêt, pour le sage, à faire le « m’as-tu vu ». Fonder son identité sur l’apparence sociale revient à se rabaisser soi-même aux valeurs marchandes au détriment de sa propre valeur et dignité.

Reste le problème des tentations de toutes natures qui nous surviennent. Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi, estime le Jésus de Matthieu 18.8-9, mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loide toi, mieux vaut pour toi entrer dans la vie borgne, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu.

Qui ne sait que nous sommes des êtres de désirs et de besoins ? Certains de nos besoins sont vitaux, d’autres secondaires. Certains sont ultra légitimes, d’autres sont plus aléatoires, voire à tempérer. Chacun est donc appelé à se connaître et à discerner le bon grain de l’ivraie, mais également à ne pas se mettre en situation d’échec. « Coupe ta main, arrache ton œil » signifie « mets une distance entre toi et ce qui peut te faire tomber ». C’est un appel à l’autodiscipline sans laquelle il n’y a pas de vie saine. Ceci implique de réfléchir à la philosophie de sa vie.

 

IV. Philosophie de vie

Mieux vaut voir de ses yeux, dit Ecclésiaste 6.9, que de laisser aller son imagination. Autrement dit, Mieux vaut tabler sur du concret que sur des projets qui ne reposent que sur des fantasmes. Gare donc aux marchands de rêves qui vendent bien souvent du vent et beaucoup de déception. Gare aussi à ceux qui ne vivent que pour le travail et qui ne profitent pas de leur vie. Mieux vaut le creux de la main plein de repos que deux poignées de peine et de poursuite du vent, avertit à cet égard Ecclésiaste 4.6.

La sagesse recommande en outre de rester prudent tant qu’une affaire n’est pas achevée car : mieux vaut l’aboutissement d’une affaire que son commencement et mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain (Ec 7.8).

 

V. Fondement de la Vie

Vivre c’est choisir  ! Certes pour soi, mais également pour les autres qui sont impliqués par nos décisions. Où prendre conseil et sur quelle sagesse nous appuyer ? « Auprès de Dieu » répondent unanimement les livres sapientiaux. Ainsi le Psaumes 118 qui nous exhortent aux 8 et 9 : mieux vaut se réfugier en l’Éternel que se confier à l’homme, mieux vaut se réfugier en l’Éternel que se confier aux nobles.

Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’hommes et de femmes de bons conseils autour de nous, mais nul humain n’est Dieu, nul n’a la vérité infuse. Aussi faut-il se garder de devenir les inconditionnels de qui que ce soit et de boire les paroles et les conseils sans discernement. Pour les psalmistes une des meilleures méthodes consiste à vérifier si ce qu’on nous dit est conforme à la Parole de Dieu. Mieux vaut pour moi la loi de la bouche de l’Éternel que mille objets d’or et d’argent, déclare le Psaume 119.72. La conviction des livres sapientiaux est que celui qui a trouvé Dieu, a trouvé la source de la sagesse. Toutefois, met en garde Ecclésiaste 5.5, mieux vaut pour toi ne pas faire de vœu, que d’en faire un sans l’accomplir, car elle compte pour Dieu la parole donnée. Dieu n’est pas, pour le sage, un de ces bons génies que l’on peut façonner à sa convenance et selon ses besoins religieux. Attention donc de ne pas en faire une idole façonnée selon nos représentations ou nos besoins et avec laquelle nous nous arrangeons. « Dieu est Dieu ! Nom de Dieu ! » titrait naguère Maurice Clavel, non sans humeur. On ne peut découvrir le grand bonheur de sa présence sans sortir des vielles représentations mythologiques et superstitieuses. Comme le dit le Psaume 84.10 celui qui a goûté que mieux vaut un jour dans les parvis de Dieu que mille ailleurs, s’efforce de se tenir sur le seuil de la maison de Dieu, plutôt que de résider sous les tentes de la méchanceté.

 

VI. Penser la mort

Enfin réfléchir aux fondements de sa vie, implique aussi de prendre en compte la question de la mort. À ce sujet l’Ecclésiaste présente au chapitre 7.2-3 deux sentences étranges et dérangeantes : « Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin. Dans celle-là se trouve la fin de tout homme, Et le vivant en prend conscience. Mieux vaut le chagrin que le rire, car malgré un visage triste le cœur peut être heureux ». Pris à la lettre le sage paraitrait pour bien masochiste. Il agit cependant, évidemment, en provocateur. Que veut-il faire entrevoir ? L’Ecclésiaste ne veut assurément pas nier que tout individu normalement constitué préfère évidemment aller à un mariage qu’à un enterrement, et que nul ne préfère le chagrin au rire. Ce qu’il veut faire percevoir, c’est qu’il est rare que les humains songent à leur finitude et au sens de l’existence tandis que la liesse de la fête bat son plein. Or, l’Ecclésiaste l’a constaté, il n’y a pas de vraie humanité, ni de vraie maturité humaine et spirituelle, sans que ne soit pensées et prises en compte la mort et la finitude. Fuir la finitude et la mort aboutit à une vie inauthentique, et revient pour le sage à ne jamais être sincère avec la réalité de la condition humaine et à vivre dans l’hystérie d’une vie factice et sans profondeur. C’est donc pour provoquer un électrochoc philosophique que l’Ecclésiaste nous déconcerte par ces sentences. Mieux vaut pour lui regarder la réalité de l’existence en face que de la fuir à ses dépens.

 

Conclusion

On le voit, les paroles des sages sont d’une grande richesse pour nous éclairer sur ce qu’il vaut mieux pour nous. C’est pourquoi nous pouvons assurément reprendre en cœur la dernière sentence d’Ecclésiaste 9.17 où il nous est dit que : « Les paroles des sages écoutées dans le calme valent mieux que le cri de celui qui domine parmi les insensés ! »

Pasteur Bruno Gaudelet