L'idée de Dieu
Le groupe "Echanges bibliques" s'est réuni jeudi 24 novembre pour réfléchir au thème : l'idée de Dieu.
Quelles idées, quelles représentations nous faisons-nous de Dieu ? Correspondent-elles avec nos connaissances et nos représentations modernes ? Y a-t-il un rapport entre la représentation que l’on se fait de Dieu et l’athéisme ?
Quels repères la Bible nous donne-t-elle pour nous y retrouver dans ce débat ?
Telles sont quelques-unes des questions qui nous guiderons dans la réflexion.
Voici ci-dessous quelques textes qui donnent un écho de cette belle soirée.
Prochaine soirée débat le 15 décembre. Thème : L’idée du Christ.
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Monsieur le pasteur, je ne crois pas en Dieu !
- Vous m’êtes sympathique, Monsieur le pasteur, mais voyez-vous je ne crois pas en Dieu.
- Vous m’êtes aussi sympathique, cher ami, et votre honnêteté intellectuelle vous honore. M’autorisez-vous cependant à vous poser une question ?
- Faites, je vous prie.
- Pourriez-vous me dire, en quelques mots, en quel « Dieu » vous ne croyez-pas ?
- Mon Dieu ! en quel Dieu je ne crois pas ? Eh bien ! je ne crois pas en ce bon vieillard blanchi qui trône sur les nuages et qui est censé déterminer les choses et les temps et devant lequel nous devrions nous prosterner comme des esclaves. Je ne crois pas en ce Dieu au nom duquel les fanatiques de tous les temps ont fait la guerre et spolié les populations. Je ne crois pas en ce Dieu que l’on dit bon, amour et tout-puissant et qui ne fait rien pour empêcher les guerres et les famines. Je ne crois pas en ce Dieu qui nous demande de pardonner tout en nous promettant l’enfer ou le purgatoire si nous dérogeons à sa loi. Et je ressens même comme une atteinte à ma liberté cette loi divine, écrasante, castratrice, qui me limite dans mes choix et m’empêche de voir par moi-même ce qui est bon ou non.
- C’est bien ce que je pensais, nous sommes plus proches que vous ne le pensez.
- Que voulez-vous dire ?
- Eh bien cher ami, je puis vous dire avec assurance, que je ne crois pas plus que vous au « Dieu » que vous venez de dépeindre ! En effet, la représentation de « Dieu » que vous vous faites est inspirée soit de la religion populaire, soit des caricatures du rationalisme utopique de la Révolution, mais elle ne correspond en rien au Dieu que révèle Jésus-Christ.
- La Bible ne dépeint-elle pas Dieu comme le Tout- Puissant qui ordonne de se soumettre à sa loi et qui fait la pluie et le beau temps ?
- Pas seulement, mais cela peut en effet arriver. Il faut toutefois garder en mémoire que la Bible est un livre d’hommes et à ce titre elle est totalement anthropomorphique. Je veux dire par là que Dieu étant Esprit, on ne peut parler de lui qu’en utilisant un langage symbolique relatif à nos propres catégories humaines. C’est ce qu’ont fait les auteurs bibliques. En outre, l’idée de Dieu a connu toute une évolution. Au début, les premiers monothéistes ont eu tendance à se représenter Dieu sur le modèle des petits potentats du Proche-Orients ancien. C’est le Dieu Tout-Puissant et totalitaire de certains passages bibliques de l’Ancien-Testament. Au fil des siècles l’image à évolué pour parvenir avec Jésus à une conception décisive, celle du Père Céleste aimant. Du coup, la Bible ne doit pas être prise à la lettre mais elle doit être lue selon l’esprit de la lettre.
- Dieu n’est donc pas un vieillard barbu et blanchi sur un nuage, ou un juge prêt à nous envoyer en enfer ou au purgatoire ?
- C’est cela, au reste, permettez-moi d’ajouter que l’enfer et le paradis ressortent également au langage symbolique. Tandis que le purgatoire n’existe tout simplement pas pour les Eglises de la Réforme puisque la Bible n’en parle nulle part.
- Qu’en est-il donc de la toute-puissance de Dieu qui fait défaut aux hommes qui en auraient pourtant bien besoin ?
- Je ne veux pas vous froisser, mais cet argument mille fois réchauffé n’a que l’apparence de la logique. En effet, on ne peut pas magnifier, à juste titre d’ailleurs, la liberté comme une valeur essentielle pour notre épanouissement humain et réclamer en même temps que Dieu se mêle des affaires humaines et oblige les hommes à marcher selon sa loi. Il faut choisir : ou bien Dieu dicte sa loi aux hommes et alors il fait le gendarme pour tous, y compris pour nous. Ou bien il laisse les hommes libres et responsables, mais il ne faut pas alors lui reprocher de ne pas intervenir dans les affaires humaines. De plus, s’il est vrai que l’Ecriture chante la grandeur de Dieu en des termes forcément anthropomorphiques, l’idée n’est pas de le représenter comme un grand sachem qui tire les ficelles pour déterminer toutes choses et devant la loi duquel il faudrait « s’aplatir ». Encore une fois Jésus nous invite à le considérer comme un père qui limite dans sa liberté, pour nous créer un espace de liberté.
- Il est vrai que ce n’est pas lui qui tient les fusils et lâche les bombes !
- Ce n’est pas lui non plus qui exploite les richesses de la terre au désavantage des plus pauvres. Et qui rend obèses les enfants du Nord, alors que ceux du Sud crèvent de faim. - Il est effectivement facile de reporter sur Dieu la responsabilité des hommes qui agissent librement.
- Il est aussi facile de reporter sur lui la responsabilité que nous portons tous collectivement et individuellement de faire si peu pour que le monde aille autrement. Mais nous nous sentons si petits, n’est-ce pas, face à la loi du marché !
- Encore un peu et vous allez me convertir, Monsieur le pasteur !
- A Dieu ne plaise cher ami, mais la notion de conversion est encore une fois trop piégée dans notre vocabulaire. Qu’il nous suffise à vous et à moi de nous ouvrir à la Présence de Celui qui nous invite à le découvrir et à cheminer avec lui.
Pasteur Bruno Gaudelet
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Plan de la communication sur le thème : L’idée de Dieu
1) Quelle idée (représentation) se fait-on de Dieu ?
2) La Bible donne les principes du monothéisme pour penser Dieu :
· Exode 20 : pas d’image de Dieu la Septante utilise le mot grec icone qui signifie idée ou image. (Le Décalogue ne lutte pas seulement contre les images plastiques, mais invite aussi à se méfier des idées que l’on se forge sur Dieu).
· Exode 3 : Dieu est Tout-Autre, toute représentation de Dieu devient une idole. (Une idole est quelque chose ou quelqu’un qui prend la place ou le rôle de Dieu).
· Exode 33 : Le langage anthropomorphique est admis pour parler de Dieu (autrement Dieu resterait une pure abstraction) mais au titre de simple convention de Langage. La condition expresse reste de ne pas absolutiser ou prendre à la lettre ce langage.
· Ps 19, Gn 1, Rm 1.20. Et Acte 17.24-29 : Le monothéisme part du principe que Dieu est l’être qui donne de l’être au monde et à ce qui le compose. Le monothéisme pose que Dieu est perceptible au travers de ses œuvres et la création
· Gn 1.26-27: L’homme est pensé comme façonné à l’image et à la ressemblance de Dieu. Quelque chose de Dieu est donc perceptible en l’homme. L’image et la ressemblance sont deux façons de dire que l’homme est une entité personnelle « comme Dieu », c’est-à-dire possédant les caractères de la personnalité (intelligence, affectivité, créativité, spiritualité, communication, capacité de communion, etc.) et capable de progresser vers le modèle divin (transcendance, spiritualité, etc.). Le monothéisme pense Dieu comme un être personnel. Toute autre conception de Dieu (comme par exemple celle de Spinoza qui défend le modèle du panthéisme où Dieu n’est plus un être personnel distinct de la création), se retrouve en dehors du monothéisme biblique.
· Ecclésiaste 3.10-11 La pensée de l’éternité indique tout particulièrement pour le sage, la spiritualité et la transcendance de l’humain à l’image de Dieu.
3) Traditions apophatique et cataphatique
La théologie apophatique ou négative, postule l’inconnaissabilité de Dieu et le démontre en développant tout ce que Dieu n’est pas. La théologie occidentale (catholique et protestante) reconnait la valeur de la démarche apophatique concernant la nature réelle de Dieu qui échappe effectivement à toute rationalisation cataphatique. Elle reconnait cependant, aussi, le fait que Dieu n’est pas un Dieu qui reste « caché », mais un Dieu qui parle et se révèle. Dieu se fait connaître au travers de sa création et de ses œuvres de révélation, notamment au travers de ses prophètes et de son Christ. La valeur du langage biblique anthropomorphique pour penser Dieu est dès lors prise en compte, mais sans être, évidemment, absolutisée.
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Théologies apophatique et cataphatique
· Le problème de la connaissance de Dieu a été posé de façon radicale dans un traité attribué à Denys l’Aréopagite : « De la théologie mystique ».
Denys conçoit 2 voies théologiques possibles :
1) cataphatique ou positive qui procède par affirmations et nous fait accéder à une certaine connaissance de Dieu ; cette voie, selon lui, est imparfaite.
2) apophatique ou négative qui procède par négations et nous conduit à l’ignorance totale. Seule cette voie est convenable à l’égard de Dieu, inconnaissable par nature. En effet, toute connaissance a pour objet ce qui est. Or Dieu est au-delà de ce qui est ou existe. La seule approche possible est de nier tout ce qui lui est inférieur, c’est à dire tout ce qui est. C’est donc par l’ignorance que l’on connaît Celui qui est au-dessus de tous les objets de connaissances possibles, Celui qui n’est rien du tout dont il est la Cause… Par les négations on écarte progressivement tout le connu pour s’approcher de l’Inconnu dans les ténèbres de l’ignorance. De même que la lumière rend les ténèbres invisibles, de même la connaissance, et surtout l’excès de connaissance supprime l’ignorance, seule voie pour atteindre Dieu en Lui-même.
· St Thomas d ‘Aquin et la vraie nature de l’apophatisme.
Les 2 voies, transposées sur le plan de la dialectique, sont antinomiques, et c’est pourquoi St Thomas d’Aquin chercha à résoudre cela en tentant une synthèse ramenant les 2 voies en une seule. Il fit ainsi de la théologie négative une correction de la théologie affirmative : les perfections finies que nous trouvons dans les êtres, si elles doivent être niées selon le mode de notre conception limitée, doivent être affirmées par rapport à Dieu selon un mode plus sublime, dit-il. Ainsi les négations se rapportent à la limitation de nos moyens d’expression, alors que les affirmations se rapportent à la perfection que l’on veut exprimer, qui est en Dieu autrement que dans les créatures…
· Mais de toute évidence cette synthèse, si ingénieuse d’un point de vue philosophique, ne correspond pas à la pensée dionysiaque. Selon Denys, on ne peut mettre sur un même plan les 2 voies antinomiques pour en faire une synthèse car elles ne sont pas de même nature... Il oppose la voie affirmative, qui est une descente des degrés supérieurs de l’être vers ses degrés inférieurs, à la voie négative, celle des détachements successifs, ascension vers l’incognoscibilité… Afin de saisir la vraie nature de l’apophatisme, il faut renoncer aux sens et à l’intelligence rationnelle, à tout ce qui est et n’est pas. Ainsi seulement peut-on atteindre dans l’ignorance absolue l’Union avec Celui qui surpasse tout être et toute science. Il ne s’agit pas d’un procédé dialectique mais d’un chemin de purification –une catharsis- nécessaire pour s’affranchir graduellement de l’emprise de tout ce qui peut être connu, un chemin de sainteté laissant derrière soi les lumières divines et les paroles célestes…
La théologie apophatique peut être définie essentiellement comme une voie vers l’union mystique avec Dieu dans laquelle on s’affranchit de ce qui voit (le sujet) et de ce qui est vu (l’objet). Denys compare cette voie à la montée de Moïse sur le Sinaï, qui renonçant à tout savoir positif, pénètre dans la Ténèbres de l’inconnaissance. Dieu n’est pas objet de connaissance ; sa nature est inconnaissable… (le langage biblique parle de noces, d’épousailles…)
( D'après Vladimir Lossky : " Essai sur la théologie mystique de l'Orient " )
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Qu’est que la métaphysique ?
Le mot se compose de deux termes grecs :
1) La preposition “méta” qui est assez imprécise puisqu'elle peut signifier aussi bien : « au milieu », « parmi », « avec », « entre », ou encore « après ».
2) Et le terme « physiká », que l’on traduit par le mot « nature ».
Etymologiquement le mot métaphysique renvoie donc à ce qui est « au milieu », « parmi », « avec », « entre » ou « après » la nature. La métaphysique est une branche de la philosophie qui se penche sur les principes premiers ou les causes du monde, des choses ou des êtres. Elle s’intéresse du coup aux questions de la connaissance de l'être, des causes de l'univers à la nature du réel.
3) Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, se demande la métaphysique ?
4) Quelles sont les causes ou les principes premiers qui sont à l’origine du monde ?
5) Qu’est-ce que le réel ? En posant ces questions, la métaphysique nous oblige à regarder plus loin que les choses, les êtres ou la réalité que nous voyons ou que nous croyons voir. Le réel dépasse en effet ce que nous voyons ! Déjà Platon insiste sur le fait que nos sens peuvent nous abuser concernant ce que nous voyons, entendons, touchons, goûtons, ou sentons.
6) Qu’est-ce qui est réel autour de nous ?
7) Qu’est-ce qui est réel dans ce que nous ressentons ?
8) Qu’est-ce qui est réel dans ce que nous comprenons ?
Prolongeant à sa façon la méfiance platonicienne Descartes nous invite pour sa part à douter de tout. Ce débat se poursuivra après lui au sein des écoles philosophiques, notamment entre l’empirisme et la philosophie transcendantale.
C’est aussi un débat séculaire au sein des religions et sagesse orientales. Le bouddhisme, le shintoïsme, le confucianisme, le taoïsme,… postulent tous également qu’il existe une distance entre la perception du monde et sa réalité.
Qu’est-ce que le réel ?
Des philosophes, comme Alfred North Whitehead ont essayé de reprendre la question du réel à la lumière de la physique quantique et de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité.
Si le monde est dans un process permanent, explique Whitehead, où les objets et les êtres qui s’y trouvent sont composés de particules en flux constant quelles que soient leurs combinaisons, alors c’est la vision même du réel qui s’en trouve modifié. Le réel n’est pas, de fait, ce que nous voyons.
La métaphysique cherche à élucider les causes ou les principes premiers du monde en process.
Bruno Gaudelet